lundi, 23 mars 2026
Des clarifications essentielles pour lever un peu la confusion autour de « la conscience »
À chaque fois c’est la même chose. Chaque fois que j’ai eu à travailler sur « le mot en c » (la conscience !), je me fais happer dans quelque chose de plus grand que moi. J’en ressors toujours plus riche de connaissances sur moi-même et les autres, mais aussi un peu ébranlé et en retard sur mes autres « affaires à faire » ! Ce fut le cas lorsque j’ai rédigé le thème sur la conscience dans mon site web, sorti en 2008. Normalement ça me prenait environ 6 mois pour écrire un thème et celui-là m’en avait pris… 16 ! Ensuite pour mon livre je me souviens que ça avait été un effort de synthèse épique pour réussir à en parler en une quinzaine de pages seulement. Et cette fois-ci ne fait pas exception, alors que le club de lecture du bouquin m’amène à revisiter cette 11e rencontre pour vous en parler demain soir, mardi le 24 mars à 19h à l’Espace des possibles de la Petite-Patrie (1052, rue Beaubien Est, Montréal). Depuis trois semaines, j’ai pratiquement mis sur pause toutes mes autres lectures pour préparer convenablement cette soirée. Heureusement, on m’a demandé de présenter sur le même thème en avril et en mai, donc je vais pouvoir « optimiser » ce travail de clarification. C’est d’ailleurs un avant-goût de quelques-une de ces clarifications terminologiques et épistémologiques que je ferai au début de mon exposé que je voudrais vous livrer ce matin en guise de « teaser » du riche contenu que nous allons aborder demain. Parce qu’une bonne part de la confusion qui accompagne généralement les discussions sur « la conscience » viennent du fait, justement, qu’on ne fait pas ces distinctions de base avant d’en parler. Car comme disait le philosophe Daniel Dennett, le problème avec la conscience n’est peut-être pas tant dans « conscience » que dans le « LA » qui précède et qui laisse sous-entendre qu’il s’agirait d’une chose (alors que c’est un processus), ou pire encore, une chose unique (alors que le mot peur renvoyer à plusieurs phénomènes).
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Commençons par un premier sens du « mot en c » qui peut être simplement celui désignant son niveau : être éveillé par opposition aux situations où la conscience diminue ou disparaît (sommeil, coma, anesthésie).
On peut aussi se référer à son contenu, auquel on a accès consciemment, que ce soit des souvenirs, des pensées ou des perceptions du monde environnant.
Et parmi ces éléments de contenu possibles, il y en a un qui m’apparaît particulier et c’est la conscience de soi : le fait d’être capable de se représenter en tant qu’individu particulier, avec son histoire de vie, ses projets, etc.
En continuant d’étendre le sens du mot, on en arrive à la conscience sociale », celle du bien-être des autres, de notre communauté, de l’espèce, de la planète. Et dont on parlera le mois prochain lors de notre 12 club de lecture.
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Du côté des clarifications « épistémologiques » (sur le type d’explication), j’ai toujours trouvé la façon d’Anil Seth de les aborder très pédagogique, avec les questions de base habituelles.
D’abord la question du « où dans le cerveau », qui a dominé l’avènement de l’imagerie cérébrale fonctionnelle dans les années 1990. Mais on s’est vite rendu compte que s’il y avait des structures plus impliquées que d’autres, comme le claustrum qui semble l’être beaucoup et le cervelet très peu, ça ne nous disait pas grand-chose sur ce qui rendaient possibles les phénomènes conscients.
D’où la question du « comment », c’est-à-dire par quel mécanisme neuronal devient-on conscient de quelque chose. C’est là qu’on a mis de l’avant par exemple tous les phénomènes de synchronisation de l’activité rythmique de nos neurones.
Et puis, englobant en quelque sorte les deux premières questions, se pose la question du « quoi », de la nature de nos processus conscients. Cette question a donné lieu aux grands cadres théoriques généraux qui rejoignent souvent les questions ontologiques de la philosophie sur cette question. Ce sont 5 de ces grandes théories que nous allons explorer dans la seconde partie de mon exposé de demain.
Finalement, il y aurait la question du « quand », d’un point de vue évolutif, apparaissent les processus conscients chez différentes espèces. Un sujet forcément très spéculatif qui pose aussi la question de la ou des fonctions de ces processus conscients. Et celle, non moins importante, de la souffrance animale.
À tout cela s’ajoute ce que je pourrais appeler la « cerise sur le sunday » qui serait la grande distinction bien formulée en 1995 par le philosophe Ned Block, à savoir la distinction entre conscience « d’accès », c’est-à-dire la disponibilité cognitive (présence ou absence) de certaines informations pour raisonner, guider un comportement, rapporter verbalement, etc.; et la conscience « phénoménale » qui est l’expérience subjective qui nous fait sentir « l’effet que ça fait » d’avoir cette expérience avec ses caractéristiques qualitatives ou « qualia » (pourquoi on ressent l’espace comme étendu, le temps qui « s’écoule », la couleur, le son, le toucher ou la douleur comme de nature différente).
Vous voyez le problème quand on ne prend pas minimalement le temps de distinguer un peu tout ça ? 😉 Donc si le cœur vous dit de faire un peu de ménage conceptuel sur ce sujet complexe mais en même temps le plus intime qui soit, venez faire un tour demain soir à l’Espace des possibles dans le cadre de cette soirée organisée par l’UPop Montréal. Un lieu au nom inspirant par rapport aux nombreux sens du thème de notre soirée !
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