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Lundi, 8 août 2011
Quand la peur nous fait réagir en conservateur

Paul Nail et ses collègues de l’Université de Central Arkansas ont réalisé une série de trois expériences qui met en lumière comment un contexte psychologiquement menaçant peut infléchir une pensée habituellement libérale vers une position plus conservatrice. Les adjectifs “libérale” et “conservatrice” sont à prendre ici dans le sens général où le premier décrit une attitude d’ouverture, d’empathie, de communication et de justice sociale alors que le second met l’emphase sur la tradition, l’ordre, l’autorité et la discipline.

Nail a donc demandé à des étudiants de donner leur opinion sur des sujets controversés (avortement, peine de mort, etc.) pour en évaluer les valeurs sous-jacentes. Pour les trois expériences, les étudiants avaient été préalablement classés en “conservateurs” ou “libéraux” selon leurs convictions politiques générales. Et dans les trois situations expérimentales, les étudiants des deux catégories étaient soit exposés à un contexte neutre ou à un contexte menaçant (injustice, mort, etc.) avant de donner leur opinion sur l’enjeu controversé.

Les résultats sont assez révélateurs. Dans les trois situations, pourtant assez différentes, l’évocation d’une menace juste avant de se prononcer sur l’enjeu controversé pousse temporairement les étudiants autrement libéraux vers une posture plus conservatrice. Et les auteurs de l’étude soulignent que ce “conservatisme défensif” n’est pas une simple réponse pragmatique à une menace puisque l’enjeu sur lequel les étudiants avaient à porter un jugement n’était pas lié à la menace évoquée. Il découlerait davantage d’une réaction psychologique à un sentiment de vulnérabilité plus général.

Ces résultats ne sont pas sans rappeler l’ouvrage classique de George Lakoff, Moral Politics, publié en 2002. Linguiste qui place la sémantique et les métaphores issues de nos expériences corporelles au cœur de nos facultés langagières, Lakoff défend l’idée que la conception du monde conservatrice s’inspire de la métaphore du père autoritaire (« strict father » en anglais) et la vision libérale d’un parent maternant (“nurturant parent”, en anglais). Pour interpréter les résultats de Nail dans les termes de Lakoff, on pourrait dire que lorsque le père autoritaire menace de sévir, les enfants ont peur et lui obéissent sans réfléchir…

Une position morale que Lakoff, en tant que libéral avoué, considère malsaine pour la société puisqu’elle promeut une culture de la peur, de l’exclusion et du blâme.

i_lien How to turn a liberal into a conservative
i_lien Book Review: Moral Politics, George Lakoff
i_lien George Lakoff and the Rockridge Institute
a_lien Threat causes liberals to think like conservatives

Que d'émotions! | 6 commentaires »


6 commentaires à “Quand la peur nous fait réagir en conservateur”

  1. Bruno Dubuc dit :

    Entrevue avec Chris Mooney, auteur de « The Republican Brain: The Science of Why They Deny Science – and Reality. »
    http://truth-out.org/news/item/8564-can-you-understand-the-republican-brain?

    Extrait:
    « I do not argue that liberals never do it, but conservatives seem to be engaging in a boatload of biased reasoning today, and also doubling down on false beliefs, on issues ranging from climate change to the debt ceiling. We even have the bizarre phenomenon of the « smart idiot » effect: Educated conservatives being more likely to hold wrong beliefs than less educated conservatives on issues like global warming – which probably partly reflects misinformation coming from Fox.

    In light of all this, I think it is far past time to look at what psychology has to say about why the left and right differ, and what this may have to do with our divide over reality and what is true. And that’s what the book attempts to do. »

  2. blog-lecerveau dit :

    Red Brain, Blue Brain: Evaluative Processes Differ in Democrats and Republicans

    http://www.plosone.org/article/info:doi/10.1371/journal.pone.0052970

  3. [...] grands champs de recherche, la psychologie des croyances, incluant la mythologie, les religions et les idéologies politiques; et la psychologie de la personnalité et les facteurs susceptibles de nous rendre [...]

  4. [...] grands champs de recherche, la psychologie des croyances, incluant la mythologie, les religions et les idéologies politiques; et la psychologie de la personnalité et les facteurs susceptibles de nous rendre [...]