Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

Malgré tous nos efforts (et malgré la reconnaissance de notre travail par les organismes approchés), nous ne sommes pas parvenus à trouver de nouvelles sources de financement. Nous nous voyons contraints de nous en remettre aux dons de nos lecteurs et lectrices pour continuer de mettre à jour et d'alimenter en contenu le blogue et le site.

Soyez assurés que nous faisons le maximum pour poursuivre notre mission de vulgarisation des neurosciences dans l'esprit premier d'internet, c'est-à-dire dans un souci de partage de l'information, gratuit et sans publicité.

En vous remerciant chaleureusement de votre soutien, qu'il soit moral ou monétaire,

Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Lundi, 16 novembre 2015
La collaboration entre différentes régions cérébrales

L’une des choses les plus difficiles à comprendre avec le cerveau, c’est peut-être son organisation en réseau. Et l’étude sur les structures cérébrales impliquées dans la récompense retardée dans le temps dont il sera question aujourd’hui aide à mieux la comprendre.

Mais avant de la présenter, rappelons que depuis Franz Gall et la phrénologie au début du XIXe siècle et Michael Anderson et son livre After phrenology publié deux siècles tard en décembre dernier, la controverse entre une vision localisationniste et une vision plus distribuée des fonctions cérébrales n’a jamais cessé. On trouve ainsi aujourd’hui des gens mettant l’accent sur la modularité des fonctions cérébrales, par exemple Nancy Kanwisher qui a mis en évidence l’aire fusisorme de la reconnaissance des visages (et d’autres objets bien connus) à la fin des années 1990. Jusqu’à Michael Anderson, justement, qui défend une conception beaucoup plus distribuée, où une zone cérébrale donnée effectue une « computation » particulière qui contribue, avec l’activation de 5, 10 ou 25 autres régions à la réalisation d’une tâche cognitive particulière. Et en corollaire, une région donnée peut être activée dans de nombreuses situations parfois assez différentes.

Un exemple déjà mentionné ici est celui de l’amygdale, dont les travaux du laboratoire de Joseph LeDoux avaient très bien montré l’implication dans la réaction de peur lorsqu’un animal perçoit une menace. Mais ce « système d’alarme » de l’organisme, un peu vite étiqueté, a été ensuite reconnu comme étant aussi très actif dans d’autres situations bien différentes, comme lorsqu’on a très faim ou lorsqu’on voit un proche souffrir. D’où l’idée, développée par la suite, que l’amygdale amènerait plutôt une forme de préoccupation intense par rapport à une situation vitale pour nous, comme fuir une menace, bien sûr, mais également refaire ses réserves énergétiques ou prendre soin de ses proches. D’autres, comme Luiz Pessoa, élargissent encore plus l’étendue des rôles possibles pour l’amygdale.

Il est donc intéressant de considérer l’étude publiée en juillet dernier par Andrew R. Abela et ses collègues et intitulée “Hippocampal interplay with nucleus accumbens is critical for decisions about time” dans cette perspective. Car on est en présence de deux structures cérébrales que l’on identifie de prime abord à deux fonctions générales bien distinctes : la mémoire et la planification (car on se souvient pour mieux agir dans l’avenir) pour l’hippocampe, et le plaisir pour le noyau accumbens.

Or ici, ce que l’interruption des connections entre ces deux structures provoque, c’est l’incapacité pour un rat de patienter un peu pour avoir une récompense plus grande que celle qu’il aurait sans attendre. La récompense retardée (« delayed gratification », en anglais) est un phénomène bien connu des psychologues qui l’observent autant chez l’humain que chez le rat, ce qui pointe vers une origine évolutive assez ancienne impliquant ces deux structures cérébrales (et possiblement d’autres régions aussi, en particulier chez le cerveau humain pas mal plus complexe).

Ce qui est intéressant d’observer une fois de plus dans cette étude (dont les détails sont dans les liens ci-dessous), c’est comment un comportement élaboré permettant à un animal de retarder une récompense implique un dialogue nécessaire entre deux structures cérébrales impliquées chacune d’elle dans un aspect particulier de ce comportement élaboré : le noyau accumbens amenant la coloration « plaisante » et l’hippocampe la planification d’un délai dans l’obtention de ce plaisir.

Ce sont donc les connexions unissant deux structures cérébrales distinctes qui permettent ici l’émergence d’un comportement, observation appuyant l’importance d’une conception en réseau du cerveau. Un cerveau de rat dans cette expérience, ne l’oublions pas, mais qui semble déjà tirer parti d’un certain « recyclage neuronal » pour accomplir une tâche nouvelle et plus complexe.

Ce concept de recyclage neuronal aide lui aussi à mieux comprendre comment nos différentes régions cérébrales ayant évolué pour répondre à certaines pressions évolutives il y a longtemps peuvent resservir aujourd’hui pour autre chose, en particulier dans le cerveau humain qui évolue dans un tout autre environnement. L’hypothèse d’une origine évolutive commune pour l’orientation spatiale et la mémoire déclarative humaine, impliquant par ailleurs également l’hippocampe, étant un bon exemple de cette approche fructueuse.

i_lien Brain Structures Involved in Delayed Gratification Identified
a_exp Hippocampal interplay with the nucleus accumbens is critical for decisions about time

Le plaisir et la douleur | Pas de commentaires


Pour publier un commentaire (et nous éviter du SPAM), contactez-nous. Nous le transcrirons au bas de ce billet.