Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

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Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






lundi, 5 décembre 2022
La révolte de certains jeunes contre leur téléphone cellulaire !

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Selon un sondage de 2019, un peu plus de la moitié des enfants américains ont un téléphone cellulaire dès l’âge de 11 ans et 84 % en ont un quelques années plus tard, à l’adolescence. Et la moitié de ceux-là s’estiment dépendants à leur téléphone ! Récemment, un jeune dont le téléphone était en réparation pour quelque jour me disait ressentir comme un vide en dedans. Un vide que son téléphone venait habituellement combler à chaque instant dans ses journées. Ce sont des jeunes qui ont fait ce dur constat qui ont fondé à Brooklyn, aux États-Unis, le Luddite Club pour se sevrer de cette dépendance. Une sorte de mélange entre les alcooliques anonymes et le mouvement des « casseurs de machines » mené par l’ouvrier Ned Ludd et qui s’opposaient en Angleterre au début du XIXe siècle aux conséquences néfastes du capitalisme industriel. Un mouvement inspirant contre une technologie dont on ne se méfie pas assez des effets pervers, dont la forte dépendance qu’elle peut créer.

Celle-ci est bien résumés par Lola Shub, l’une des adolescentes ex-screenager (de screen, écran et teenager, ado) et organisatrice du Luddite Club :

« l’utilisation incessante des réseaux sociaux, le scrolling sans fin, les posts et les selfies. Aucun d’entre nous ne voulait rester un screenager, mais on avait du mal à prendre du recul. »

À cela, on pourrait ajouter des troubles cognitifs typiques de la surutilisation des cellulaires comme la saturation de la mémoire de travail, la baisse des capacités de concentration, le stress et l’anxiété. Et le fait que si ce sont les adolescent.es qui sont souvent les plus fortement frappés par cette dépendance, c’est qu’ils sont aussi dans une phase de leur vie où ils se définissent énormément par rapport aux autres, à leur réseau d’ami.es. Or ce réseau est décuplé par les Instagram, Tik Tok et autre Facebook du merveilleux monde des réseaux sociaux. Ce n’est pas l’avis d’un.e ou deux ami.es qu’on va rechercher le midi ou entre deux cours, mais de vingt ou quarante qui leur font des « Likes » à chaque minute ou aux dix secondes ! Le problème, c’est que notre cerveau n’a pas évolué pour gérer autant de sollicitations électroniques.

En éthologie, on appellerait ça un stimulus « supranormal », c’est-à-dire quelque chose qui stimule une prédisposition que l’on a pour un type de stimulus, mais avec un ordre de grandeur qui n’a plus aucune commune mesure avec les pressions sélectives anciennes qui ont fait que ce trait a été sélectionné parce qu’il était utile à notre survie. D’autres exemples classiques de ce phénomène seraient notre prédisposition pour le sucré ou le gras, bien utile dans l’environnement faible en calories de nos lointains ancêtres, mais devenus un danger pour la santé dans nos environnements modernes tellement les aliments peuvent en contenir. D’où le triste succès des fast-food…

Pour en revenir aux cellulaires, certains jeunes prennent donc conscience qu’ils sont devenus addicts à leur téléphone. Ils ne comprennent pas toujours tous l’aspect « supranormal » de la chose, ni la puissance des vieux conditionnements opérants à l’oeuvre qui nous poussent à répéter un geste comme scroller de manière incessante d’une publication à une autre, d’un Like à un autre, d’une récompense à une autre… Mais ils sentent suffisamment qu’ils ne s’appartiennent plus, que leur volonté est hackée par leur téléphone, pour s’en départir. Ou alors, quand c’est trop difficile ou qu’il y a des pressions parentales pour pouvoir être rejoint, pour changer leur cellulaire pour des téléphones à clapet des années 2000 !

Les réactions des jeunes comme celle de Lola Shub qui retrouvent alors du « temps de cerveau disponible » comme jamais ne sont pas sans rappeler celles des scientifiques qui étaient allé faire du rafting une semaine sans leur ordi et leur téléphone et dont j’avais rapporté les impressions dans ce billet de blogue.

« Tous ces moments où j’aurais normalement dégainé mon téléphone par réflexe — dans le métro, la file d’attente des magasins, dans la salle de bain — étaient maintenant des moments de silence. Pour certaines personnes, cela pourrait devenir un problème. Ce n’est pas rien, d’être seul avec ses pensées, et je sais que ça peut être dur. Mais c’est aussi une chose vraiment merveilleuse à pratiquer et à apprendre. »

D’autres de ses commentaires traduisent très bien l’état subjectif associé à ce que fait notre cerveau quand il n’a pas de sollicitations extérieures : il adopte alors spontanément sa configuration du réseau du mode par défaut où il peut « faire du ménage » parmi ses expériences passées et à venir :

« Je me suis retrouvé à réfléchir à mes plans pour la journée, ou à un souvenir d’il y a cinq ans, ou alors j’essayais de trouver la réponse à un problème qui me stressait. Peu importe ce à quoi je pensais, c’était beaucoup plus vivant et détaillé qu’auparavant, lorsque mon attention était immédiatement détournée par mon téléphone et les vidéos insensées et chronophages qu’il proposait. J’ai trouvé de l’espace, dans tout le temps perdu que j’avais retrouvé, pour penser de façon créative. J’ai aussi commencé à lire davantage et j’arrive à mieux me concentrer. Dans l’ensemble, j’ai l’impression que ma manière de penser s’améliore. »

L’allusion aux alcooliques anonymes au début de ce billet n’était pas ironique. Le téléphone cellulaire peut devenir pour un nombre élevé de jeune une dépendance au sens fort du terme. C’est entre autre pour ça que les membres du Luddite Club se retrouvent régulièrement ensemble, pour se soutenir, échanger sur leurs difficultés à atteindre un niveau de sevrage suffisant, et pour se donner des trucs pour remplacer les moments de « craving » qui peuvent resurgir.

Car le meilleur moyen de contrer la dépendance, c’est n’est pas nécessairement de viser l’abstinence complète à tout prix. C’est bien souvent de se sentir intégré.e dans une communauté « live », avec des rapports humains de personne à personne, en face à face. Sans sombrer bien sûr dans l’autre extrême de la surstimulation sociale désincarnée favorisée souvent par un vide existentiel. Vide savamment entretenu par une société de consommation qui te convainc dès le berceau que ton bonheur réside dans la dernière version… du IPhone, justement ! Et l’on revient à la sagesse nécessaire des Luddites…

Au coeur de la mémoire | Pas de commentaires


lundi, 21 novembre 2022
Journal de bord de notre cerveau à tous les niveaux : le meilleur et le pire de nos institutions sociales

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Voici donc quelques notes du « journal de bord » de mon livre inspiré par son avant dernier chapitre, le onzième. Un journal commencé en janvier dernier dans la foulée du 20e anniversaire du Cerveau à tous les niveaux et qui vous donne un aperçu du processus d’écriture, et surtout de réécriture depuis les derniers mois. Car après les chapitres un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit et neuf, j’avais dû, comme je l’expliquais la dernière fois dans mes réflexions autour du chapitre dix, revoir en profondeur toute la fin de l’ouvrage. C’est qu’un livre concocté sur plus deux ans et demi maintenant, qui aspire à raconter l’histoire des humains du Big Bang aux mouvements sociaux (rien que ça…), peut nous amener quelques bifurcations imprévues, ne serait-ce qu’à cause de tous les phénomènes que je croyais comprendre au début mais dont l’intransigeance de l’écriture a révélé les angles morts. Et je ne parle pas non plus de tous les liens faits en cours de route et que je ne pouvais même pas imaginer au début de cette aventure. Car après être passé au travers des nombreux niveaux d’organisations de notre système nerveux, de la synapse à ce corps-cerveau qui forme un tout indissociable, et en passant par son caractère dynamique et prédictif à toutes les échelles intermédiaires, et après avoir décortiqué un peu la mécanique du langage et tout ce qu’il peut comporter d’inconscient, j’en arrive aux cultures et aux institutions sociales. Et je vais tenter de comprendre pourquoi, à ce niveau, comparé par exemple à nos cousins primates contemporains, l’être ’humain fait exploser les possibles, et pas toujours pour le meilleur… (suite…)

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dimanche, 13 novembre 2022
Comprendre et apprivoiser les drogues avec Jean-Sébastien Fallu à l’UPop Montréal

Avant de poursuivre le journal de bord de mon livre avec le chapitre 11 la semaine prochaine, je voudrais aujourd’hui vous signaler un excellent cours qui se donne actuellement à l’UPop Montréal. Intitulé « Comprendre et apprivoiser les drogues. Un enjeu de santé publique en évolution », le cours donné par le Dr. Jean-Sébastien Fallu comporte trois séances les mercredis 2, 16 et 30 novembre à 19h au café les Oubliettes. Les travaux de Jean-Sébastien Fallu portent notamment sur l’étiologie et la prévention de la consommation problématique de substances et les politiques en la matière. Il œuvre aussi à titre de rédacteur en chef et directeur de la revue Drogues, santé et société. (suite…)

L'émergence de la conscience | Pas de commentaires


lundi, 7 novembre 2022
À la semaine prochaine…

Je me prévaux aujourd’hui d’une règle que j’ai moi-même établie en août dernier pour mes billets de cet automne :

« Ça me donne donc un objectif concret pour publier ici mes billets sur le livre, soit un à chaque mois d’ici les Fêtes. Je publierai sans doute aussi quelques autres billets sur divers sujets entre tout ça, mais je m’accorde aussi le droit, en tant que mon propre patron (!) de sauter certaines semaines comme je le fais l’été si le travail sur le livre est trop demandant. Parlez-moi de ça un patron conciliant qui aide à diminuer le stress chez ses (son?) employé(s)…  😉 »

On se dit donc à la semaine prochaine, avec mon journal de bord du chapitre #11…  😉

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lundi, 31 octobre 2022
De la magnétoencéphalographie avec de la lumière laser !

Comme c’est l’Halloween aujourd’hui, j’ai pensé vous faire un billet sur l’amélioration de mon déguisement ! Comme le montre la photo, je suis donc passé du « séchoir à cheveux » de l’an passé au « masque de Friday the 13th » cette année… 😉 L’occasion était trop belle pour mettre à la sauce du jour cette image provenant d’un article paru dans Nature en mars 2018 intitulé : Moving magnetoencephalography towards real-world applications with a wearable system. C’est un ami français croisé par hasard cet été au Québec (merci Christian Bénar !) qui m’a signalé ce qui s’avère être une toute nouvelle approche pour la technique d’imagerie cérébrale que l’on appelle la magnétoencéphalographie (ou MEG). Je n’ai malheureusement pas le temps de faire les recherches adéquates pour écrire en profondeur sur ce sujet (à cause de vous savez quoi…), mais je voulais au moins vous signaler les avantages énormes qu’est susceptible d’apporter l’exploit technologique derrière cette approche. J’ai nommé les « Optically pumped magnetometers”.

En quelques mots, rappelons d’abord que la MEG est déjà un exploit technique en soit, enregistrant grâce à des capteurs ultrasensibles devant être refroidi par un gros réservoir d’hélium liquide (le « séchoir à cheveux » !) les champs magnétiques très faibles qui émanent de l’activité électrique du cerveau. Le gros avantage de la MEG, c’est donc de nous informer de l’activité électrique du cerveau à la milliseconde près, donc avec une résolution temporelle beaucoup plus grande que l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, par exemple (qui est une mesure indirecte de l’activité cérébrale basée sur la vasodilatation des capillaires sanguins cérébraux). Un autre avantage notable de la MEG, c’est que contrairement à l’électroencéphalographie, ou EEG (les nombreuses petites électrodes accolées sur le crânes) qui captent directement l’activité électrique de nos neurones, on peut enregistrer avec la MEG en profondeur dans le cerveau, et pas seulement ce qui se passe sur la surface corticale comme avec l’EEG. L’équipe de Christian Bénar a par exemple montré que l’on pouvait capter l’activité de l’amygdale et de l’hippocampe.

Et donc maintenant, avec cette nouvelle technique archi pointue impliquant des faisceaux de lumière laser (l’aspect « optically » de la technique), on réussit à capter ces champs magnétiques sans le gros « séchoir à cheveux » et seulement avec le petit « masque de Friday the 13th » ! On parvient donc à faire de la MEG avec ce simple masque permettant même au sujet de bouger en faisant des tâches dont l’activité nerveuse correspondante est enregistrée avec une grande précision. Il y a là, selon certain, un potentiel pour “démocratiser” la MEG, même si, on s’entend, ces petits jouets ne sont quand même pas donnés…

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