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lundi, 18 décembre 2023
Le cerveau n’est pas une navette spatiale et la vulnérabilité doit être au coeur de la science

On a porté à mon attention deux choses ces derniers jours (merci Jérémy et Jean-Pierre) qui m’ont inspiré ce billet à saveur un peu épistémologique, histoire de vous donner un peu de « nourriture pour l’esprit » à l’approche de la relâche du temps des Fêtes. La première est une impressionnante carte de la circuiterie cérébrale qui aspire, un peu comme celles des biochimistes avec le métabolisme cellulaire, à représenter la connectivité cérébrale inspirée des données neuro-anatomiques actuelles. Et la seconde est une réflexion du neuroscientifique Alex Gomez-Marin qui revient sur l’article publié il y a quelques mois par une centaine de scientifique accusant la théorie intégrée de l’information sur la conscience humaine d’être rien de moins que de la « pseudoscience ». C’est, en fait, un vibrant plaidoyer pour une science pluraliste qui doit demeurer ouverte à des approches qui s’écartent de la science « normale ». Simplement parce que c’est son essence et que c’est toujours comme ça qu’elle a progressé.

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J’avoue d’emblée qu’il y a un travail de synthèse titanesque derrière cette représentation des voies cérébrales que je n’avais jamais vue auparavant, tant pour sa version détaillée que pour sa version « simplifiée » où les principaux circuits sont représentés sur une coupe sagittale de cerveau. Ce travail a été réalisé, écrit-on au bas des affiches, par un ingénieur ayant collaboré à la conception du système de guidage de la navette spatiale qui a recensé sur une période de dix ans plus d’un millier de références scientifique pour établir sa carte.

Voilà qui explique sans doute mon sentiment de perplexité mêlé d’agacement quand j’ai pu explorer un peu plus en détail ces cartes. C’est certain qu’elles suggèrent fort bien la complexité de la bête, mais ça reste… comment dire… très partiel malgré tout. Le problème inhérent à toute représentation de la circuiterie cérébrale en étant un d’échelles distinctes : voir les grands faisceaux empêche de voir les petits, et vice-versa. On le voit au niveau de l’hypothalamus où ça « jamment » pas mal, passez-moi l’expression, étant donné sa petitesse et ses nombreux noyaux qui sont pourtant extrêmement richement interconnectés.

Et puis on peut comprendre l’idée des petites icones pour dynamiser la chose et donner une idée de l’implication des structures dans des fonctions particulières que les gens connaissent bien, mais ça incite à penser justement qu’une région donnée aurait une fonction particulière, alors que chaque région du cerveau collabore dynamiquement et constamment avec plein d’autres pour former des réseaux fonctionnels transitoires et participer ainsi à plusieurs fonctions différentes. Et donc il n’y a évidemment pas non plus la dimension temporelle, c’est-à-dire les rythmes cérébraux qui sont le langage de base de notre cerveau. Bref, malgré la somme de travail qui évoque évidemment mieux la complexité du cerveau que les quelques dizaines de régions colorées qu’on voit habituellement dans les textbooks, de telles affiches ne permettent malheureusement pas de saisir ce que fait constamment notre belle « patente à gosse » dynamique bricolée par l’évolution ! Pour ça, et en toute humilité, il a un livre qui s’en vient au début de l’automne prochain…

* * *

Quant à l’article The Consciousness of Neuroscience de Gomez-Marin,, formé pour sa part en physique théorique et devenu chercheur en neurobiologie comportementale, il explique pourquoi la réaction des scientifiques qui ont accusé la théorie intégrée de l’information de Tononi et ses collègues de « pseudoscience » (controverse dont j’avais parlé ici dans le blogue) est au mieux mal avisée, et au pire dangereuse pour l’entreprise scientifique au grand complet. Je n’essaierai pas de rentrer dans les détails de ces cinq pages d’une grande richesse sur l’histoire des sciences, tous les aspects sociologiques qui la conditionnent, et la profondeur de la réflexion épistémologique qui nous rappelle entre autre que c’est toujours une communauté de subjectivités partagées qui fait la science. Je vous recommanderai simplement sa lecture, parce que le temps me manque et que je ne pourrais jamais accoter son style percutant et la richesse de son propos. Je vous laisse simplement avec ce court extrait :

We need to restore the conversation asymmetry when we speak to laypeople, contributing to the social perception of science by precisely showing its vulnerabilities. Science should be debatable because it is made by scientists, and scientists are not homogenous minions under an unrepentantly conservative doctrinal monotheism. At the same time, balanced views may work for journalism, but for science it is often just a false equivalence.

When it comes to consciousness (but also in many other vibrant scientific domains), the main answer is this: we do not know. We may not know how to even ask the question! Consciousness research is necessarily at the margins of science, not because it is fringe but because it is cutting edge. It is a true stroll into the unknown.

Sur ce, je vous souhaite de joyeuses et inspirantes Fêtes, et on se retrouve le 8 janvier pour inaugurer ensemble l’année de la sortie de ce satané bouquin après deux ans de son « journal de bord » dans ce blogue !

Du simple au complexe, L'émergence de la conscience | Pas de commentaires


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