Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

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Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






lundi, 21 novembre 2022
Journal de bord de notre cerveau à tous les niveaux : le meilleur et le pire de nos institutions sociales

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Voici donc quelques notes du « journal de bord » de mon livre inspiré par son avant dernier chapitre, le onzième. Un journal commencé en janvier dernier dans la foulée du 20e anniversaire du Cerveau à tous les niveaux et qui vous donne un aperçu du processus d’écriture, et surtout de réécriture depuis les derniers mois. Car après les chapitres un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit et neuf, j’avais dû, comme je l’expliquais la dernière fois dans mes réflexions autour du chapitre dix, revoir en profondeur toute la fin de l’ouvrage. C’est qu’un livre concocté sur plus deux ans et demi maintenant, qui aspire à raconter l’histoire des humains du Big Bang aux mouvements sociaux (rien que ça…), peut nous amener quelques bifurcations imprévues, ne serait-ce qu’à cause de tous les phénomènes que je croyais comprendre au début mais dont l’intransigeance de l’écriture a révélé les angles morts. Et je ne parle pas non plus de tous les liens faits en cours de route et que je ne pouvais même pas imaginer au début de cette aventure. Car après être passé au travers des nombreux niveaux d’organisations de notre système nerveux, de la synapse à ce corps-cerveau qui forme un tout indissociable, et en passant par son caractère dynamique et prédictif à toutes les échelles intermédiaires, et après avoir décortiqué un peu la mécanique du langage et tout ce qu’il peut comporter d’inconscient, j’en arrive aux cultures et aux institutions sociales. Et je vais tenter de comprendre pourquoi, à ce niveau, comparé par exemple à nos cousins primates contemporains, l’être ’humain fait exploser les possibles, et pas toujours pour le meilleur…

Pas facile pour moi de vous donner un aperçu de ce chapitre tellement il ratisse large. Et aussi parce que rendu à ce point dans l’ouvrage, le fil du récit m’amène à prendre certaines libertés narratives, conséquences des coups de haches donnés il y a quelques mois dans la structure originale de la fin du bouquin. Donc au lieu de prendre une idée ou un concept présenté dans ce chapitre et de broder quelque chose autour de ça comme je l’ai souvent fait pour ce journal, je vais plutôt papillonner d’un intertitre à un autre, en espérant que ce survol vous en dise plus sur cette partie du livre qu’une réflexion plus élaborée sur l’un de ses sujets. Aussi, parce que la forme de ces billets doit bien commencer à un moment donné à refléter un peu celle du livre qui a bien des chances de ne pas être celle que vous attendez…

J’en arrive donc à essayer de montrer qu’il y a un fil conducteur de l’auto-organisation du vivant jusqu’à l’autogestion des humains ! Et pour ça, je m’attarde d’abord un peu sur l’émergence des fortes émotions pro-sociales qui caractérise notre espèce. Car avant d’essayer de comprendre comment on en est arrivés à vivre dans des sociétés si inégalitaires, il y a une question encore plus fondamentale qu’on peut se poser et c’est comment s’est constitué la cohésion sociale au sein des petits groupes de chasseurs-cueilleurs au tout début de l’hominisation ! Et c’est là où je reviens sur des  phénomènes qu’on a abordés tout au long de notre parcours, notamment plusieurs liés à l’hominisation. C’est la seule façon d’avoir une vision plus large du déroulement des événements qui ont pu favoriser l’empathie et l’entraide dans notre lignée.

C’est plus tard que ça va se gâter, pour aboutir à un système socioéconomique mondialisé d’une violence inouïe pour des millions de systèmes nerveux humains. On essaiera d’abord de comprendre pourquoi, pour le dire vite, la richesse éloigne les riches de leur humanité. Pourquoi, pour le dire aussi comme Philipe Descola qui est une figure incontournable de l’anthropologie contemporaine que j’ai découvert en cours d’écriture :

« Une petite partie de l’humanité, par sa gloutonnerie, remet en cause la possibilité d’habiter sur Terre »

Il y a des études en psychologie cognitives qui se sont attardées là-dessus. Et il faudra en éplucher plusieurs juste pour arriver à comprendre ce qui peut amener des gens, par ailleurs rationnels dans d’autres aspects de leur vie, à croire qu’on peut croître à l’infini dans un monde fini. Bien sûr, il y a une minorité qui ont des intérêts évidents à ce que le monde continue comme il va, que l’on fasse de la « business as usual », mais tous les autres ? Qu’en est-il de cette majorité d’humains qui se soumettent apparemment à cette dissonance cognitive, à un système économique destructeur, injuste et aliénant ?

C’est là où il faut à mon avis mieux comprendre d’où on vient et ce qu’on est, sinon rien ne va changer. Il faudra par exemple décortiquer tout ce qui accentue le « nous » versus « eux ». Je dis bien « qui accentue », et pas « qui provoque » ou « qui produit », parce que la tendance à diviser le monde entre notre groupe d’appartenance et « les autres » est une prédisposition émotionnelle automatique présente chez tous les humains. Et même chez tous les autres primates dont les cerveaux peuvent détecter la différence entre « un des nôtres » et « un étranger » en moins d’un dixième de seconde!

Plusieurs données comme celle-là, c’est dans le magistral ouvrage « Behave », du primatologue, endocrinologue et neurobiologiste Robert Sapolsky que je les ai trouvées. En particulier dans son onzième chapitre à lui aussi intitulé « Us Versus Them », dont il a d’ailleurs publié des extraits pas longtemps après sa publication en 2017 dans un article intitulé « Why Your Brain Hates Other People. And how to make it think differently. » Je me délecte aussi régulièrement de ses interventions vidéo sur le Net, par exemple celle sur l’invasion de l’Ukraine qu’il commence en nous parlant de sa machine à lavée brisée, mais qui débouche dix minutes plus tard sur des aspects universels propre à tous les conflits humains, causés par ce « nous » versus « eux », et comment s’en prémunir.

Sapolsky est en quelque sorte l’archétype ou la preuve vivante de vers où il faut aller en termes de multidisciplinarité pour comprendre la coévolution complexe entre biologie et culture. Et j’essaie de montrer qu’il est bien révolu le temps où les « sciences sociales » pouvaient fonctionner en vase clos, négligeant tout l’apport des « science humaines ou biologiques ». Pour comprendre la moindre manifestation culturelle ou la moindre institution sociale, on se doit aujourd’hui de profiter de l’apport inestimable de disciplines comme la primatologie, l’archéologie, l’histoire ou l’anthropologie. Et j’essaie d’aller chercher des exemples dans chacun de ces domaines pour montrer qu’il y a toujours eu, et qu’il y a encore, d’innombrables communautés humaines au cœur desquelles se trouvent des « communs », c’est espaces collectifs gérés collectivement. Anciennement ce pouvait être des pâturages, des forêts, des étangs ou parfois des bâtiments comme l’église, un moulin, un lavoir, ou encore un puits ou une fontaine. Aujourd’hui c’est Wikipédia, le Bâtiment 7 et ses ateliers autogérés, la Remise pour partager des outils, l’Upop Montréal pour des cours gratuits ou le Champ des possibles et sa mise en valeur de friches industrielles, pour ne citer que quelques exemples de mon quotidien.

Une chose est sûre en tout cas, c’est qu’il faut favoriser la transition d’un monde essentiellement basé sur l’entreprise vers un monde fondé sur les communs. Il en va de la poursuite de l’aventure de la conscience humaine, sujet qui sera, « comme par hasard », celui du douzième et dernier chapitre de mon livre…

P.s.: et pour me permettre de l’avancer un peu, on se revoit ici dans deux semaines !

Du simple au complexe | Pas de commentaires


lundi, 16 août 2021
Comment éviter notre tendance naturelle à diviser le monde entre « nous » et « eux »

Au retour d’une semaine de cyclotourisme où j’ai repris contact avec la nature, je reprends tranquillement contact avec… vous ! Je dis tranquillement parce que je vais me contenter de vous faire part aujourd’hui de deux articles lus durant mes vacances et qui résonnent bien avec le déclenchement électoral que viennent de subir les Canadien.nes. Et parce que je suis toujours en train de d’écrire le premier jet de ce projet d’écriture dont j’aimerais bien voir le bout avant la fin de l’été. Et pour ça il faut du temps, d’où la brièveté de ce billet qui complète cet autre publié en juin 2020 (les deux sont de la matière première pour le contenu de mon projet…). Mais ça tombe bien parce que je vais vous laisser entre de très bonnes mains, celles de Robert Sapolsky, un primatologue et neurobiologiste qui nous avait donné il y a quelques années le superbe « Behave: The Biology of Humans at Our Best and Worst », autre lecture de vacances. Avec style et éloquence, Sapolsky détaille, de nos origines simiesques à nos sociétés modernes, les innombrables facteurs qui influencent nos comportements. En particulier nos comportements identitaires, ceux qui nous font diviser le monde en « nous » et en « eux ». Et donc une chose sur laquelle les partis politiques vont beaucoup insister dans les prochaines semaines… (suite…)

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lundi, 15 juin 2020
Nous versus Eux : notre espèce a-t-elle de l’avenir ?

C’est ce mercredi 17 juin prochain à 19h qu’aura lieu la 10e et dernière séance du cours Notre cerveau à tous les niveaux commencé en octobre dernier en collaboration avec l’UPop Montréal. Cette séance sera donnée en ligne sur la plateforme Zoom grâce au lien https://us02web.zoom.us/j/87430378790 et tous les détails pour se connecter sont dans l’événement Facebook de cette séance qui s’intitule  « Moi » conscient versus motivations inconscientes : notre espèce a-t-elle de l’avenir ? Après avoir donné la semaine dernière un aperçu de l’opposition conscient versus inconscient, j’aimerais conclure cette semaine avec un exemple du genre de question que la démarche de ce cours permet peut-être d’éclairer sous un jour nouveau. Cette démarche, je le rappelle, tentait d’aborder la complexité de la pensée humaine à partir de l’histoire évolutive de notre système nerveux et de sa longue construction par niveaux d’organisation. Que nous permet-elle de dire par exemple sur les violences raciales et le racisme systémique qui éclate une fois de plus au grand jour depuis quelques semaines ? Se pourrait-il que ce long parcours qui nous a mené des molécules aux biais inconscients, en passant par la grammaire de base du système nerveux, son organisation générale et son activité dynamique nous permette d’apporter une contribution originale aux analyses déjà proposées par les sociologues, les criminologues, les psychologues et tous les militant.es qui s’intéressent à cette question depuis des décennies ? Je n’écrirais pas ce billet et ne ferais pas ce métier si je pensais que non… (suite…)

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lundi, 3 juillet 2017
Lectures de vacances

Avec le mois de juillet commence les vacances pour bien des gens (dont votre humble serviteur). Les billets des prochaines semaines seront donc plus courts et paraîtront peut-être de façon un peu plus irrégulière au gré des connexions Internet qui me seront accessibles. Car j’ai bien l’intention de m’évader un peu dans la nature, ce que je vous souhaite aussi tant les études en montrant les bienfaits sur notre santé physique et mentale sont nombreuses.

Mais si jamais il vous faut votre dose hebdomadaire sur ce blogue et que cette posologie estivale est trop faible pour vous, je vous invite à retourner voir les 14 longs billets écrits l’automne passé et qui résumaient autant de thématiques abordées dans un cours sur la «cognition incarnée» donné durant ce même automne à l’UQAM.

Pour ce qui est d’aujourd’hui, je voudrais simplement vous suggérer deux « lecture d’été » dont la première a un lien avec ces innombrables boucles qui relient le cerveau, le corps et l’environnement puisqu’il s’agit de la première anthologie en français des écrits de Francisco Varela, un instigateur important de cette approche incarnée de la cognition. Intitulé «Le cercle créateur», ce livre vient d’être publié en mars dernier. (suite…)

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