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lundi, 28 juin 2021
Faire de l’exercice durant l’enfance semble avoir des effets positifs tout au long de la vie

C’est indéniablement l’été et les vacances approchent pour plusieurs, si ce n’est déjà commencé. J’espère que vous pourrez en profiter pour aller dans la nature et faire de l’exercice. C’est pas mal toujours le conseil avec lequel je vous laisse avant de moi aussi espacer ces billets durant la période estivale pour prêcher par l’exemple. C’est que s’il y a une chose de très bien établi scientifiquement, c’est bien l’effet positif de l’exercice sur toutes les fonctions corporelles, y compris les fonctions cognitives. J’en ai par exemple parlé à l’aube des vacances d’été de 2020 et durant celui de 2016 ou 2013. Et aujourd’hui, fidèle à la tradition, je vous signale cet article qui vient de paraître et dont le résumé s’intitule Childhood exercise can maintain and promote cognitive function in later life.

Mon titre et celui du résumé de l’étude en souligne la conclusion générale. Il faut d’abord rappeler qu’on sait depuis des décennies que le niveau d’exercice durant l’enfance affecte le développement des fonctions cognitives. Plus récemment, on a pu établir que les bénéfices de l’exercice durant l’enfance (définie ici comme la période de la vie avant l’âge de 12 ans) peuvent s’étendre à toute la vie adulte. Mais les changements structuraux et fonctionnels associés à ces effets bénéfiques durables étaient peu connus. C’est donc ce que Toru Ishihara et son équipe ont voulu explorer.

Pour ce faire, l’étude intitulée Childhood exercise predicts response inhibition in later life via changes in brain connectivity and structure a donc dû s’intéresser à un phénomène cognitif particulier, celui de l’inhibition d’une réponse comportementale. C’est-à-dire la capacité de bloquer une réponse qui nous vient automatiquement dans ce que les psychologues appellent en anglais une « Go/No-go task ». Parallèlement à cette tâche, les 214 sujets âgés de 26 à 69 ans ont rempli des questionnaires sur leur rapport à l’exercice durant leur vie. Leur cerveau a aussi été scanné dans une machine à résonance magnétique avec différentes approches permettant de faire ressortir tant la connectivité anatomique que les réseaux fonctionnels (les routes qui sont effectivement le plus souvent utilisées…) des sujets.

L’étude montre d’abord qu’il y a une corrélation entre le niveau d’exercice fait par une personne durant son enfance et ses capacités à inhiber ses réponses comportementales. Une corrélation que l’on ne retrouve pas chez les gens qui ont débuté l’exercice à l’adolescence ou plus tard dans la vie. La corrélation entre de l’exercice durant l’enfance et une meilleure capacité d’inhibition comportementale s’accompagnait au niveau cérébral chez ces sujets d’une moindre connectivité dans certains réseaux comme le frontopariétal, le cingulo-operculaire et le réseau du mode par défaut, mais aussi par une augmentation de la connectivité structurelle entre les deux hémisphères. On notait aussi chez ces sujets une plus grande épaisseur du cortex et des arborisations dendritiques moins dense dans les trois réseaux cérébraux précédemment mentionnés. Sans entrer dans l’interprétation fine de ces résultats qui dépassent le niveau de ce billet de blogue, rappelons simplement qu’on apprend beaucoup en élaguant des connexions nerveuses peu efficaces suite à l’interaction avec l’environnement durant l’enfance, ce qui pourrait expliquer les diminutions évoquées ici. Moins de synapses veut parfois aussi dire plus d’efficacité pour celles qui restent.

Donc voilà une autre bonne raison, s’il en fallait encore, de tenir vos enfants loin des tablettes et autre téléphones cellulaires durant les vacances et de les envoyer jouer dehors. C’est, au niveau cognitif, un bien meilleur cadeau à leur faire que de leur acheter le dernier type d’écran sorti sur le marché…

* * *

On se revoit donc sans doute quelques fois ici durant l’été, mais de façon irrégulière, parce que vous et moi seront, justement, moins devant nos écrans et plus dehors. Je ferai prochainement la mise à jour annuelle des dons reçu sur le site, avec un deux mois de retard par rapport aux autres années. J’en profite à l’avance pour remercier toutes les personnes qui ont soutenu ce travail, que ce soit avec vos bons mots ou avec vos dons qui me permettent de continuer d’écrire ces billets de blogue. Et aussi ce projet d’écriture dont je vous ai déjà parlé et qui, après un an de travail, commence à prendre forme (et qui explique mon retard sur la mise à jour des dons). Je vous en reparle à l’automne…

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