Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

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Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Lundi, 21 septembre 2020
Deux illusions d’optique revisitées à la lumière du cerveau prédictif

Je suis retombé récemment sur la petite expérience qui permet de mettre en évidence notre point aveugle. À cet endroit de notre rétine dans notre globe oculaire, il n’y a pas de photorécepteurs parce que les axones des cellules ganglionnaires le traversent pour former le nerf optique. Par conséquent, il y a forcément un point de notre champ visuel qui ne s’imprime pas sur notre rétine et donc on ne devrait rien voir à cet endroit. Pourtant, on n’a pas l’impression d’être aveugle à aucun endroit de notre champ visuel. Comment cela se fait-il ? Retour sur cette illusion et sur une autre très familière à la lumière du « cerveau prédictif ».

L’approche du « cerveau prédictif » (« predictive processing », en anglais), est cette idée de plus en plus répandue en science cognitive depuis une dizaine d’années qui retourne la perspective classique d’un cerveau qui attend de recevoir des inputs pour les traiter et pour éventuellement produire des outputs. Cette conception passive du cerveau, héritée de la triste métaphore avec l’ordinateur, est remplacée par celle d’un organe proactif qui fait constamment des prédictions sur son environnement et ce qui risque de s’y passer, pour ainsi y agir de façon plus efficace.

Pour en revenir au phénomène du point aveugle, si on ne le remarque pas, ce n’est pas tant parce que notre cerveau nous rend « aveugle », justement, à la cécité qui nous affecte à cet endroit. Il semble que ce soit plutôt parce qu’il projette sur le point aveugle ce qui, selon son expérience du monde emmagasiné dans sa mémoire, a le plus de chance de se trouver à cet endroit. Et quand on regarde un point noir sur une feuille blanche et qu’il disparait lorsqu’il arrive vis-à-vis notre point aveugle, c’est que notre cerveau projette à cet endroit simplement la couleur blanche de la feuille, c’est-à-dire le background qui est présent dans les environs de ce point.

Pour faire le test du point aveugle, fermer l’oeil droit et fixer la croix avec l’oeil gauche. Avancez-vous ou reculez-vous de l’image jusqu’à ce que le point disparaisse ou que la ligne apparaisse comme continue.

Ainsi, la version avec la ligne interrompue de l’expérience du point aveugle (voir ci-dessus) relève de la pure magie sans cette compréhension de la nature prédictive de notre cerveau. Quand l’interruption de la ligne arrive exactement sur notre point aveugle, on perçoit tout à coup la ligne sans interruption aucune ! Ce n’est donc plus le background que notre cerveau projette à ce moment-là sur le point aveugle, mais bien un petit bout de ligne parce qu’entre les deux grands bouts de ligne c’est ce qui est le plus probable de se trouver là !

Il est facile de s’imaginer les avantages évolutifs d’une telle façon de fonctionner du cerveau. La plupart des signaux qui nous parviennent du monde ont un certain degré d’ambiguïté. Sans cette capacité de projection de notre cerveau sur le monde à partir de nos expériences passées, il nous faudrait attendre par exemple que la forme féline dans les hautes herbes devant nous en sorte pour reconnaître alors que c’est un tigre. Il serait alors sans doute trop tard pour fuir, et les animaux qui fonctionnaient comme ça n’ont pas laissé beaucoup de descendants…

Une autre illusion qui met en lumière ce caractère projectif de notre cerveau est l’illusion bien connue de la lune qu’on voit plus grosse lorsqu’elle est à l’horizon que bien haut dans le ciel. Alors que ce n’est pas du tout le cas, la photo en haut de ce billet, prise par le photographe Shay Stephens, nous en apportant une preuve parmi d’autres (une prise d’image toutes les 150 s sauf pour la dernière où le temps de pose a été augmenté pour prendre le panorama de la ville de Seattle, USA).

À cause des contraintes de temps évoquées la semaine dernière, je vous renvoie à l’encadré de cette page de mon site où j’avais évoqué en termes psychologiques une explication de cette illusion qui a fait couler beaucoup d’encre (voir par exemple ici pour différentes tentatives d’explication). J’écrivais donc en 2004 :

« Il semble donc que notre appareil visuel a été modelé par l’évolution à partir de cette réalité et que nous sommes dépourvus quand vient le temps d’interpréter un objet si éloigné comme la lune qui occupe la même surface rétinienne qu’elle soit près ou loin de l’horizon. Notre cerveau interprèterait donc la lune comme étant plus grosse parce qu’il se dit que si son image ne devient pas plus petite à l’horizon, c’est que cet objet doit être vraiment très gros. Et il nous la fait percevoir en conséquence… »

Le fait est qu’en relisant cet exemple d’explication que j’avais rédigé il y a plus de quinze ans (donc avant le changement de paradigme vers le cerveau prédictif), je me rends compte que la formulation était déjà celle d’un cerveau qui projette ses a priori sur le monde. On le voyait cependant sans doute à l’époque comme une curiosité ou un phénomène un peu marginal, alors que l’on pense de plus en plus aujourd’hui qu’il s’agirait, au contraire, de la manière de fonctionner « par défaut » de notre cerveau.

Le bricolage de l'évolution | Pas de commentaires


Lundi, 14 septembre 2020
La richesse diminue notre empathie, même au Monopoly !

Je voudrais vous parler aujourd’hui des travaux du psychologue social Paul Piff dont les thèmes de recherche tournent autour des hiérarchies sociales, des inégalités économiques, de l’altruisme et de la coopération. Je l’ai d’ailleurs découvert grâce à son intervention dans le documentaire « Le capital au XXIe siècle », inspiré du livre du même nom de l’économiste français Thomas Piketty. Piff y explique une expérience faite avec le jeu de Monopoly qui montre des changements de comportement troublants quand une personne gagne à répétition à cause de règles biaisées en sa faveur. En clair, quand elle acquière du pouvoir. Un sujet dont j’avais déjà traité dans ce blogue en parlant des travaux de Dacher Keltner sur la manière dont la richesse éloigne les riches de leur humanité. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les deux auteurs se rejoignent si bien puisque je découvre ce matin qu’ils ont publié de nombreux articles ensemble ! (Lire la suite…)

Le développement de nos facultés | Pas de commentaires


Mardi, 8 septembre 2020
La science : une entreprise collective aux racines lointaines

Je voudrais vous parler aujourd’hui de l’origine lointaine d’un aspect fondamental de l’entreprise scientifique : le fait qu’il s’agit d’une construction collective. Mais avant, permettez-moi de rappeler quelques caractéristiques de la science qui va nous permettre de mieux apprécier ses racines.

Les gens ont souvent une idée déformée de ce qu’est la science. Trop souvent, on associe un fait ou une loi scientifique à une certitude. Alors que ce ne sont, pour paraphraser le physicien Étienne Klein que j’écoutais à la radio hier, que des « petits bouts de réels » que l’on croit comprendre. Et cela, en fonction de relations qui nous semblent invariables entre certains phénomènes, ce qu’on va appeler des lois scientifiques. (Lire la suite…)

Au coeur de la mémoire | Pas de commentaires


Lundi, 31 août 2020
Des bienfaits de l’art et des scientifiques artistes

Un ami me racontait récemment qu’il avait été abordé en sortant de chez lui dans le quartier Rosemont à Montréal par un homme et une femme qui lui ont fait une demande un peu étrange : accepteriez-vous que l’on vous chante quelque chose ? Un peu pressé et méfiant, mon ami accepte tout de même. Puis découvre avec joie et admiration que ses interlocuteurs sont des artistes en chant qui lui interprètent un bel air d’opéra ! Il apprendra en discutant avec eux par la suite qu’un programme spécial de subvention leur permet ainsi de recommencer à pratiquer leur art dans ce contexte de pandémie qui rend difficile la pratique des arts de la scène.

Cette anecdote m’a rappelé un article sur lequel j’étais tombé début 2020 juste avant la pandémie où pour la première fois, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaissait l’art comme bénéfique pour la santé mentale et physique. (Lire la suite…)

Le corps en mouvement, Le développement de nos facultés | Pas de commentaires


Lundi, 17 août 2020
L’inconscient sous la loupe des neurosciences contemporaines

Les vacances achèvent, comme d’ailleurs ma lecture estivale du dernier numéro hors-série du magazine Pour la science (août-septembre 2020 – No 108) intitulé : À la recherche de l’inconscient. Les nouvelles théories des neurosciences. Un bon numéro qui couvre pas mal d’aspects de ce que notre cerveau passe son temps à faire : travailler pour nous mais à notre insu ! Pourquoi les conceptions actuelles de l’inconscient ne gardent pas grand-chose de celle de Freud ? Pourquoi nous gagnons à être presque toujours « sur le pilote automatique » ? Quels sont les dangers de ne pas comprenre à quel point l’inconscient dicte sa loi, au niveau politique par exemple ? Qu’en est-il des fameuses images subliminales et du pouvoir encore plus grand de l’exposition implicite à des centaines de publicités par jour (en plus de l’attention explicite qu’on leur porte) ? Voilà quelques questions fascinantes abordées dans ce numéro dont je me contenterai ici de vous citer quelques extraits de deux articles qui m’ont particulièrement intéressé parce qu’ils vont dans le sens de développements importants récents en sciences cognitives. Histoire de vous donner le goût de les lires dans vos vacances restantes, et moi de le finir ! (Lire la suite…)

Au coeur de la mémoire | Pas de commentaires