Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

Malgré tous nos efforts (et malgré la reconnaissance de notre travail par les organismes approchés), nous ne sommes pas parvenus à trouver de nouvelles sources de financement. Nous nous voyons contraints de nous en remettre aux dons de nos lecteurs et lectrices pour continuer de mettre à jour et d'alimenter en contenu le blogue et le site.

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Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Lundi, 24 avril 2017
Cerveau et corps ne font qu’un, a fortiori quand on parle des émotions

Préparant ces derniers jours la deuxième séance de mon cours de l’UPop Montréal qui s’intitule Cerveau et corps ne font qu’un (la cognition incarnée), j’ai été amené à réviser les grandes voies de communication entre le cerveau et le reste du corps. Et ça m’a rappelé à quel point elles sont nombreuses !

Si l’on ne considère d’abord que le système nerveux (car il faudra ensuite  considérer les systèmes hormonaux et immunitaires), le système nerveux central (cerveau et moelle épinière) est relié au reste du corps par ce qu’on appelle le système nerveux périphérique que l’on subdivise en deux : le système neveux somatique, celui de nos afférences sensorielles et de nos efférences motrices volontaires; et le système nerveux autonome (ou végétatif), celui qui régule, encore une fois dans les deux sens, le fonctionnement de nos viscères (intestins, cœur, poumons, etc.). Ce dernier se subdivise en système sympathique ou parasympathique, selon que les voies nerveuses mettent l’organisme respectivement dans un état propice pour la fuite ou la lutte, ou bien pour la récupération.

Le paragraphe précédent, vous auriez pu le lire dans n’importe quelle  monographie sur le système nerveux humain. Ce genre de description fonctionnelle classique nous permet bien sûr de mieux comprendre les interactions entre notre cerveau, notre corps et le monde extérieur. Mais il comporte aussi un revers de médaille qui est celui de donner l’impression que notre système nerveux a été conçu à la manière d’un ingénieur, en planifiant chaque fonction pour résoudre de façon optimale un problème, une fonction. Or ce n’est pas ainsi que notre système nerveux s’est constitué. Comme le disait le biologiste et Prix Nobel François Jacob dans son livre Le jeu des possibles, en 1981 :

« L’évolution ne tire pas ses nouveautés du néant. Elle travaille sur ce qui existe déjà. […] La sélection naturelle opère à la manière non d’un ingénieur, mais d’un bricoleur; un bricoleur qui ne sait pas encore ce qu’il va produire, mais récupère tout ce qui lui tombe sous la main. »

Voilà pourquoi le parcours que je vais vous proposer mercredi aura plutôt une perspective évolutive. Et pour parler de l’importance du corps dans notre cognition, on partira du problème de l’ancrage des significations : pourquoi certaines choses en viennent-elles à acquérir une signification, positive ou négative, pour un organisme donné. Et nous nous apercevrons très vite, à partir de l’exemple classique de la bactérie qui remonte un gradient de sucrose, que c’est parce que cet organisme a un corps. Un corps qui possède une certaine forme, certains organes sensoriels, certains enzymes dans son métabolisme, qui vont lui donner accès à certaines ressources lui permettant de « maintenir sa structure », comme le disait Henri Laborit. Car comme tout système vivant, cet organisme incarné est soumis à la loi de l’entropie (second principe de la thermodynamique) qui sans cesse veut le désorganiser, le détruire. Sa survie dépend donc des comportements d’approches de ressources utiles pour lui qu’un système nerveux le moindrement complexe va très vite associer à des « valeurs positives ». Et inversement, il lui faudra éviter autant que possible les situations dangereuses, et donc associées à des « valeurs négatives », susceptibles de le blesser ou de le tuer. Les éviter en les fuyant ou, s’il n’a pas le choix, en les combattant.

Et l’on retrouve ici notre système nerveux sympathique. Mais avec une explication ultime, évolutive, de sa présence. Pas seulement comme un mécanisme qui aurait été planifié par un ingénieur judicieux. Même chose pour les émotions, qui ont un lien intime avec le corps, et dont on retrouve l’origine dans ces « valeurs » positives ou négatives pour l’animal. L’histoire de l’étude des émotions est d’ailleurs riche de ces va-et-vient entre l’importance relative du cerveau et du reste du corps. Du circuit de Papez au système limbique de MacLean en passant par les fortes influences qu’exercent l’hypothalamus ou l’amygdale sur le reste du corps, on en arrive aujourd’hui à une conception intégrée à large échelle de circuits corticaux et sous-corticaux permettant des régulations corporelles complexes. C’est ce que propose par exemple Luiz Pessoa dans son article intitulé « A Network Model of the Emotional Brain » dans le tout récent Trends in Cognitive Sciences de mai 2017.

Je ne tenterai évidemment pas ici de résumer les nombreuses études rapportées par Pessoa sinon pour dire qu’il les met en perspective avec de grands principes organisationnels des réseaux cérébraux qui rejoignent d’ailleurs l’approche de Michael Anderson sur le « neuronal reuse » qui nous avions déjà présenté ici. Mais ce qu’il dit en gros, c’est qu’on doit essayer de comprendre les bases neuronales des émotions en les replaçant dans une architecture cérébrale non modulaire, avec une forte superposition de réseaux (la fameuse réutilisation neuronale d’Anderson…) qui sont très dynamiques et sensibles aux contextes.

Je présenterai mercredi un schéma synthèse de son article, schéma évidemment simplifié mais dont les nombreuses boucles de rétroaction laissent entrevoir la complexité hallucinante des mécanismes derrière la moindre de nos émotions. Et je ne vous ai pas parlé non plus ici des boucles d’interaction entre le système nerveux et le système hormonal. Ou encore celles entre ces derniers et le système immunitaire. Il faut bien que je m’en garde un peu pour mercredi…  ;-)

Que d'émotions! | Pas de commentaires


Lundi, 17 avril 2017
Le cerveau, ou l’histoire d’un organe pas comme les autres

Que dire dans une présentation générale sur le cerveau d’environ une heure comme celle que je m’apprête à faire mercredi prochain dans le cadre d’un cours de l’UPop Montréal gratuit et destiné au grand public ? Quel chemin choisir parmi les myriades qui s’offrent à nous ? Procéder par la négative, c’est-à-dire essayer de dire d’abord ce que le cerveau n’est pas, peut être une entrée en matière efficace qui s’attaque de front à certaines mauvaises conceptions fréquentes.

Ainsi, comme je l’écrivais la semaine dernière pour introduire le « premier acte » de cette pièce en trois actes (trois séances données les trois mercredis qui viennent), les métaphores informatiques pour parler du cerveau sont généralement assez mauvaises et ce sont elles que nous allons tenter de « démolir » en premier… (Lire la suite…)

Du simple au complexe | Pas de commentaires


Lundi, 10 avril 2017
Trois séances sur le cerveau à l’UPop Montréal prochainement !

Il me fait très plaisir de porter à votre attention le cours intitulé « Pourquoi le cerveau a besoin du corps et de l’environnement pour penser »  que je donnerai à partir du 19 avril prochain en collaboration avec l’UPop Montréal, un collectif de bénévoles qui organise depuis 7 ans des cours gratuits dans les bars et les cafés de Montréal.

Je ne vous cacherai pas que cela fait quelques années que je fais partie de ce collectif dont la mission est de favoriser le partage des connaissances sur notre monde et développer un esprit critique sur celui-ci. Un mandat fort similaire à celui du Cerveau à tous les niveaux, mais incluant carrément tous les champs du savoir ! (Lire la suite…)

Du simple au complexe | Pas de commentaires


Lundi, 3 avril 2017
Se mettre dans la tête (et dans les neurones) des autres

Qu’ont en commun le « père » des neurosciences moderne, le neuroanatomiste espagnol Santiago Ramón y Cajal, et une étude récente démontrant le rôle essentiel d’un faisceau de fibres nerveuses dans notre capacité à nous mettre « dans la tête des autres » ? Pas grand-chose à première vue. Pourtant, les deux sujets se rejoignent avec un peu d’imagination. Enfin, à vous de juger en lisant ce billet…

Son point de départ est un article passionnant intitulé « The Hundred Trillion Stories in Your Head », de Benjamin Ehrlich, l’auteur du récent ouvrage The Dreams of Santiago Ramón Cajal. Ehrlich y relate l’enfance de Cajal dans l’aride province espagnole de l’Aragón. (Lire la suite…)

Du simple au complexe, Le développement de nos facultés | Pas de commentaires


Lundi, 27 mars 2017
Les dépendances déclenchées par le manque de liens sociaux

Tout comme la semaine dernière, c’est une vidéo qui est à l’origine du billet d’aujourd’hui, plus précisément une vidéo de l’excellente série de Kurzgesagt – In a Nutshell. Cette chaîne You Tube basée à Munich, en Allemagne, produit des vidéos de quelques minutes qui résument avec brio des questions complexes comme « qu’est-ce que la vie ? » ou « qu’est-ce que l’addiction ? ».

C’est la vidéo se penchant sur cette dernière question qui m’a fait découvrir les travaux de Bruce Alexander remettant en question l’idée même que nous sommes d’abord et avant tout dépendants à des substances (héroïne, cocaïne, mais aussi alcool, nicotine, etc.) ou à des habitudes (jeux, Internet, pornographie, etc.). Le premier clou dans le cercueil de cette conception trop restrictive des dépendances est venu de la constatation suivante : les gens hospitalisés et qui reçoivent souvent pendant plusieurs jours ou semaines des opiacés pour calmer leur douleur ne deviennent pas dépendants de ces substances une fois rentrés chez eux. Étrange, si c’est uniquement la substance qui crée l’addiction… (Lire la suite…)

Le plaisir et la douleur | Pas de commentaires