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lundi, 16 mars 2026
« Toute est dans toute », de la conscience à l’orientation, en passant par les pratiques alternatives de notation !

C’est rare que je commence par trouver le titre de mon billet avant même de l’avoir écrit, mais c’est le cas ce matin. D’habitude c’est évidemment plutôt à la toute fin où, en considérant l’ensemble du billet, je trouve le titre le plus adéquat, ce qui est beaucoup plus logique comme façon de faire. Mais aujourd’hui j’ai comme un « gut feeling », après avoir lu mes notes éparses de la dernière semaine à partir desquelles je décide sur quoi je vais écrire, que c’est la ligne directrice qui se dégage de ce que j’aurais le goût de vous parler. Alors j’essaie cette forme de « rétro-ingénierie», juste pour voir ce que ça va donner. Après tout, bloguer est pour moi une forme de thérapie, et les associations libres font partie depuis Freud de la boîte à outil de nos explorations intérieures ! Alors bienvenue dans mon cortex associatif du lundi matin…

On y trouve bien sûr ce qui habite ma mémoire de travail chaque jour depuis un bon deux semaines, la préparation du 11e club de lecture de mon livre sur les grandes théories contemporaines sur nos processus conscients. Je vous ai annoncé la semaine dernière que cette rencontre porterait essentiellement sur cet aspect de la 11e rencontre du bouquin qui ratisse plus large. Trop de choses à dire, comme à chaque fois que je me suis attaqué à ce sujet vertigineux, un de nos processus de plus « haut niveau ». C’est pas pour rien que dans mon bouquin, sur 12 rencontres ce n’est qu’à la 11e que je me risque à en parler un peu. Pour la même raison, lors du club de lecture, je vais prendre la première moitié de la séance juste pour rappeler les bases neuronales du système dynamique complexe que constitue notre cerveau et à partir duquel peut émerger nos expériences sensibles et tous nos processus conscients associés. Car voilà une première manifestation du « toute est dans toute » qui se manifeste ici !

Et si je vais résumer en dix minutes plus de deux millénaires de théories philosophiques sur la conscience, c’est parce qu’elles ne tenaient pas compte du substrat biologique qui la rend possible et qui contraint grandement son expression. Et donc c’est seulement une fois qu’on aura rappelé l’essentiel de l’anatomie cérébrale et de son activité rythmique propice à la synchronisation et à la désynchronisation rapide de son activité neuronale que nous pourrons, dans la seconde partie de la séance, aborder cinq grandes théories de la conscience, probablement non mutuellement exclusives, qui suggèrent comment ce sentiment intime et ineffable peut émerger de tout ça. Ce « tout ça » ne se limitant pas uniquement au cerveau, mais incluant aussi le corps, l’environnement et la culture particulière d’un individu. Et tout ça sans magie, mais avec des concepts issus des systèmes dynamiques complexes comme « ignition », « intégration » ou « bifurcation », qui permettent d’appréhender ces phénomènes tant au niveau psychologique qu’au niveau neuronal, une condition sine qua non pour toutes ces théories.

* * *

Ah les différentes niveaux d’organisation du vivant… S’il y a bien un concept qui a guidé mon travail au fil des ans (l’incluant même directement dans l’ergonomie de navigation de mon site web), c’est bien celui-ci. Et l’importance de toujours rappeler que lorsqu’il se passe quelque chose à un niveau, il se passe toujours en même temps plein d’autres choses à pleins d’autres niveaux. Ce que montrent bien mes deux autres notes prises la semaine dernière en prévision de ce billet.

D’abord celle faisant suite au courriel d’un ami (merci Marc-Antoine !) qui me signalait cet article du labo du couple Moser qui a découvert les « grid cells », ces neurones du cortex entorhinal, près de l’hippocampe, qui sont essentiels à notre orientation dans l’espace. Intitulé « Toroidal topology of grid-cell activity precedes spatial navigation during development », l’article qui est sorti en “preprint” la semaine dernière montre que le câblage initial des circuits neuronaux de ces cellules de grille est déjà en place chez le bébé rat avant même que les yeux ou les oreilles s’ouvrent et que l’animal se tienne sur ses pattes et commence à explorer le monde. Autrement dit, que l’architecture cellulaire de base de cette fonction fondamentale qu’est l’orientation spatiale est « hard wired », c’est-à-dire pré-câblée par l’histoire évolutive de l’espèce. Ici du rat, mais fort probablement de toutes les espèces de mammifères, nous y compris. « Toute étant dans toute », c’est grâce à la plasticité neuronale de ces mêmes neurones et de ceux de l’hippocampe voisin que ces « canevas » de cartes, en quelque sorte, vous pouvoir ensuite s’actualiser en fonction du territoire que l’animal va explorer. C’est donc une nécessaire collaboration entre le niveau comportemental et le niveau génétique et cellulaire qui va encore une fois mettre en place une fonction essentielle qu’on appelle le sens de l’orientation.

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Finalement, je voulais vous parler d’un dossier que j’ai commencé à suivre un peu, celui des pratiques alternatives de notation (PAN) dans certains établissements collégiaux du Québec. En particulier des profs du département de chimie du cégep André-Laurendeau qui explorent concrètement cette approche et publient un billet de blogue hebdomadaire sur les PAN « qui regroupent une variété de façons de noter les étudiant·es en soutenant mieux les apprentissages et témoignant avec plus de justesse des acquis. » Autrement dit, qui cesse de ne mettre en avant que les sempiternelles notes, avec tout le stress et la contre-productivité éducative qui vient avec, au profit d’approches d’évaluation qui sont bien plus en accord avec ces que les sciences cognitives nous ont permis de comprendre sur la façon dont notre cerveau apprend. Je ne vais pas élaborer là-dessus davantage pour l’instant vu que ce billet commence à être long, mais je vous invite à aller lire par exemple le billet de la semaine dernière intitulé « Quand les PAN croisent la science de l’apprentissage ». Il présente présentons trois « effets collatéraux » très positifs des PAN sur l’apprentissage, soit l’effet de test, de l’effet d’espacement et de l’effet d’entrelacement, dont j’ai aussi déjà parlé dans mes conférences et dans mon livre.

Une autre preuve, s’il en fallait encore, que lorsqu’il s’agit de bonnes pratiques inspirées des sciences du vivant organisé par multiples niveaux d’organisation, eh bien… toute est dans toute !

Du simple au complexe, L'émergence de la conscience | Pas de commentaires


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