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Lundi, 8 juillet 2013
Alfred Wallace : dans l’ombre de Darwin

« Rien en biologie n’a de sens, si ce n’est à la lumière de l’évolution », disait le généticien Theodosius Dobzhansky, dont la lecture autour de 1915 du livre de Charles Darwin « De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle » avait renforcé la volonté de devenir biologiste. Publié en 1859, l’ouvrage de Darwin a beau être l’un des plus célèbres de l’histoire des sciences, il n’en demeure pas moins que la genèse de la révolution scientifique proposée et les circonstances qui ont permis son émergence au milieu du XIXe siècle seraient encore remplies de mythes.

C’est ce que soutient l’historien John van Wyhe, celui qui est derrière Darwin Online (voir le premier lien ci-bas), un site où l’on peut consulter rien de moins que l’intégrale de l’œuvre de Charles Darwin. Le Dr. Van Wyhe rappelle ainsi qu’il est faux de penser que l’on croyait encore que la Terre n’avait que quelques 6 000 ans à l’époque de Darwin, comme on l’entend souvent dans les récits sur l’apport original de Darwin. Le fait est que même les religieux de l’époque admettaient que la Terre était beaucoup plus ancienne suite à la découverte des strates géologiques et des fossiles d’espèces éteintes dans ces strates.

Quant aux fameuses îles Galápagos où Darwin se serait écrié, tel un Archimède, « Eureka, j’ai trouvé ! », il s’agit encore ici d’une méconnaissance de la chronologie de ses travaux. Le célèbre naturaliste anglais n’aurait eu sur le terrain que l’intuition que les différentes formes de becs de pinsons qu’il observait, si elles avaient une origine commune, « ébranlerait la stabilité des espèces », comme il le notait alors dans ses carnets.

C’est seulement à son retour en Angleterre que Darwin, selon van Wyhe, aurait eu le recul nécessaire pour mettre ensemble les trois raisons qui le convainquirent de l’évolution des espèces : l’existence du registre fossile, l’observation de patterns liés à la distribution géographique des espèces et le microcosme particulier des îles Galapagos qui rendait plus visible qu’ailleurs la transformation de certaines espèces. C’est à partir de là que Darwin pu entrevoir le puissant mécanisme de la sélection naturelle comme moteur important de l’évolution.

Cette idée que « plusieurs naissent, beaucoup meurent, et seulement quelques-uns survivent » (parce qu’ils sont mieux adaptés à un environnement donné), Darwin n’est cependant pas le seul à l’avoir eu. En effet, c’est en ces termes qu’Alfred Wallace, un autre anglais, décrit en 1855 un mécanisme pouvant expliquer l’évolution des espèces qui ne fait plus aucun doute pour lui non plus. Mais Wallace n’est pas aux Galápagos mais en Malaisie, où il déniche des espèces exotiques pour gagner sa vie en les vendant à la société victorienne qui en est alors friande. Mais les espèces qu’il y observe le mènent à sensiblement les mêmes conclusions que Darwin, dont il a eu vent des réflexions sur le sujet. Il lui poste donc en Angleterre de Malaisie un essai exposant ses conclusions, dont les délais postaux ont alimenté bien des rumeurs. Mais chose certaine, on sait que Darwin transmit l’essai au grand géologue Charles Lyell qui le proposa en lecture à la « Linnean Society » en même temps qu’un autre essai de Darwin lui-même.

L’ironie du sort voulu toutefois que Wallace transmette ses intuitions originales à un Darwin qui travaillait sur la question depuis 20 ans et qui allait sortir son livre phare avec essentiellement les mêmes idées quelques années plus tard. Celui-ci provoqua les débats que l’on sait, mettant du coup le nom de Darwin sur toutes les lèvres. Mais malgré les controverses, comme le note van Wyhe, à la fin des années 1870 la communauté scientifique mondiale avait accepté l’idée de l’évolution des espèces, contrairement à ce que disent les créationnistes qui clament que la théorie de l’évolution est encore controversée. Elle l’est peut-être pour les personnes mal informées, mais elle ne l’est plus depuis au moins 130 ans pour les scientifiques grâce à Darwin. À Darwin, mais aussi à Wallace, qui a gardé cette humilité toute victorienne en parlant lui-même de la « théorie de Darwin » et en faisant la promotion de différentes façons.

Et tous ceux qui ont ensuite construit « sur les épaules de Darwin ». Comme John van Wyhe qui a depuis un an rendu accessible à tous l’équivalent de son Darwin Online mais cette fois pour Wallace (voir le second lien ci-bas) et qui vient de publier « Dispelling the Darkness: Voyage in the Malay Archipelago and the discovery of evolution by Wallace and Darwin » pour réhabiliter ce scientifique doublé d’un militant pour la justice sociale qui déplorait déjà les extinctions massives d’espèces provoquées par la recherche incessante de confort des sociétés humaines au détriment de considérations plus larges.

a_lien Darwin Online
a_lien Wallace Online
a_rec Dr John van Wyhe
i_lien Recognition at last for Alfred Russel Wallace, who lived in Darwin’s shadow
i_lien New book rewrites how evolution was discovered
i_lien It ain’t necessarily so…
i_lien TEDxNUS – Debunking myths about evolution – John van Wyhe

Le bricolage de l'évolution | 3 commentaires »


3 commentaires à “Alfred Wallace : dans l’ombre de Darwin”

  1. André dit :

    Wallace commence à sortir de l’ombre…

    Cette année on fête le centenaire de Wallace, et on peut enfin lire une très belle biographie du grand naturaliste en français : Peter Raby, Alfred R. Wallace, L’explorateur de l’évolution, préface de Jean Gayon, Editions de l’évolution 2013.

  2. ce petit mot simplement pour porter à votre attention que notre maison a publié en février « Alfred R. Wallace, l’explorateur de l’évolution », la biographie de Peter Raby préfacée par Jean Gayon. Une publication des plus importantes pour nous, puisque fondatrice de notre jeune maison! – Et nous publierons bientôt, toujours sur Wallace, un ouvrage de Charles Smith lui-même, un texte écrit pour les éditions de l’évolution. En tout cas ce cher Wallace, s’il a longtemps été escamoté de la scène française, revient dans la lumière – du moins autant qu’une maison nouveau-née peut en émettre…

  3. LeChercheur dit :

    Les pinsons de Darwin

    Une partie de son œuvre consistât à l’observation des animaux vivants. Notamment les célèbres pinsons (13 espèces) résident sur les îles Galápagos qui à cause des variances de la taille de leurs becs, ont été considérées plus tard (non par Darwin) comme une preuve de l’évolution par la sélection naturelle quoique ce ne sont pas des synonymes. Ce que les évolutionnistes ne vous disent pas. La procédure usuelle pour différencier les espèces de vertébrés dont font partie les oiseaux n’est pas la forme de leur bec, mais leur système de reproduction. Dans le cas des supposées 13 espèces de pinsons des îles Galápagos, les évolutionnistes ont modifié les règles en faveur de leur théorie. S’ils avaient respectés la méthode usuelle de différencier les espèces, il n’y aurait pas eu 13 espèces de pinsons. Tous ces pinsons se reproduisent entre eux et produisent des « hybrides » viables. Aussi, des spécialistes sont d’avis qu’il s’agit en réalité d’une seule et même espèce. La différence de formes de becs se trouve simplement inscrite dans leurs gènes.

    On a observé le volume du bec de certains pinsons avait changés en période de sécheresse. Ils étaient mieux capables de se nourrir des graines enveloppées dans une coquille très résistante qui avaient elles-mêmes mieux survécu à la sécheresse. Ce n’est pas un phénomène unique, on le trouve chez d’autres oiseaux. Cela n’explique pas l’origine des espèces par la sélection naturelle, ces formes étaient potentiellement présentes dans la population originale, il n’y a pas de nouvelle information génétique. Ces changements sont aussi réversibles après la sécheresse, aucune évolution n’a eu lieu. Il y a une diversité préexistante dans le monde vivant (ex races de chiens).

    Les lions en période extrême de famine perdent leur crinière, mais la retrouvent en temps favorable. Même le métabolisme des humains change en période de famine, puis revient à la case départ quand il y a assez de nourriture. Une partie de la population survit mieux, chacun réagit différemment aux médicaments, mais ce sont tous des humains. Certains chats ont des goûts variés en nourriture, d’autres sont très sélectifs. Il ce peu qu’en période de pression extrême que ces derniers auront moins de chances de survit, mais ce sont toujours des chats qui possèdent le même caractère génétique.