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lundi, 21 novembre 2022
Journal de bord de notre cerveau à tous les niveaux : le meilleur et le pire de nos institutions sociales

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Voici donc quelques notes du « journal de bord » de mon livre inspiré par son avant dernier chapitre, le onzième. Un journal commencé en janvier dernier dans la foulée du 20e anniversaire du Cerveau à tous les niveaux et qui vous donne un aperçu du processus d’écriture, et surtout de réécriture depuis les derniers mois. Car après les chapitres un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit et neuf, j’avais dû, comme je l’expliquais la dernière fois dans mes réflexions autour du chapitre dix, revoir en profondeur toute la fin de l’ouvrage. C’est qu’un livre concocté sur plus deux ans et demi maintenant, qui aspire à raconter l’histoire des humains du Big Bang aux mouvements sociaux (rien que ça…), peut nous amener quelques bifurcations imprévues, ne serait-ce qu’à cause de tous les phénomènes que je croyais comprendre au début mais dont l’intransigeance de l’écriture a révélé les angles morts. Et je ne parle pas non plus de tous les liens faits en cours de route et que je ne pouvais même pas imaginer au début de cette aventure. Car après être passé au travers des nombreux niveaux d’organisations de notre système nerveux, de la synapse à ce corps-cerveau qui forme un tout indissociable, et en passant par son caractère dynamique et prédictif à toutes les échelles intermédiaires, et après avoir décortiqué un peu la mécanique du langage et tout ce qu’il peut comporter d’inconscient, j’en arrive aux cultures et aux institutions sociales. Et je vais tenter de comprendre pourquoi, à ce niveau, comparé par exemple à nos cousins primates contemporains, l’être ’humain fait exploser les possibles, et pas toujours pour le meilleur…

Pas facile pour moi de vous donner un aperçu de ce chapitre tellement il ratisse large. Et aussi parce que rendu à ce point dans l’ouvrage, le fil du récit m’amène à prendre certaines libertés narratives, conséquences des coups de haches donnés il y a quelques mois dans la structure originale de la fin du bouquin. Donc au lieu de prendre une idée ou un concept présenté dans ce chapitre et de broder quelque chose autour de ça comme je l’ai souvent fait pour ce journal, je vais plutôt papillonner d’un intertitre à un autre, en espérant que ce survol vous en dise plus sur cette partie du livre qu’une réflexion plus élaborée sur l’un de ses sujets. Aussi, parce que la forme de ces billets doit bien commencer à un moment donné à refléter un peu celle du livre qui a bien des chances de ne pas être celle que vous attendez…

J’en arrive donc à essayer de montrer qu’il y a un fil conducteur de l’auto-organisation du vivant jusqu’à l’autogestion des humains ! Et pour ça, je m’attarde d’abord un peu sur l’émergence des fortes émotions pro-sociales qui caractérise notre espèce. Car avant d’essayer de comprendre comment on en est arrivés à vivre dans des sociétés si inégalitaires, il y a une question encore plus fondamentale qu’on peut se poser et c’est comment s’est constitué la cohésion sociale au sein des petits groupes de chasseurs-cueilleurs au tout début de l’hominisation ! Et c’est là où je reviens sur des  phénomènes qu’on a abordés tout au long de notre parcours, notamment plusieurs liés à l’hominisation. C’est la seule façon d’avoir une vision plus large du déroulement des événements qui ont pu favoriser l’empathie et l’entraide dans notre lignée.

C’est plus tard que ça va se gâter, pour aboutir à un système socioéconomique mondialisé d’une violence inouïe pour des millions de systèmes nerveux humains. On essaiera d’abord de comprendre pourquoi, pour le dire vite, la richesse éloigne les riches de leur humanité. Pourquoi, pour le dire aussi comme Philipe Descola qui est une figure incontournable de l’anthropologie contemporaine que j’ai découvert en cours d’écriture :

« Une petite partie de l’humanité, par sa gloutonnerie, remet en cause la possibilité d’habiter sur Terre »

Il y a des études en psychologie cognitives qui se sont attardées là-dessus. Et il faudra en éplucher plusieurs juste pour arriver à comprendre ce qui peut amener des gens, par ailleurs rationnels dans d’autres aspects de leur vie, à croire qu’on peut croître à l’infini dans un monde fini. Bien sûr, il y a une minorité qui ont des intérêts évidents à ce que le monde continue comme il va, que l’on fasse de la « business as usual », mais tous les autres ? Qu’en est-il de cette majorité d’humains qui se soumettent apparemment à cette dissonance cognitive, à un système économique destructeur, injuste et aliénant ?

C’est là où il faut à mon avis mieux comprendre d’où on vient et ce qu’on est, sinon rien ne va changer. Il faudra par exemple décortiquer tout ce qui accentue le « nous » versus « eux ». Je dis bien « qui accentue », et pas « qui provoque » ou « qui produit », parce que la tendance à diviser le monde entre notre groupe d’appartenance et « les autres » est une prédisposition émotionnelle automatique présente chez tous les humains. Et même chez tous les autres primates dont les cerveaux peuvent détecter la différence entre « un des nôtres » et « un étranger » en moins d’un dixième de seconde!

Plusieurs données comme celle-là, c’est dans le magistral ouvrage « Behave », du primatologue, endocrinologue et neurobiologiste Robert Sapolsky que je les ai trouvées. En particulier dans son onzième chapitre à lui aussi intitulé « Us Versus Them », dont il a d’ailleurs publié des extraits pas longtemps après sa publication en 2017 dans un article intitulé « Why Your Brain Hates Other People. And how to make it think differently. » Je me délecte aussi régulièrement de ses interventions vidéo sur le Net, par exemple celle sur l’invasion de l’Ukraine qu’il commence en nous parlant de sa machine à lavée brisée, mais qui débouche dix minutes plus tard sur des aspects universels propre à tous les conflits humains, causés par ce « nous » versus « eux », et comment s’en prémunir.

Sapolsky est en quelque sorte l’archétype ou la preuve vivante de vers où il faut aller en termes de multidisciplinarité pour comprendre la coévolution complexe entre biologie et culture. Et j’essaie de montrer qu’il est bien révolu le temps où les « sciences sociales » pouvaient fonctionner en vase clos, négligeant tout l’apport des « science humaines ou biologiques ». Pour comprendre la moindre manifestation culturelle ou la moindre institution sociale, on se doit aujourd’hui de profiter de l’apport inestimable de disciplines comme la primatologie, l’archéologie, l’histoire ou l’anthropologie. Et j’essaie d’aller chercher des exemples dans chacun de ces domaines pour montrer qu’il y a toujours eu, et qu’il y a encore, d’innombrables communautés humaines au cœur desquelles se trouvent des « communs », c’est espaces collectifs gérés collectivement. Anciennement ce pouvait être des pâturages, des forêts, des étangs ou parfois des bâtiments comme l’église, un moulin, un lavoir, ou encore un puits ou une fontaine. Aujourd’hui c’est Wikipédia, le Bâtiment 7 et ses ateliers autogérés, la Remise pour partager des outils, l’Upop Montréal pour des cours gratuits ou le Champ des possibles et sa mise en valeur de friches industrielles, pour ne citer que quelques exemples de mon quotidien.

Une chose est sûre en tout cas, c’est qu’il faut favoriser la transition d’un monde essentiellement basé sur l’entreprise vers un monde fondé sur les communs. Il en va de la poursuite de l’aventure de la conscience humaine, sujet qui sera, « comme par hasard », celui du douzième et dernier chapitre de mon livre…

P.s.: et pour me permettre de l’avancer un peu, on se revoit ici dans deux semaines !

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dimanche, 13 novembre 2022
Comprendre et apprivoiser les drogues avec Jean-Sébastien Fallu à l’UPop Montréal

Avant de poursuivre le journal de bord de mon livre avec le chapitre 11 la semaine prochaine, je voudrais aujourd’hui vous signaler un excellent cours qui se donne actuellement à l’UPop Montréal. Intitulé « Comprendre et apprivoiser les drogues. Un enjeu de santé publique en évolution », le cours donné par le Dr. Jean-Sébastien Fallu comporte trois séances les mercredis 2, 16 et 30 novembre à 19h au café les Oubliettes. Les travaux de Jean-Sébastien Fallu portent notamment sur l’étiologie et la prévention de la consommation problématique de substances et les politiques en la matière. Il œuvre aussi à titre de rédacteur en chef et directeur de la revue Drogues, santé et société. (suite…)

L'émergence de la conscience | Pas de commentaires


lundi, 7 novembre 2022
À la semaine prochaine…

Je me prévaux aujourd’hui d’une règle que j’ai moi-même établie en août dernier pour mes billets de cet automne :

« Ça me donne donc un objectif concret pour publier ici mes billets sur le livre, soit un à chaque mois d’ici les Fêtes. Je publierai sans doute aussi quelques autres billets sur divers sujets entre tout ça, mais je m’accorde aussi le droit, en tant que mon propre patron (!) de sauter certaines semaines comme je le fais l’été si le travail sur le livre est trop demandant. Parlez-moi de ça un patron conciliant qui aide à diminuer le stress chez ses (son?) employé(s)…  😉 »

On se dit donc à la semaine prochaine, avec mon journal de bord du chapitre #11…  😉

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lundi, 31 octobre 2022
De la magnétoencéphalographie avec de la lumière laser !

Comme c’est l’Halloween aujourd’hui, j’ai pensé vous faire un billet sur l’amélioration de mon déguisement ! Comme le montre la photo, je suis donc passé du « séchoir à cheveux » de l’an passé au « masque de Friday the 13th » cette année… 😉 L’occasion était trop belle pour mettre à la sauce du jour cette image provenant d’un article paru dans Nature en mars 2018 intitulé : Moving magnetoencephalography towards real-world applications with a wearable system. C’est un ami français croisé par hasard cet été au Québec (merci Christian Bénar !) qui m’a signalé ce qui s’avère être une toute nouvelle approche pour la technique d’imagerie cérébrale que l’on appelle la magnétoencéphalographie (ou MEG). Je n’ai malheureusement pas le temps de faire les recherches adéquates pour écrire en profondeur sur ce sujet (à cause de vous savez quoi…), mais je voulais au moins vous signaler les avantages énormes qu’est susceptible d’apporter l’exploit technologique derrière cette approche. J’ai nommé les « Optically pumped magnetometers”.

En quelques mots, rappelons d’abord que la MEG est déjà un exploit technique en soit, enregistrant grâce à des capteurs ultrasensibles devant être refroidi par un gros réservoir d’hélium liquide (le « séchoir à cheveux » !) les champs magnétiques très faibles qui émanent de l’activité électrique du cerveau. Le gros avantage de la MEG, c’est donc de nous informer de l’activité électrique du cerveau à la milliseconde près, donc avec une résolution temporelle beaucoup plus grande que l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, par exemple (qui est une mesure indirecte de l’activité cérébrale basée sur la vasodilatation des capillaires sanguins cérébraux). Un autre avantage notable de la MEG, c’est que contrairement à l’électroencéphalographie, ou EEG (les nombreuses petites électrodes accolées sur le crânes) qui captent directement l’activité électrique de nos neurones, on peut enregistrer avec la MEG en profondeur dans le cerveau, et pas seulement ce qui se passe sur la surface corticale comme avec l’EEG. L’équipe de Christian Bénar a par exemple montré que l’on pouvait capter l’activité de l’amygdale et de l’hippocampe.

Et donc maintenant, avec cette nouvelle technique archi pointue impliquant des faisceaux de lumière laser (l’aspect « optically » de la technique), on réussit à capter ces champs magnétiques sans le gros « séchoir à cheveux » et seulement avec le petit « masque de Friday the 13th » ! On parvient donc à faire de la MEG avec ce simple masque permettant même au sujet de bouger en faisant des tâches dont l’activité nerveuse correspondante est enregistrée avec une grande précision. Il y a là, selon certain, un potentiel pour “démocratiser” la MEG, même si, on s’entend, ces petits jouets ne sont quand même pas donnés…

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lundi, 17 octobre 2022
Ébauche d’un petit conte sur la beauté et la complexité de notre cerveau

Je savais que ça arriverait. Que le milieu de mon automne risquait d’être pas mal chargé. Parce qu’à mon travail constant sur le livre s’ajoutent des engagements de cours et de conférences qui se concentrent ces semaines-ci, et même des nouveaux trucs à préparer en vue de la session d’hiver. Résultat : un texte promis hier n’a pas été fait parce que les couleurs de l’automne étaient trop belles et qu’on ne peut insister ici (ou ) sur les bienfaits de la nature sur notre corps-cerveau et ne pas en profiter pleinement soi-même au moins le week-end ! Et parce que la fragile mécanique de l’objet le plus complexe de l’univers dont on a tous et toutes un exemplaire entre les deux oreilles ne mérite pas d’être stressé et donc abimé par le rythme de fou que nous impose ce système capitaliste productiviste non moins fou. Et à plus forte raison quand le texte à écrire était l’ébauche d’une brève intervention faisant l’éloge de cette complexité et de cette fragilité, à soumettre pour un cabaret mariant conte et science ! Voilà pourquoi je joins ici l’utile à l’agréable (en fait, je l’espère…) en rédigeant en guise de billet de blogue ce matin une première ébauche de ce projet. Question de remplir mes engagements tant ici qu’ailleurs en cet automne chargé, mais sans succomber à l’absurde et néfaste à tout point de vue surcharge de travail !  😉 (suite…)

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