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lundi, 2 mars 2026
La fumée des bombes et l’écran de fumée de leur justification langagière

Comment écrire un petit billet de blogue ce matin alors que le monde s’embrase à cause des cerveaux les plus inhumains que la Terre ait porté ? Quatre milliards d’années d’évolution du vivant, 2,5 millions d’années d’hominisation, 300 000 de déploiement d’Homo sapiens pour arriver à ça : des Trump, Netanyahou, Epstein qui violent ou bombardent des enfants dans une fuite en avant qui semble sans fin et crée partout souffrance et dévastation. Les justifications langagières les plus grotesques pour justifier ces crimes de guerre contre le droit international et l’humanité toute entière sont alors repris sans broncher par nos dirigeants politiques et la classe médiatique. Tous protègent ainsi un système hiérarchique au sein duquel ils occupent une place privilégiée. L’avantage d’une démarche scientifique transdisciplinaire comme celle que je tente d’avoir ici a au moins le mérite de nous permettre de discerner, à travers l’écran de fumée des beaux discours, les comportements et motivations réellement en jeu dans ces moments de crises. Partager ci-dessous quelques éléments de compréhension de ces actualités peut paraître bien dérisoire devant le vent d’extrême droite et de fascisme qui balaie notre monde. Ne pas réagir devant tout ça n’est cependant pas une option. Car si réfléchir et partager le fruit de nos réflexions ne garantit pas l’avènement d’un monde meilleur, ne rien faire garantit à coup sûr l’enfoncement dans la dystopie en cours. Je me contenterai donc de retranscrire quelques lignes de ma présentation de jeudi dernier au club de lecture de Notre cerveau à tous les niveaux qui résonnent particulièrement bien avec le triste « remake » guerrier auquel on assiste ces jours-ci au Moyen-Orient. La version pdf de cette présentation est accessible directement ici ou sous la description de la 10e séance sur la page du club de lecture sur le site de l’UPop Montréal.

J’y rappelais entre autres que le sociologue Max Weber écrivait déjà, il y a plus d’un siècle, que

« Toute classe dominante développe un discours idéologique de légitimation rationnelle de sa domination sociale ».

Et j’exprimais le souhait que les sciences cognitives, avec les mécanismes psychologiques que je venais de survoler dans ma présentation, en mettant en évidence les rouages de nos justifications langagières, permettrait aux gens de mieux voir les véritables motivations de la classe dominante et ainsi de tomber moins facilement dans leurs pièges rhétoriques.

Car les concepts qui se diffusent dans une culture donnée et qu’on adopte spontanément nous amènent à projeter ces catégories plutôt que d’autres sur notre monde, qu’il soit celui, intérieur, de nos émotion ou celui,  extérieur, de nos perceptions. Dans les deux cas, cela va nous amener à percevoir le monde à travers ces catégories mentales-là qui peuvent éclairer mais aussi bien souvent obscurcir le réel.

Les exemples sont nombreux et au cœur des manipulations dans le « merveilleux monde » de la politique. Quand on invoque par exemple la « sécurité économique » pour justifier des dépenses pharaoniques comme l’a fait récemment le ministre Bernard Drainville pour défendre son projet de « 3e lien » à Québec, ou comme les États-Unis le font depuis bien avant Trump pour justifier leurs guerres de conquête, on cherche à jouer sur deux cordes sensibles en même temps, puisque ces deux termes sont fortement connotés positivement : le 1er pour des raisons évolutive; le 2e par conditionnement répété dans les grands médias où il ne se passe pas une journée sans qu’on nous répète que l’économie (lire, la croissance infinie dans un monde fini) est bonne pour nous.

Même chose quand on parle de l’impôt sur le revenu en tant que « fardeau fiscal », ce qui permet dans ce cas-ci de mettre en avant d’abord son aspect prélèvement (et donc négatif) et pas son aspect positif de redistribution pour les programmes sociaux, par exemple.

Et on pourrait continuer longtemps la liste de concepts auxquels on a associé une émotion négative, et dont l’utilisation ad nauseam dans sur la scène politico-médiatique sert constamment le pouvoir en place. Deux grands classiques encore ici :

–          complotiste, pour toute personne qui déroge ou questionne la version officielle des faits ou de leur interprétation avancée par les pouvoirs en place (quand on sait à quel point les « armes de destruction massive » et autres mensonges fameux sont la norme en politique, c’est pour le moins problématique);

–          antivax, pour toute personne qui osait durant la pandémie nuancer la consigne de vaccination mur à mur sans discernement en évoquant le principe de précaution ou le rapport coût / bénéfice selon sa condition particulière, pourtant deux piliers de l’art de la médecine depuis toujours.

J’arrête ici pour aujourd’hui. Non sans rappeler que lorsqu’on peut encore échapper à ces fous furieux qui détruisent le monde, on peut chercher à travailler ensemble pour améliorer le destin de tout un chacun. Comme le font par exemple les chercheurs et chercheuses du laboratoire de Guillaume Dumas à l’hôpital Sainte-Justine à Montréal qui prennent le temps de venir nous en parler à l’UPop Montréal comme mardi dernier et les trois prochains mardis. Et donc demain, pour une séance intitulée : Quand le patient devient la boussole du chercheur. À 19h, au café les Oubliettes.

De la pensée au langage, Non classé | Pas de commentaires


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