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Lundi, 18 août 2014
Des conférences pour lutter contre « l’analphabétisme neurobiologique » !


Ce titre, un tantinet provocateur j’en conviens, m’est venu après avoir lu le premier article ci-bas intitulé « «Lucy», de Luc Besson: on utilise bien plus que seulement 10% de notre cerveau ». Qu’un film basé sur un mythe aussi dénué de fondement scientifique que celui voulant « qu’on n’utilise que 10% de notre cerveau » rapporte déjà des sommes colossales au box-office américain (on parle de 44 millions de dollars pour son premier week-end d’exploitation) a quelque chose de, comment dire, quelque peu dérangeant pour le vulgarisateur des neurosciences que je suis…

Voilà entre autres pourquoi je propose depuis quelques années des conférences visant à rendre accessibles aux jeunes (par exemple, dans les cégeps)  et moins jeunes les connaissances actuelles sur « cet objet le plus complexe de l’univers connu dont nous possédons tous un exemplaire entre les deux oreilles ! ». Une vingtaine de présentations différentes ont ainsi été montées au fil des ans. Certaine traitent de facultés cérébrales spécifiques comme la mémoire, la lecture ou les liens entre neurones et hormones. D’autres ouvrent sur des questions plus larges comme les avancées récentes des sciences cognitives, leur nécessaire multidisciplinarité ou encore la question du libre arbitre vue par les neurosciences. Chaque présentation est décrite en détail sur la page Présentations de notre site web (avec l’objectif, le résumé, la durée et même l’ensemble du Power Point en cliquant sur le titre).

À cela s’ajoute depuis cet été une nouveauté : « L’école des profs », une série de cours intensifs de perfectionnement en neurosciences cognitives dont la première « cuvée », si l’on peut s’exprimer ainsi, fut donnée en juin dernier au cégep Garneau, à Québec. Ce concept innovateur, créé dans ce cégep trois années plus tôt, vise à pallier le peu de temps qu’a un professeur au collégial, compte tenu de sa charge d’enseignement, pour se tenir au courant des nouveaux développements de la recherche dans un domaine bouillonnant comme les neurosciences.

Comme je l’écris sur la page de notre site décrivant cette nouvelle initiative, l’expérience ayant été des plus enrichissantes, tant pour moi que pour les 25 profs des diverses disciplines qui ont suivi le cours (philo, bio, psycho, chimie, lettres, langues, cinéma…), il me ferait très plaisir de la répéter. Je donne donc dans cette page un aperçu du contenu de ces 5 cours de 3 heures qui était la formule proposée par le cégep Garneau. L’ensemble a été construit comme un tout dressant un survol des avancées des neurosciences cognitives au cours des dernières décennies, avec une attention particulière aux découvertes des dernières années. Je suis cependant tout à fait ouvert à des formules intermédiaires qui pourraient être moins longues pour m’adapter à vos besoins.

Donc au plaisir de discuter de tout ça avec vous d’abord par courriel, puis en personne je l’espère ! Car j’aimerais bien que ce projet « fasse des petits » (comme on dit en bon québécois), question que les professeurs aient des outils pour contrer « l’analphabétisme neurobiologique » endémique qui nous afflige (les deux tiers des américains croiraient au mythe du 10% !).

Les professeurs ou les journalistes, puisque, si je peux me permettre un petit ajout constructif au travail déjà louable de l’auteure de l’article qui ouvrait ce billet, quand elle écrit : « Lorsqu’on fait une imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), il est vrai qu’on ne voit jamais tout le cerveau actif en même temps. L’activité cérébrale est repérable par petites zones qui s’illuminent à l’écran. » je rappellerais que le cerveau est bel et bien actif à peu près partout en même temps tout le temps à cause de l’activité spontanée de la majorité des neurones qui fait que notre cerveau consomme à tout moment environ 20% du glucose et de l’oxygène de l’organisme. Les zones colorées ne représentent que les endroits où l’activité a varié durant la tâche. Donc des zones qu’en apparence isolées, mises en évidence par soustraction d’une situation contrôle.

C’est ainsi que ces taches de couleur isolées contribuent malheureusement à entretenir cette fausse impression qu’il y a de vastes territoires du cerveau qui attendraient passivement qu’on les utilise. Comme le souligne également Barry L. Beyerstein, interviewé dans l’article, « ces optimistes tabous [...] refusent de mourir parce que ce serait tellement bien si c’était vrai ». Or le plus ironique dans cette affaire, c’est que nos capacités d’apprentissage sont effectivement pratiquement infinies ! Mais pas parce qu’on n’utilise que 10% de notre cerveau. Plutôt à cause de la grande plasticité des connexions nerveuses reliant entre eux des milliards de neurones en un réseau d’une complexité hallucinante… Et c’est de cette complexité dont on pourra un peu parler si vous m’invitez à aller vous visiter… ;-)

Deux petites remarques en terminant. Je suis loin d’être le seul à faire ce travail de déconstruction de certains mythes ou de dogmes qui tombent. Normand Baillargeon par exemple, auteur du maintenant classique Petit cours d’autodéfense intellectuelle, a publié récemment Légendes pédagogiques, l’autodéfense intellectuelle en éducation qui va dans cette direction.

Et si vous voulez une autre bonne raison de ne pas aller voir le film de Besson, voir le dernier lien ci-bas sur sa vedette qui est la porte-parole de SodaStream, une compagnie israélienne qui a une usine dans une colonie illégale en territoire palestinien…

i_lien Lucy», de Luc Besson: on utilise bien plus que seulement 10% de notre cerveau
i_lien Normand Baillargeon s’attaque aux neuromythes de l’éducation
i_lien Scarlett Johansson: I have no regrets over ad for West Bank drinks company SodaStream

Du simple au complexe | Pas de commentaires


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