Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

Malgré nos efforts (et malgré la reconnaissance de notre travail par les organismes approchés), nous ne sommes pas parvenus à trouver de nouvelles sources de financement. Nous nous voyons contraints de nous en remettre aux dons de nos lecteurs et lectrices pour continuer de mettre à jour et d'alimenter en contenu le blogue et le site.

Soyez assurés que nous faisons le maximum pour poursuivre notre mission de vulgarisation des neurosciences dans l'esprit premier d'internet, c'est-à-dire dans un souci de partage de l'information, gratuit et sans publicité.

En vous remerciant chaleureusement de votre soutien, qu'il soit moral ou monétaire,

Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Mardi, 18 juin 2019
« Les » Alzheimers

J’ai lancé le sous-thème du Cerveau à tous les niveaux sur « la démence de type Alzheimer » au début de l’année 2011. Je me souviens être sorti de la recherche et de la rédaction de cette section du site avec le sentiment qu’on ne comprenait finalement pas grand-chose à cette maladie et que les causes en demeuraient fort obscures malgré notre connaissance de marqueurs biologiques comme les plaques amyloïdes et les dégénérescences neurofibrillaires. Où en sommes-nous aujourd’hui, 8 ans plus tard ? C’est à cette question que ce (long) billet tente de répondre. Et devinez quoi ? Ce n’est pas simple…

Comme je le mentionnais alors dans le billet présentant ce sujet :

« les détériorations cognitives associées à l’Alzheimer ne se superposent pas toujours bien avec la présence ou l’absence de [ces marqueurs biologiques]. Seule l’ampleur de la perte synaptique reflète les pertes de mémoire et d’autres facultés. Mais à ce niveau d’analyse, on est déjà loin des causes possibles, sans parler des pertes neuronales qui surviennent naturellement au cour du vieillissement normal, ce qui alimente d’ailleurs tout un débat sur la nature même de la « maladie d’Alzheimer ». »

Ce genre de débat, loin de s’être amoindri au fil des ans, est aujourd’hui présent dans pratiquement tous les dysfonctionnements complexes qui affectent le cerveau, souvent de manière dégénérative. Je pense par exemple à la maladie de Parkinson que les spécialistes du domaine nous recommandent plutôt d’appeler « les »  maladies de Parkinson. En effet, ces spécialistes estiment qu’il pourrait y avoir jusqu’à une dizaine de formes de maladie de Parkinson avec leurs mécanismes propres mais qui produisent à la fin les mêmes symptômes chez ces différents patients. Comme le soulignait en 2016 Viviane Poupon dans un article sur l’approche « science ouverte » de l’université McGill :

« C’est dire qu’aucun médicament ne pourra à lui seul servir contre ces dix mécanismes ». [Et lors des essais cliniques],  on risque fort d’avoir l’impression [qu’un nouveau] médicament est inefficace puisqu’il est noyé dans une population de patients atteinte de diverses formes de Parkinson ».

Bref, plus on découvre la complexité des mécanismes qui génèrent les maladies neurologiques, plus on se rend compte que les formulations souvent employées dans les médias à propos de « LA » maladie de Parkinson ou de « LA » maladie d’Alzheimer sont beaucoup trop simples et nous empêchent sans doute d’embrasser toute cette complexité.

À propos de cette dernière, c’est ce qu’avaient voulu dénoncer un groupe de spécialistes internationaux dans un éditorial publié il y a trois ans dans la revue Journal of Alzheimer’s Disease. IntituléMicrobes and Alzheimer’s Disease”, l’article était un plaidoyer pour la nécessité urgente d’accorder plus de fonds pour la recherche fondamentale et clinique sur des agents antimicrobiens qui pourraient avoir un effet bénéfique pour les personnes diagnostiquées Alzheimer.

Car depuis deux trois décennies, on a accumulé toutes sortes de données impliquant des virus et des bactéries dans le développement des symptômes de l’Alzheimer. Mais ces études sur les liens entre microbes et Alzheimer ont souvent été ignorées ou minimisées, rendant leur financement très difficile. Tout cela pendant, rappelons-le, que plus de 400 essais cliniques de médicaments pour l’Alzheimer s’appuyant sur d’autres modèles se sont avérés infructueux seulement durant la décennie précédent la publication de cet éditorial. Celui-ci rappelait donc à juste titre comment l’hypothèse que des virus pouvant être à l’origine de certains cancers ou que des bactéries pouvant causer des ulcères d’estomac avait subi une forte résistance avant de finir par s’imposer et par mener au développement de traitements appropriés.

Ce pourrait donc très bien être aussi le cas des virus par rapport à l’Alzheimer, en particulier le virus de l’herpès buccal VHS-1. C’est en tout cas ce que rapporte l’article « Corroboration of a Major Role for Herpes Simplex Virus Type 1 in Alzheimer’s Disease” publié dans la revue Frontiers in Aging Neuroscience en octobre dernier par Ruth Itzhaki. La chercheuse, qui étudie depuis 25 ans les liens possibles entre le virus VHS-1 et la maladie d’Alzheimer, croit que ce virus pourrait être à l’origine de près de la moitié des cas d’Alzheimer et qu’un simple traitement préventif pourrait diminuer les risques de développer cette forme de la maladie.

Ce virus, qui est présent dans le corps de 50 à 90% des gens selon la région du monde, « coloniserait » le cerveau au fil du vieillissement, mais en y demeurant à l’état latent. Il pourrait cependant ensuite s’activer dans le cerveau de personnes vieillissantes lors d’événements stressants, d’immunosuppression ou d’infections. Si cette personne possède en plus la mutation génétique APOE4 associée à une forme tardive de la démence de type Alzheimer, ses probabilités d’en développer les symptômes deviennent alors 12 fois plus élevées que chez ceux qui ne possèdent pas cette mutation. L’article de Frontiers in Aging Neuroscience laisse aussi entrevoir la possibilité que des médicaments antiviraux puissent diminuer ce risque chez les personnes atteintes de fortes infections au virus de l’herpès.

Quelques mois auparavant, une autre étude publiée dans la revue Neuron cette fois-ci démontrait que les virus VHS-1, abondants dans les échantillons provenant de patients atteints d’Alzheimer, perturbent des voies métaboliques, notamment celles de la régulation du peptide amyloïde. Bref, les preuves qui relient l’activité de virus aux aspects moléculaires, génétiques, cliniques et neuropathologiques de l’Alzheimer s’accumulent sans toutefois qu’on puisse démontrer définitivement que l’activité virale contribue à son apparition et à sa progression. Car il est encore difficile de dire si la prolifération de virus est une cause ou une conséquence de la dégénération neuronale associée à l’Alzheimer, comme le souligne Ben Readhead, l’auteur principal de l’étude :

“Are these viruses opportunistic bystanders in a compromised host, or do they accelerate the disease once the brain becomes dysfunctional? I think it’s plausible that they impact how quickly disease progresses once established, though we don’t know for certain.”

Et ce n’est pas tout, loin de là. (Lire la suite…)

Le corps en mouvement | Pas de commentaires


Mardi, 11 juin 2019
Du fil de nouvelles à l’article de revue : l’exemple de la computation dendritique

Je vous propose cette semaine d’expliciter un peu le parcours qui mène à l’écriture de certains billets de ce blogue. Parce que ça a un aspect pédagogique sur la façon dont on communique les résultats scientifiques. Et aussi parce qu’au-delà des derniers développements d’un domaine de recherche particulier, rappeler l’histoire de l’évolution des concepts et techniques de ce champ de recherche est souvent aussi intéressant, sinon plus.

Étape I : le titre accrocheur des fils d’actualité scientifique

Pour attirer l’attention, les titres des fils d’actualité scientifique comme Neuroscience News se font souvent intrigants. Comme celui sur lequel je suis tombé hier : « Neurons’ “antennae” are unexpectedly active in neural computation« . S’agissait-il d’un nouveau type de neurone avec des « antennes » que je ne connaissais pas encore ? Rapidement, on se rend compte en lisant l’article que ce qu’ils appellent l’antenne du neurone est simplement ses dendrites, les multiples prolongements qui émanent du corps cellulaire du neurone. L’article devenait du coup pas mal moins exotique, quoi qu’il restait l’histoire de leur activité étonnamment grande dans la computation neuronale. (Lire la suite…)

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Mardi, 4 juin 2019
L’illusion de la main en caoutchouc

L’impression d’avoir un corps et de distinguer ce qui en fait partie ou pas est quelque chose que l’on expérimente à chaque instant. C’est un sentiment si familier qu’on s’imagine difficilement comment il pourrait en être autrement. Et pourtant plusieurs expériences, comme celle de l’illusion de la main en caoutchouc dont on va parler dans ce billet, démontrent que c’est une sensation complexe construite par notre cerveau à partir de multiples informations sensorielles qui lui parviennent en permanence. (Lire la suite…)

Au coeur de la mémoire | Pas de commentaires


Lundi, 27 mai 2019
Redécouvrir les « Visites guidées » en préparant les « Écoles de profs »

Les fins et les débuts de session scolaires sont des moments où j’ai souvent la chance de présenter mes « Écoles de profs », ces perfectionnements en sciences cognitives que je donne surtout aux professeurs de cégep du Québec. J’en ai donc quelques-unes qui s’en viennent, dès que les profs auront fini leur correction et auront du « temps de cerveau disponible » à me consacrer. Avant de dire en quoi cette activité est en lien avec le sujet d’aujourd’hui, je voudrais signaler que j’ai encore beaucoup de disponibilité pour la session d’automne, en particulier avant que celle-ci ne débute au mois d’août. Pour en avoir déjà fait à cette période de l’année, c’est vraiment un moment agréable où tout le monde revient de vacances frais et dispos et a le goût de se faire stimuler les neurones avant le tourbillon de la rentrée. Si cela vous tente, n’hésitez pas à me contacter.

Pour en revenir au billet de cette semaine, on m’a demandé, dans le cadre de la préparation à l’une de ces formations, d’exposer comment le site web Le cerveau à tous les niveaux peut être utilisé comme outil pédagogique. (Lire la suite…)

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Mardi, 21 mai 2019
Les avancées spectaculaire de la microscopie à deux photons et de l’imagerie au calcium

Si je vous dis comme ça qu’on vient de réussir à enregistrer simultanément l’activité de 12 000 neurones dans le cortex de souris libres de leurs mouvements avec une résolution à l’échelle cellulaire et jusqu’à 17 Hertz de fréquence, vous me répondez quoi ? Quelque chose comme «Et alors ?», « Je m’en fous » ou « Peux-tu me parler pour que je te comprenne ? ». C’est le défi de cette dernière réponse que je vais tenter de relever dans le reste de ce billet. Parce que si je réussis, votre réponse deviendra sans doute semblable à la mienne, à savoir un écarquillement des yeux accompagné de quelques « incroyable !, fabuleux !, malaaade ! » bien appuyés. Mais pour ça, il faut d’abord faire quelques pas en arrière… (Lire la suite…)

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