Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

Malgré tous nos efforts (et malgré la reconnaissance de notre travail par les organismes approchés), nous ne sommes pas parvenus à trouver de nouvelles sources de financement. Nous nous voyons contraints de nous en remettre aux dons de nos lecteurs et lectrices pour continuer de mettre à jour et d'alimenter en contenu le blogue et le site.

Soyez assurés que nous faisons le maximum pour poursuivre notre mission de vulgarisation des neurosciences dans l'esprit premier d'internet, c'est-à-dire dans un souci de partage de l'information, gratuit et sans publicité.

En vous remerciant chaleureusement de votre soutien, qu'il soit moral ou monétaire,

Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Lundi, 1 juillet 2013
Sur les épaules de Darwin

On a parlé la semaine dernière de l’émission radiophonique « Sur les épaules de Darwin » animée par Jean Claude Ameisen, chercheur en immunologie et vulgarisateur scientifique passionné de culture au sens large. On a dit l’émerveillement que procurent ses émissions hebdomadaire, mélanges des plus récents articles scientifiques publiées dans les revues spécialisées et des réflexions de philosophes, d’artistes et d’écrivain.e.s sur tout ce qui touche la vie humaine (et qui a forcément toujours une base biologique et des influences culturelles).

Il serait bien hasardeux de prétendre, en quelques lignes, donner un aperçu des 148 émissions produites depuis septembre 2010, dont 125 peuvent être réécoutées en podcast dans la section « archives » du site web de l’émission (voir le lien ci-bas). Car chacune d’elle réussit le tour de force de nous rattacher ni plus ni moins au reste de l’univers ! Chacune révèle notre étonnante parenté avec les autres primates, mammifères, espèces animales et même végétales avec qui l’on partage nos écosystèmes fragiles. Chacune propose aussi une réflexion sur l’origine des connaissances scientifiques actuelles, en montrant les aléas de leur genèse, les paradigmes dominants d’une époque et les explosions conceptuelles étonnantes qui les ont souvent, plus tard, fait voler en éclats.

Tentons tout de même de mettre un peu de chair autour de l’os en évoquant le contenu de l’un des derniers épisodes, intitulé « Je suis un fleuve » dont le titre est inspiré de cette citation de Borges : « Le temps est la substance dont je suis fait. Le temps est un fleuve qui m’emporte, mais je suis le fleuve ».

Consacré aux constantes transformations que subit tout être vivant, Ameisen y aborde non pas cette fois la mort neuronale sur laquelle il a beaucoup travaillé, mais la neurogenèse, c’est-à-dire la naissance de nouveaux neurones quotidiennement dans notre cerveau. Et Ameisen de rappeler qu’il y a quinze ans à peine, on croyait impossible la maturation de nouveaux neurones chez l’adulte, et encore moins leur intégration fonctionnelle aux circuits nerveux déjà existants.

C’est pourtant ce qui se passe dans l’hippocampe du cerveau humain adulte, comme viennent de le publier une équipe suédoise dans la revue Cell. Après des travaux s’échelonnant sur plus d’une décennie, on a pu démontrer qu’environ 700 cellules se différencient en nouveaux neurones chaque jour, soit 250 000 par année ou près de 2% de la population neuronale de l’hippocampe.

En gros, c’est à peu près le tiers des cellules nerveuses de l’hippocampe qui subissent ce renouvellement. Celles-ci seraient davantage impliquées que les autres dans la rétention de souvenirs semblables, mais avec des variations. Comme lorsque l’on veut retenir le nom d’une espèce particulière de conifères parmi d’autres, par exemple.

Ces données factuelles, Ameisen les mets aussitôt en perspective, suggérant ce qu’elles impliquent de nouveau, voire de révolutionnaire, dans notre compréhension non seulement du cerveau humain, mais de son rapport avec son environnement (notamment sa réaction au stress) et de l’idée générale que l’on se fait de nous-même. « Nous sommes faits de ce qui a donné naissance à l’ «infinité des formes les plus belles et les plus merveilleuses». Aux bactéries et aux fleurs, aux oiseaux et aux arbres. Et pourtant nous sommes autres. Nous sommes faits de l’histoire des cultures humaines. Et pourtant nous sommes autres. Toujours nouveau. », écrit-il sur son site web pour présenter l’un de ses bouquins, « Dans la lumière et les ombres. Darwin et le bouleversement du monde. ».

Et c’est vrai que Darwin a bouleversé le monde lorsqu’il a proposé ce puissant mécanisme de l’évolution qu’est la sélection naturelle. Mais comme souvent dans l’histoire des sciences, certaines idées sont « dans l’air du temps » et l’émission de Jean Claude Ameisen aurait pu aussi s’appeler « Sur les épaules de Darwin… et de Wallace ! ». C’est ce que nous verrons la semaine prochaine…

i_lien Sur les épaules de Darwin
i_lien « Je suis le fleuve » (émission du samedi 22 juin 2013)
i_lien Évolution
a_exp Dynamics of Hippocampal Neurogenesis in Adult Humans

Au coeur de la mémoire | 3 commentaires »


3 commentaires à “Sur les épaules de Darwin”

  1. Irène Durand dit :

    Toujours intéressant. Merci

  2. [...] cellules gliales dont la fonction de communication suscite le débat, ainsi qu’au phénomène de neurogenèse et à ses fonctions possibles. Qui dit neurones dit évidemment connexions entre eux et nous verrons comment toutes sortes de [...]

  3. [...] cellules gliales dont la fonction de communication suscite le débat, ainsi qu’au phénomène de neurogenèse et à ses fonctions possibles. Qui dit neurones dit évidemment connexions entre eux et nous verrons comment toutes sortes de [...]