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lundi, 14 octobre 2013
Les neurones de la lecture


Qu’est-ce que lire pour un neurobiologiste ? C’est rendre accessible les aires cérébrales du langage verbal aux régions visuelles du cerveau. Logique, mais pas facile à expliquer pour autant. Car il s’est écoulé trop peu de temps depuis l’invention de l’écriture (quelques milliers d’années) pour qu’une telle région cérébrale assurant le pont entre zones visuelles et du langage ait pu être façonnées par l’évolution de notre lignée qui se compte, elle, en centaines de milliers, voire en millions d’années.

Et pourtant, une région cérébrale assure ce « pont » entre aires visuelles et du langage. Et une fois la lecture apprise, ce comportement pourtant complexe s’effectue avec une aisance et une rapidité remarquable. C’est ce paradoxe que va explorer la deuxième séance de « Parlons cerveau IV » de l’Université populaire de Montréal ce mercredi le 16 octobre (voir le premier lien ci-bas). Nous suivrons l’hypothèse proposée par Stanislas Dehaene dans son ouvrage « Les neurones de la lecture » à l’effet que nous aurions recyclé une région cérébrale qui s’est d’abord mise en place pour jouer un rôle beaucoup plus ancien et fondamental : la reconnaissance visuelle des formes.

Nous aurions donc appris à utiliser les structures cérébrales ayant évolué pour cette fonction fondamentale pour l’adapter à de nouvelles possibilités, c’est-à-dire aux formes particulières de l’écriture. Il s’agit d’ailleurs d’un phénomène général plus large, à savoir le détournement de fonctions cognitives autrefois employées à d’autres fins vers une nouvelle utilisation. Ce « recyclage neuronal » de Dehaene s’apparente par exemple au concept d’« exaptation » de Steven Jay Gould.

Plusieurs données appuient cette idée de « recyclage neuronal » ou d’exaptation pour la lecture. Il y a déjà, dans le cerveau du singe, des neurones répondant à un véritable alphabet de ces formes simples fort utiles pour la perception des objets. Par exemple si vous avez un objet qui en cache un autre, la jonction des arrêtes va former un T, ce qui nous aiderait à déterminer quelle forme est devant telle autre.

Or la région occipito-temporale ventrale impliquée dans la lecture correspond justement à celle qui étaient déjà là chez nos cousins primates pour la reconnaissance de ces arrêtes et jonctions des objets naturels. D’où l’idée d’un recyclage. Mais aussi l’idée que c’est nous qui, culturellement, avons favorisé certaines formes arbitraires dans nos alphabet. Des formes ayant toutes certaines caractéristiques qui prennent parti de notre facilité à détecter ces formes simples particulièrement fréquentes dans la nature.

Si cette histoire est vraie, on devrait trouver que beaucoup de ces formes se retrouvent dans toutes les écritures du monde. Et c’est exactement ce qu’une étude de l’institut Caltech en Californie a pu mettre en évidence. Ce ne serait donc pas tant notre cerveau qui aurait évolué pour lire (il n’a pas eu le temps), mais plutôt les systèmes d’écriture qui ont évolué pour permettre à notre cerveau de primate de s’adapter à la lecture. L’écriture et la lecture sont donc des phénomènes extrêmement contraints par notre cerveau, par sa longue histoire évolutive qui a « bricolé » ses différentes régions spécialisées.

Pour en savoir plus, car ce n’est pas le fin mot de l’histoire (voir les 2 e et 3 e liens ci-bas), on vous attend mercredi à cette séance de « Parlons cerveau IV ».

i_lien Parlons cerveau IV
a_lien Specialization for written words over objects in the visual cortex
a_lien The Interactive Account of ventral occipitotemporal contributions to reading

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