Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

Malgré tous nos efforts (et malgré la reconnaissance de notre travail par les organismes approchés), nous ne sommes pas parvenus à trouver de nouvelles sources de financement. Nous nous voyons contraints de nous en remettre aux dons de nos lecteurs et lectrices pour continuer de mettre à jour et d'alimenter en contenu le blogue et le site.

Soyez assurés que nous faisons le maximum pour poursuivre notre mission de vulgarisation des neurosciences dans l'esprit premier d'internet, c'est-à-dire dans un souci de partage de l'information, gratuit et sans publicité.

En vous remerciant chaleureusement de votre soutien, qu'il soit moral ou monétaire,

Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Mardi, 22 mai 2018
Une nouvelle technique fait avancer notre compréhension du cerveau adolescent

Le billet de la semaine dernière attirait l’attention sur les limites, d’abord de nos sens, puis des instruments et des techniques qui nous permettent d’amasser des données sur le réel avec la démarche scientifique. On en a un bel exemple cette semaine avec cette étude publiée le 4 avril dernier et intitulée « The Integration of Functional Brain Activity from Adolescence to Adulthood ». Car c’est grâce à une nouvelle approche en imagerie cérébrale que Prantik Kundu et son équipe ont réussi à mettre en évidence ces changements importants dans la connectivité de notre cerveau quand on passe de l’enfance à l’adolescence et finalement à l’âge adulte.

Appelée imagerie par résonance magnétique fonctionnelle “multiecho” ((ME)-fMRI, en anglais), cette approche permet de contourner les limitations et les biais liés à l’utilisation de la fMRI classique dans les études neurodéveloppementales. En particulier le fait que celles-ci se référaient au cerveau adulte pour faire la « parcellation » (le découpage) des régions fonctionnelles d’intérêt, manquant ainsi potentiellement beaucoup de chose dans l’organisation propre du cerveau de l’enfant et de l’adolescent.

La technique de la fMRI est basée sur le signal BOLD (« blood oxygenation level-dependent activity ») qui est déjà fort complexe à exposer car basé à la fois sur des phénomènes de vasodilatation des capillaires cérébraux et du taux d’oxygénation du sang qui les traverse). Je ne me risquerai donc pas à entrer dans les détails de la nouvelle mouture utilisée dans cette étude. L’essentiel est de noter qu’elle permet maintenant de capter des variations du signal BOLD propre à des sujets particuliers contrairement à avant où les enregistrements de plusieurs sujets devaient être mis en commun pour en extraire des moyennes.

C’est la raison pour laquelle cette étude a pu comparer individuellement la connectivité cérébrale générale du cerveau de 51 sujets des deux sexes dont l’âge variait de 8 à 46 ans. Et cela leur a permis d’observer des changements importants dans la connectivité de ces grands réseaux neuronaux souvent associés à nos capacités cognitives générales (contrôle, attention, planification, etc.). Ils ont pu ainsi établir que le type de connectivité plus locale des jeunes cerveaux se transformait en des réseaux plus vastes et fonctionnellement distincts à mesure que l’on avance en âge. Entre l’adolescence et la cinquième décade de vie, le nombre de ces réseaux diminueraient en fait de moitié. Il semble donc y avoir des régions cérébrales (cortex dorsolatéral préfrontal, cortex pariétal et cervelet, identifiées dans l’étude) qui sont particulièrement dynamiques durant l’adolescence au moment où le jeune individu est en train de forger son estime de soi, étant très sensible aux intentions des autres et à ses performances sociales.

Voilà donc une petite brique de plus qui s’ajoute à ce work-in-progress constant de nos connaissances sur le monde complexe de la psyché humaine, et plus particulièrement son passage souvent périlleux de l’enfance à l’âge adulte.

Juste dans les derniers dix dernières années, de nombreux travaux ont permis de mieux cerner pourquoi le cerveau adolescent prend souvent des décisions pour moins « sous-optimales » en termes de blessures, de violence, d’abus de substances ou de comportements sexuels imprudents. On a proposé par exemple que le caractère extrêmement sensible du cerveau adolescent aux émotions de toutes sortes serait en partie dû à une grande réactivité aux incitatifs socio-émotionnels couplé à une immaturité des systèmes de contrôle de l’impulsivité. Dans le jargon neurodéveloppemental des neurosciences, on aurait donc affaire à un développement différentiel entre le « bottom up du système limbique » et le « top down des systèmes de contrôle et d’autorégulation ».

Différents facteurs et mécanismes intervenants dans ce modèle ont été plus récemment distingués. Que ce soit la myélinisation des longs axones du cerveau qui se terminerait aussi tard qu’à la mi-vingtaine, ou encore la prédominance des connexions synaptiques excitatrices (au glutamate) sur les connexions inhibitrices (au GABA) qui se déploient plus lentement, on voit comment l’activité cérébrale de l’adolescent est pas mal plus difficile à « tenir en laisse » que celle de l’adulte. Et on n’a même pas encore parlé des hormones

Voilà ce qui explique peut-être le titre du dernier livre audio de John Medina : The Attack of the Teenage Brain !

Le développement de nos facultés | Pas de commentaires


Mardi, 15 mai 2018
Que pouvons-nous connaître ?

“Ce que l’on observe n’est pas la nature en soi mais la nature révélée par nos méthodes de questionnement.”

C’est avec cette citation du physicien quantique Werner Heisenberg, l’auteur du principe d’incertitude qui porte son nom, que Marcelo Gleiser, lui-même professeur de physique et d’astronomie, commençait un article publié dans la revue Nature la semaine dernière.

Intitulé « How Much Can We Know? », ce court texte soulève plusieurs questions fondamentales au sujet de la science en général, et a fortiori des sciences cognitives. Parce que dans la foulée des travaux de Heisenberg, on s’est rendu compte que nous n’avons pas, et n’auront probablement jamais, ce qu’on pourrait appeler un « accès direct » à la nature (ou au monde réel, appelez ça comme vous voulez). Bien sûr il y a des forces, des lois et des principes physiques universels que la science a permis de découvrir et qui nous sont fort utiles. La machine sur laquelle j’écris ce texte, par exemple, en utilise plein !

Mais ce n’est pas parce qu’on a pu révéler une partie de la structure de l’univers que c’est nécessairement une question de temps avant qu’on ait décrit l’entièreté de ses lois, de ses constituants et de ses principes. (Lire la suite…)

L'émergence de la conscience | Pas de commentaires


Mardi, 8 mai 2018
Daniel Glaser : un neuroscientifique qui explique

Je voudrais vous signaler cette semaine une petite mine d’or d’informations bien vulgarisées sur les neurosciences (en anglais seulement, malheureusement). Il s’agit du blogue et du podcast ‘A Neuroscientist Explains’ du Dr. Daniel Glaser, accessible par le site web du journal The Guardian.

Glaser a un parcours intéressant, celui d’un scientifique qui a toujours accordé une grande d’importance à la diffusion des connaissances à un large public. Il nourrit aussi depuis longtemps un intérêt pour les arts et les approches multidisciplinaires, comme en fait foi le billet que j’avais consacré il y a plusieurs années à l’une de ses études. Celle-ci portait sur l’activation préférentielles de nos neurones miroirs selon que l’on regarde des danses que l’on pratique on non. Glaser est maintenant directeur de la Science Gallery at King’s College London, un organisme qui cherche à tisser des ponts entre les arts, la science et la santé à travers des recherches, des expérimentations et des expositions auxquelles est convié le grand public. (Lire la suite…)

Du simple au complexe | Pas de commentaires


Mardi, 1 mai 2018
L’hyperscanning montre une synchronisation cérébrale entre les cerveaux de deux locuteurs

Savez-vous ce qu’est l’hyperscanning ? Non, ce n’est pas un nouveau buzzword en neuroscience pour désigner la (trop?) grande attention que portent les médias aux études d’imagerie cérébrale. C’est simplement l’idée, apparue au début des années 2000, d’enregistrer simultanément l’activité cérébrale de deux sujets en interaction sociale l’un avec l’autre. L’idée m’est venue de vous en glisser un mot après avoir vu passer cet article de l’été dernier sur le site web de Radio-Canada intitulé « Nos cerveaux se synchronisent lorsque nous conversons ». Parce que c’est une nouvelle approche intéressante, et aussi peut-être un peu pour dire que contrairement à ce que l’image choisie pour illustrer l’article le laisse croire, on n’a pas besoin d’envoyer des éclairs électriques avec nos yeux dans les yeux d’une autre personne pour que des synchronisations d’activité apparaissent entre les cerveaux des interlocuteurs. On a juste besoin de lui parler… ;-P (Lire la suite…)

De la pensée au langage | Pas de commentaires


Mardi, 24 avril 2018
Soins parentaux, inclusion sociale et santé par le vélo !

Un billet qui papillonne cette semaine, inspiré par le printemps, la vie et ses différents moments : soins parentaux en bas âge, inclusion sociale à l’adolescence et santé par le vélo à un âge avancé !

D’abord le début de la vie, donc. Celui où l’on reçoit des soins parentaux plus ou moins attentifs. On savait depuis au moins une quinzaine d’années que la qualité de ces soins induits des changements épigénétiques chez la progéniture qui la rendra plus moins sensible au stress durant le reste de sa vie. Des changements, donc, qui n’affectaient pas la séquence des bases nucléiques de notre ADN, mais simplement la facilité avec laquelle ces gènes pourront s’exprimer.

Mais voilà qu’on vient de constater chez la souris (et l’humain suit habituellement…) que les mères moins maternantes stimulent chez leurs bébés la copie de certains « gènes sauteurs » qui, lorsqu’ils s’accumulent, semblent augmenter la réponse au stress des rejetons. (Lire la suite…)

Le corps en mouvement | Pas de commentaires