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Mardi, 18 juillet 2017
Les corbeaux aussi bons que les grands singes pour la planification ?

Je voudrais commencer ce billet sur l’intelligence des corvidés (corneilles, corbeaux, geais, etc.) par un petit souvenir. C’était il y a un an ou deux, alors que je prenais ma marche matinale au parc Lafontaine à Montréal. Mon attention avait été attirée par les coups répétés du bec d’un grand pic qui fouillait de ses coups adroits l’écorce d’une grosse branche à la recherche des insectes qui s’y cachent. La présence du plus grand pic du Québec étant inhabituelle dans le parc, j’en profitai pour admirer un peu ce bel oiseau et surtout la puissance de ses coups de bec. Alors que le pic passait à l’arbre voisin, je vis arriver une corneille qui se percha très exactement où le pic était cinq secondes plus tôt. Et immédiatement, la corneille se mit à picorer elle aussi l’écorce, bien qu’avec évidemment moins de force et d’adresse. Elle avait donc vu comme moi le grand pic travailler et en avait conclu qu’il y avait là probablement encore de la nourriture.

Cela me rappela aussitôt toutes les études sur l’intelligence des oiseaux de cette famille, les corvidés. Or ma corneille allait bientôt se montrer à la hauteur de cette réputation. Car lorsque le grand pic changea d’arbre une fois de plus, elle recommença son manège et s’en alla une fois de plus se percher où il était pour voir s’il n’avait pas oublié quelques larves ! Et le manège recommença ainsi 3 ou 4 fois, d’un arbre voisin à un autre, jusqu’à ce que le pic ne s’envole beaucoup plus loin et que la corneille arrête alors de le suivre. Mais clairement cette corneille s’était servie du pic pendant une bon 5 ou 10 minute pour repérer des insectes dans les arbres!

Je n’ai donc pas été surpris par cette énième étude sur l’intelligence des corbeaux qui vient d’être publiée dans la revue Science vendredi dernier sous le titre « Ravens parallel great apes in flexible planning for tool-use and bartering ». Mais de l’avis de plusieurs spécialistes de la question, cette étude dévoilerait une capacité inattendue des corbeaux, celle de planifier un comportement futur suite à un apprentissage dans des conditions expérimentales. Celles-ci faisaient en sorte qu’il pouvait difficilement s’agir d’un comportement découlant d’une adaptation plus ou moins innée à son milieu naturel. Car la boîte fabriquée par des humains de laquelle l’animal a appris à sortir un morceau de nourriture avec une roche n’a pas fait partie de sa niche écologique durant son évolution… Le corbeau était néanmoins capable, une fois cet apprentissage acquis, de choisir la roche parmi plusieurs objets qu’on lui proposait, et puis ensuite d’attendre avec la roche jusqu’à une quinzaine de minutes qu’on lui présente à nouveau la boîte. Et il utilisait alors la roche pour en faire sortir la nourriture.

Ce type de comportement qu’on associe à de la planification n’avait alors été observé que chez des primates adultes et à partir d’environ 4 ans chez l’humain. Si les études subséquentes parviennent à démontrer qu’il s’agit bien de planification (et non simplement d’un apprentissage associatif comme certains critiques l’ont évoqué), cela pourrait bien dire que cette forme de flexibilité comportementale aurait pu évoluer indépendamment à différents moments au cours de l’évolution, et pas uniquement chez les primates comme on le croyait jusqu’ici.

Et ce qui est particulièrement intéressant si c’est bien le cas, c’est de constater que tant pour les primates que pour les corvidés, il s’agit d’espèces ayant une vie sociale riche et complexe où la capacité de déchiffrer les comportements futurs des autres individus (et donc leurs « états mentaux ») s’avère d’une grande importance. Les corbeaux forment par exemple des groupes de nombreux individus pendant plusieurs années avant de se mettre en couple et de s’établir sur un territoire pour se reproduire. Étant charognards, ils ont dû aussi subir de grandes pressions évolutives pour gérer leurs rares trouvailles d’animaux morts, comme la cacher plus ou moins rapidement selon qu’ils se croient ou non observés par un congénère, comme l’a montré une étude publiée l’année dernière.

Autrement dit, on avait plusieurs théories mettant de l’avant les interactions sociales pour expliquer le développement rapide de l’intelligence humaine durant l’hominisation. On a désormais des indices qui portent à penser que les mêmes pressions évolutives émanant de la vie en groupes organisés ont pu favoriser les capacités cognitives étonnantes des corvidés. Tout cela réduit encore un peu plus la soi-disant spécificité de l’intelligence humaine. Toute proportion gardée, évidemment (le cerveau du corbeau comptant environ 2 milliards de neurones et le nôtre 86 milliards).

Au coeur de la mémoire | Pas de commentaires


Lundi, 26 juin 2017
La seule présence de votre téléphone intelligent près de vous affecte vos capacités cognitives

Ce n’est pas d’hier que des philosophes des sciences cognitives comme Andy Clark disent que nos capacités cognitives ne sont pas situées que «dans notre tête»; elles «fuient» littéralement dans notre environnement. C’est l’idée de la «cognition étendue» que Clark et d’autres ont lancé dans les années 1990 et dont le degré d’étendu, si l’on peut dire, continue aujourd’hui d’être débattu.

Il est en en effet assez facile de s’entendre par exemple sur le fait que notre mémoire de travail est limitée et qu’il est plus facile de calculer 359 x 492 avec un papier et un crayon que mentalement. Ce faisant, on externalise (« offload », en anglais) dans notre environnement une partie du processus cognitif. Notre cerveau pouvant se référer de manière directe et fiable à ce qu’il y a sur la feuille, le calcul qu’on y a fait est généralement accepté comme faisant partie de notre cognition. (Lire la suite…)

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Lundi, 19 juin 2017
Révolutions quant à l’origine d’Homo sapiens et de son arrivée en Amérique du Nord

Vous avez peut-être entendu parler de cette publication dans la revue Nature qui a fait beaucoup parler d’elle début juin. Et pour cause : elle a fait vieillir notre espèce, Homo sapiens, de 100 000 ans, rien que ça ! Autrement dit, on est « juste » 50% plus vieux que l’âge qu’on croyait avoir (environ 300 000 ans au lieu de 200 000).

C’est une nouvelle technique de datation qui a permis de réévaluer l’âge de restes humains en provenance d’un site archéologique marocain découvert en 1961 mais où l’on a fait de nouvelles fouilles à partir de 2004. (Lire la suite…)

De la pensée au langage | Pas de commentaires


Lundi, 12 juin 2017
Une conférence sur Henri Laborit

Un peu comme je l’ai fait la semaine dernière, la pièce de résistance d’aujourd’hui arrivera… demain ! C’est que je donne mardi le 13 juin ma dernière conférence de la saison qui a pour titre « Henri Laborit, un précurseur en neurobiologie » et que sa préparation ne me laisse pas vraiment le temps pour un billet original aujourd’hui. Je vous renvoie donc pour l’instant à celui que j’ai écrit vendredi dernier sur mon autre site web, Éloge de la suite, qui lui est consacré. Car plusieurs d’entre vous devez commencer à savoir que ce personnage m’a beaucoup influencé, d’où ce second site qui, depuis son ouverture en novembre 2014, est devenu LA référence sur l’œuvre de Laborit tellement les gens m’ont envoyé de documents à mettre en valeur, tant écrits qu’audio ou vidéo.

Je disais « pour l’instant » car je mettrai demain ici en fin de journée le texte et les images de cette conférence que je prononcerai dans le cadre du Café Sciences du Sud Luberon, en France (ce sera donc une conférence par Skype car j’habite au Québec). [ MISE À JOUR 14 JUIN : voici donc une version « texte et images » de cette conférence.] (Lire la suite…)

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Lundi, 5 juin 2017
Pour une école qui donne vraiment envie d’apprendre

Comme je donne demain l’une de ces « Écoles de profs » dont je vous ai parlé ici il y a un mois, je n’ai malheureusement pas beaucoup de temps pour écrire aujourd’hui. Alors la parade que j’ai trouvée pour me faire pardonner est double. D’abord vous dire que ma présentation complète de demain intitulée « Les sciences cognitives axées sur l’enseignement des sciences et des mathématiques au collégial » sera accessible au complet en suivant ce lien dès mercredi (c’est donc maintenant chose faite si vous cliquez sur le titre de la présentation…).

Et puis comme on est dans le thème de l’école, j’en profiterai pour simplement vous signaler un excellent article qui porte sur un documentaire récemment sorti en France et donnant la parole à d’anciens mauvais élèves. (Lire la suite…)

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