Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

Malgré nos efforts (et malgré la reconnaissance de notre travail par les organismes approchés), nous ne sommes pas parvenus à trouver de nouvelles sources de financement. Nous nous voyons contraints de nous en remettre aux dons de nos lecteurs et lectrices pour continuer de mettre à jour et d'alimenter en contenu le blogue et le site.

Soyez assurés que nous faisons le maximum pour poursuivre notre mission de vulgarisation des neurosciences dans l'esprit premier d'internet, c'est-à-dire dans un souci de partage de l'information, gratuit et sans publicité.

En vous remerciant chaleureusement de votre soutien, qu'il soit moral ou monétaire,

Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Lundi, 13 janvier 2020
Les effets bénéfiques de la méditation, des champignons magiques et du ski de fond !

On peut modifier son cerveau, et donc ses pensées et son comportement, de deux grandes façons : en répétant  certains comportements ou bien en introduisant des molécules dans le cerveau. Dans le premier cas, c’est ce qu’on appelle couramment des apprentissages. Et dans le second, la prise de drogues ou de médicaments. Notons tout de suite que le premier cas peut se subdiviser à son tour en deux. On peut apprendre en « offline », sans que le corps ne soit directement impliqué (comme en lisant ou en méditant) ou on peut apprendre en « online » quand c’est le corps qui bouge qui nous fait apprendre (comme en s’entraînant dans une discipline sportive). Et signalons que lorsqu’on apprend par des comportements, en bougeant ou non, on modifie évidemment la biochimie de son cerveau et éventuellement sa structure, exactement comme lorsqu’on introduit directement une molécule psychoactive dans cette forêt neuronale extrêmement riche et complexe qu’est notre cerveau.

Cette petite intro me semblait pertinente pour introduire les deux études dont j’aimerais vous parler aujourd’hui. La première s’intitule “Psilocybin-assisted mindfulness training modulates self-consciousness and brain default mode network connectivity with lasting effects“ et a été publiée en août dernier dans le revue NeuroImage. Comme le suggère le titre de l’étude, celle-ci a combiné deux façons de modifier le cerveau dont d’autres expériences avaient déjà montré que leurs effets allaient un peu dans le même sens, à savoir la méditation « mindfulness » et la prise d’une substance hallucinogène, la psilocybine (une molécule psychoactive dans les « champignons magiques »). Et quel est ce « sens » ? Celui d’une impression de dissolution des frontières entre notre corps et l’environnement, un état de conscience souvent étiqueté comme « ego dissolution ». L’équipe de l’université de Zurich a donc voulu savoir si les deux ensemble pouvaient avoir un effet plus fort et plus durable.

En gros, le protocole expérimental allait donc comme suit. Trente-huit personnes expérimentées en méditation se sont vues administrer une dose de psilocybine ou de placebo en double-aveugle durant une retraite de méditation de 5 jours (ni les patients ni les personnes qui administraient les médicaments ne savaient si c’était la drogue ou le placebo qu’ils recevaient ou donnaient). Six heures après, les participants remplissaient un questionnaire sur leur niveau d’états de conscience altérés.

Le jour avant la retraite et le jour après, les sujets ont également subi une imagerie par résonnance magnétique de leur connectivité fonctionnelle cérébrale alors qu’ils étaient engagés dans une méditation focalisée (« focused attention meditation »), puis dans une méditation de conscience ouverte (« open awareness meditation »), deux types de méditation différents.

Les résultats ont montré d’une part que, comparé au groupe placebo, ceux qui ont reçu de la psilocybine étaient plus susceptibles de se sentir cet effet de dissolution de frontière entre eux et le reste du monde. Et d’autre part, au niveau de la connectivité fonctionnelle cérébrale (les régions du cerveau qui avaient tendance à « travailler ensemble »), la dissolution de l’ego induite par la psilocybine pouvait être associée à un découplage de connectivité fonctionnelle entre le cortex préfrontal médian et les régions du cortex cingulaire postérieur du réseau de mode par défaut lorsque les sujets étaient engagés dans une méditation de conscience ouverte.

Cette observation est particulièrement intéressante dans le contexte où ce réseau du mode par défaut est, depuis sa découverte il y a une vingtaine d’années, associé au traitement du sentiment de soi. Il semble donc que l’on ait pu montrer ici qu’une retraite de méditation de 5 jours couplée à une seule dose de psilocybine chez des sujets méditants expérimentés peut induire des changements positifs et durables dans la connectivité de réseaux liée à notre perception de soi dans le monde. « Positifs et durables », dans le sens où, dans une évaluation subie quatre mois après la retraite, les niveaux de changement observés dans la connectivité du réseau du mode par défaut étaient corrélés à des changements d’attitude généraux positifs par rapport à la vie, le rapport à soi-même, les comportements sociaux, les affects et la spiritualité.

* * *

Comme on n’a pas tous facilement accès à des administrations contrôlées de psilocybine ou que nous ne sommes pas tous des méditant.es expérimenté.es capables de faire une retraite de 5 jours de méditation, je vous dis deux mots sur une autre étude récente produisant un peu les mêmes effets bienfaisants sur le moral, mais dont l’activité est beaucoup plus simple et accessible : le ski de fond ! Intitulée « Long distance ski racing is associated with lower long-term incidence of depression in a population based, large-scale study » et publiée en novembre dernier par une équipe suédoise dans la revue Psychiatry Research, elle portait sur un nombre impressionnant de sujets : 395 369 individus ! Sans compter la durée d’observation de ces sujets tout aussi impressionnante : durant des années, voire jusqu’à 21 ans dans certains cas !

Ce qui a été considéré chez tous ces gens pendant tout ce temps, c’est la participation à une course de ski de fond à ultra-longue distance. Et ce que l’étude à pu montrer, c’est que les gens qui participaient à cette course couraient un risque près de la moitié moindre de développer une dépression que dans la population en général. Détail curieux, chez les sujets qui avaient un niveau de condition physique plus élevé (mesuré par les meilleurs temps des courses), on a observé une incidence plus faible de dépression chez les hommes, mais pas chez les femmes.

Ces résultats vont donc tout à fait dans le sens des innombrables études sur les bienfaits de l’exercice physique non seulement pour le corps mais aussi pour le cerveau et la santé mentale. Ce que celle-ci ajoute, entre autres, c’est que l’exercice pourrait réduire de façon importante le risque de dépression de matière dose-dépendante, en particulier chez les hommes. Sur ce, je vous laisse pour aller faire un peu de ski au parc près de chez moi… (véridique !).

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Mardi, 7 janvier 2020
Remerciements et deux conférences pour commencer l’année

Je voudrais commencer cette nouvelle année en remerciant du fond du cœur tous ceux et celles qui ont répondu la petite campagne de « socio-financement » de mon dernier billet. Le passage de 2019 à 2020 s’en trouve pas mal facilité pour moi au niveau financier, sans parler de ces nombreux mots d’encouragement qui donnent un sens à mon travail hebdomadaire sur ce blogue. Merci donc d’être là, fidèle au poste. Et merci encore pour vos contributions, tant les petites que les grosses qui me touchent toutes autant pour différentes raisons (les intéressé.es se reconnaîtront !). Comme je vous l’ai déjà écrit dans mes réponses à chacun.e  : soyez assuré.es que je fais tout mon possible pour continuer l’aventure ! (Lire la suite…)

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Lundi, 16 décembre 2019
Ce qui permettrait au Cerveau à tous les niveaux de continuer sa mission

Ce dernier billet de 2019 (avant les deux semaines de pause du temps des Fêtes) voudrait aborder un sujet délicat que je repousse toujours à plus tard car il m’ennuie, celui du financement de ce site et de ce blogue. Car si j’ai peu d’intérêt pour tout ce qui touche à l’argent, il demeure difficile de l’ignorer complètement dans le système économique actuel. En clair, je dois assumer comme tout le monde mes frais de subsistance (et ceux de mon garçon)!

Or le travail que j’ai choisi (si tant est que l’on choisit réellement quoi que ce soit, étant souvent aveugles à bien des causes de nos choix conscients) consiste à rendre accessible au plus grand nombre les connaissances actuelles sur le fonctionnement de leur système nerveux dans l’espoir que celles-ci améliorent leur qualité de vie et leur bien-être (comme ce fut en tout cas le cas pour moi). Ce n’est pas et ce ne sera donc jamais une « entreprise rentable » puisque ces connaissances ne sont pas monnayables. Pas plus que ne le sont d’ailleurs tous les autres savoirs encyclopédiques communs de l’humanité, ceux qu’on retrouve aujourd’hui sur Wikipédia, par exemple.

Je ne mentionne pas pour rien cette fabuleuse initiative de travail collectif, sans pub et sans but lucratif. Il y a quelques semaines, lors d’une de mes fréquentes visites sur ce site, le message suivant m’est apparu en haut de la page :

“DEAR WIKIPEDIA READERS, We’ll get right to it: This week we ask our readers to help us. To protect our independence, we’ll never run ads. We survive on donations averaging about $15. Only a tiny portion of our readers give. If everyone reading this right now gave $3, our fundraiser would be done within an hour. That’s right, the price of a cup of coffee is all we need. […]. Thank you. »

Utilisant Wikipédia pratiquement tous les jours, je n’ai pas pu m’empêcher de répondre favorablement à leur appel. Comme je suis pauvre (et même si je ne bois pas de café!), je leur ai donné 3$…  Et comme je pensais déjà à ce billet d’aujourd’hui qu’il me faudrait bientôt écrire, je me suis mis à voir des analogies entre Wikipédia et ma façon d’aborder mon travail de vulgarisateur des neurosciences. Loin de moi l’idée de me considérer comme le « Wikipédia du cerveau », mais force est d’admettre que des sites et des blogues comme le mien, en anglais et en français, il n’en pleut pas des tonnes sur Internet ! (en fait, quand on tape « cerveau » ou « le cerveau » dans Google, les 2 premiers résultats sont généralement Wikipédia et les deux suivants… le Cerveau à tous les niveaux !)

Et c’est bien entendu l’idée de gratuité (et de Copyleft) que je chéris particulièrement comme la célèbre encyclopédie en ligne. Car il a toujours été impensable pour moi que le manque d’argent puisse être un frein à quiconque veut mieux se comprendre. C’est pourquoi j’ai toujours refusé de rendre payant ce site ou quelques sections « premium pour abonnés » que ce soit. J’ai un peu la même philosophie pour mon travail de conférencier où je n’ai pas de tarifs fixes et prends ce que les institutions peuvent me donner (c’est ma principale source de revenus depuis l’arrêt de mes subventions en 2013 sous le gouvernement fédéral conservateur). Et comme je fais partie du collectif de bénévoles derrière cet autre outil formidable de diffusion des connaissances qu’est l’UPop Montréal, il m’est arrivé très souvent depuis le début de cette aventure il y a dix ans de donner gratuitement (comme c’est toujours le cas à l’UPop) des séries de cours dans les bars et les cafés de ma ville. Et pour souligner la dixième année d’existence de l’UPop Montréal, les habitué.es de ce blogue savent que j’offre (toujours bénévolement) cette année dix séances qui sont un peu la peite synthèse de mon travail des dernières années (petite synthèse qui m’a demandé quand même pas mal de boulot!).

Pour revenir à mon anecdote sur l’appel de dons de Wikipédia, je me suis demandé si je ne pouvais pas, moi aussi, interpeller les gens qui utilisent fréquemment mon site un peu de la même façon. Et ça a donné le pastiche suivant, en québécois s’il-vous-plaît :

« CHERS LECTEURS ET LECTRICES DU CERVEAU À TOUS LES NIVEAUX, On va se dire les vraies affaires : cette semaine je viens vous quêter du cash. La science ne faisant pas bon ménage avec le capitalisme, vous pouvez être sûr qu’il n’y aura jamais une maudite pub sur ce site. Comme rédacteur de ce blogue, je survis grâce à vos dons de 30$ en moyenne. En gros ça me donne environ 50$ par lundi de travail. Quelque chose comme le salaire minimum de 12.50$/heure au Québec actuellement, genre. C’est sûr que c’est juste une minuscule proportion de gens qui viennent sur ce site qui font des dons. Mais si chaque personne qui s’est rendue jusqu’ici aujourd’hui dans la lecture de ce billet crissement plate faisait un don de 3$, je ne serais plus obligé de vous écœurer avec ça le reste de l’année. […] Merci ben gros là, bye. »  ;-) (Lire la suite…)

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Lundi, 9 décembre 2019
La tentation des étiquettes fonctionnelles dans le cerveau : le « cas » du cervelet

C’est ce mercredi le 11 décembre qu’aura lieu la cinquième séance du cours «Notre cerveau à tous les niveaux» donné en collaboration avec l’UPop Montréal et le café Les Oubliettes. Il s’agira donc de la dernière séance de ce cours avant la pause du temps des Fêtes et la suite de nos aventures à la session d’hiver de l’UPop avec cinq autres séances à partir du mois de février. Le billet de la semaine dernière donnait un aperçu de la diversité des approches qui seront présentées durant cette cinquième séance intitulée « Cartographier des réseaux de milliards de neurones à l’échelle du cerveau entier  ». Je mettais déjà en garde au passage contre la tentation d’accoler des étiquettes fonctionnelles trop précises à des régions particulières du cerveau. Et je donnais comme exemple de cette conception trop « modulaire » du cerveau la fameuse aire de Broca qu’on associe automatiquement au langage mais qui s’active dans bien d’autres situations. Je développerai aujourd’hui un peu plus cette idée du cours de mercredi avec le cas fascinant du cervelet. (Lire la suite…)

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Mardi, 3 décembre 2019
Cartographier des réseaux de milliards de neurones à l’échelle du cerveau entier

Avec la cinquième séance du cours «Notre cerveau à tous les niveaux» qui aura lieu mercredi le 11 décembre prochain, on boucle déjà la première moitié de cette aventure qui se poursuivra après les Fêtes avec cinq autres séances, toujours en collaboration avec l’UPop Montréal et le café Les Oubliettes. Comme je l’ai fait depuis le début de ce cours, je publie cette semaine un premier billet pour soulever quelques questions générales reliées à cette séance intitulée « Cartographier des réseaux de milliards de neurones à l’échelle du cerveau entier  ». (Lire la suite…)

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