Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

Malgré tous nos efforts (et malgré la reconnaissance de notre travail par les organismes approchés), nous ne sommes pas parvenus à trouver de nouvelles sources de financement. Nous nous voyons contraints de nous en remettre aux dons de nos lecteurs et lectrices pour continuer de mettre à jour et d'alimenter en contenu le blogue et le site.

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Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Lundi, 31 juillet 2017
Deux autres liens qui nous unissent au cosmos

Quand je donne un cours de plusieurs heures sur le cerveau et les sciences cognitives, j’aime bien passer la première à parler du « silence éternel de ces espaces infinis [qui] m’effraie » (Pascal). Ou alors à relier les trois infinis : le petit, le grand et le complexe. Bref, à parler d’où viennent les atomes qui constituent notre corps et notre cerveau : des étoiles ! On sait en effet depuis plusieurs décennies maintenant que tous les atomes lourds qui constituent nos molécules (carbone, azote, phosphore, oxygène, etc.) ont été formé par fusion nucléaire dans le cœur des étoiles et dispersés à leur mort dans l’espace. Et c’est cette « poussière d’étoile », comme le dit si bien Hubert Reeves, qui par la suite s’est agglomérée grâce à la force gravitationnelle pour former diverses planètes, dont la nôtre. Le vivant s’étant par la suite servi de ces briques élémentaires pour construire ses premières cellules.

Mais voilà qu’il y a quelques rebondissements récents à cette histoire. D’abord sur l’origine de ces atomes lourds, qu’on pensait essentiellement produits dans notre galaxie, la Voie lactée. Eh bien non, les travaux d’astrophysiciens canadiens et américains semblent montrer que jusqu’à la moitié de cette matière qui constitue notre galaxie, et par le fait même tous les organismes vivants, proviendrait d’autres galaxies lointaines ! Nous serions ainsi tous et toutes, de facto, pour la moitié du moins, des «immigrants intergalactiques»… Bon, j’avoue que je pousse un peu fort. N’empêche, à l’heure où plusieurs de nos frères et sœurs cherchent à fuir la guerre dans l’espoir d’une vie meilleure et se heurtent à des frontières hermétiques, ça peut peut-être donner à réfléchir…

Ce n’est pas le seul lien qui nous unit au cosmos. Il y aurait une étrange similarité entre la configuration de nos réseaux de neurones et celle de l’ensemble des galaxies observables dans l’immensité des cieux ! J’avais déjà parlé d’une idée semblable publiée en 2012, celle qui postulait un même type de connectivité pour le cerveau et l’univers. La nouvelle comparaison, issue de la collaboration de l’astronome Franco Vazza et du neurochirurgien Alberto Feletti, tend à montrer cette fois que la structure générale de notre réseau cérébral ressemble à celle que forment les galaxies de l’univers. Et ce, malgré une différnence d’échelle d’un ordre de magnitude de dix à la 27 (dix suivi de 27 zéro !) dont l’image ci-dessus (avec la simulation du réseau cosmique à gauche et du réseau neuronal du cervelet à droite) révèle l’étonnante ressemblance.

Je serais bien incapable de rentrer dans les détails de la simulation de l’univers qui a rendu possible cette comparaison, mais il semble que les distributions relatives des fluctuations observées dans les deux réseaux ont des niveaux de complexité similaire, ce qui est loin d’être le cas de bien des phénomènes observables à d’autres échelles. Ainsi, ni dans l’arrangement des éttoiles ou des planètes entre elles, ni dans la turbulence des nuages ou l’arborescence des branches d’un arbre ne retrouve-t-on pareille complexité. Dans les deux derniers cas, on retrouve plutôt une organisation fractale avec son auto-similarité typique à différentes échelles. Mais pour le réseau complexe que semble avoir en commun le cerveau et le réseau de galaxie de l’univers, il s’agirait davantage de structures émergentes auto-organisées qui sont, au contraire, dépendante de l’échelle qui les voit émerger.

Voilà donc de quoi alimenter les rêveries de votre réseau du mode par défaut lorsque vous regarderez le ciel nocturne cet été ! Par exemple lors des perséides, cette pluie d’étoiles filantes qui nous revient chaque année vers le 11 et 12 août. Comme l’écrit l’astronome québécois Philippe Moussette :

« Cette année le maximum aura lieu le 12 août à 15 h donc la période la plus favorable pour les observer du Québec sera le soir du 12 août juste avant le lever de la Lune prévu à 10 h 35. Nous pourrons alors, dans un ciel bien noir, en apercevoir environ 50 à l’heure. Le radian, là d’où semblent provenir les étoiles filantes, est situé dans la constellation de Persée qui se lèvera au nord-ouest. Il faut regarder autour de ce point pour apercevoir des Perséides. »

Je ne crois pas qu’on aura l’occasion de se reparler d’ici là. Même si j’adore mon boulot sur ce blogue, je vais m’imposer deux semaines de vacances, comme tout « honnête travailleur » ! Paraît que la nature et les ami.es, c’est bon pour le cerveau… ;-)

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Lundi, 24 juillet 2017
Une marche en milieu naturel plutôt qu’urbain diminue vos idées noires

Pour ceux et celles qui sont surtout en ville cet été, de gré (en vacances) ou de force (parce que vous n’avez pas trop les moyens d’en sortir…), essayez de marcher un peu chaque jour dans un grand parc (ce qui, encore une fois, n’est pas toujours facile dans les quartiers moins favorisés). Pourquoi ? Parce qu’une énième étude, depuis celle de Roger Ulrich en 1984, vient de confirmer l’effet bénéfique des environnements naturels pour diminuer nos tendances à ruminer des idées noires. C’est ce qui ressort de l’étude de Gregory Bratman et ses collègues intitulée « Nature experience reduces rumination and subgenual prefrontal cortex activation » qui vient d’être publiée dans la revue PNAS. (Lire la suite…)

De la pensée au langage, Dormir, rêver... | Pas de commentaires


Mardi, 18 juillet 2017
Les corbeaux aussi bons que les grands singes pour la planification ?

Je voudrais commencer ce billet sur l’intelligence des corvidés (corneilles, corbeaux, geais, etc.) par un petit souvenir. C’était il y a un an ou deux, alors que je prenais ma marche matinale au parc Lafontaine à Montréal. Mon attention avait été attirée par les coups répétés du bec d’un grand pic qui fouillait de ses coups adroits l’écorce d’une grosse branche à la recherche des insectes qui s’y cachent. La présence du plus grand pic du Québec étant inhabituelle dans le parc, j’en profitai pour admirer un peu ce bel oiseau et surtout la puissance de ses coups de bec. Alors que le pic passait à l’arbre voisin, je vis arriver une corneille qui se percha très exactement où le pic était cinq secondes plus tôt. Et immédiatement, la corneille se mit à picorer elle aussi l’écorce, bien qu’avec évidemment moins de force et d’adresse. Elle avait donc vu comme moi le grand pic travailler et en avait conclu qu’il y avait là probablement encore de la nourriture.

Cela me rappela aussitôt toutes les études sur l’intelligence des oiseaux de cette famille, les corvidés. (Lire la suite…)

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Lundi, 26 juin 2017
La seule présence de votre téléphone intelligent près de vous affecte vos capacités cognitives

Ce n’est pas d’hier que des philosophes des sciences cognitives comme Andy Clark disent que nos capacités cognitives ne sont pas situées que «dans notre tête»; elles «fuient» littéralement dans notre environnement. C’est l’idée de la «cognition étendue» que Clark et d’autres ont lancé dans les années 1990 et dont le degré d’étendu, si l’on peut dire, continue aujourd’hui d’être débattu.

Il est en en effet assez facile de s’entendre par exemple sur le fait que notre mémoire de travail est limitée et qu’il est plus facile de calculer 359 x 492 avec un papier et un crayon que mentalement. Ce faisant, on externalise (« offload », en anglais) dans notre environnement une partie du processus cognitif. Notre cerveau pouvant se référer de manière directe et fiable à ce qu’il y a sur la feuille, le calcul qu’on y a fait est généralement accepté comme faisant partie de notre cognition. (Lire la suite…)

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Lundi, 19 juin 2017
Révolutions quant à l’origine d’Homo sapiens et de son arrivée en Amérique du Nord

Vous avez peut-être entendu parler de cette publication dans la revue Nature qui a fait beaucoup parler d’elle début juin. Et pour cause : elle a fait vieillir notre espèce, Homo sapiens, de 100 000 ans, rien que ça ! Autrement dit, on est « juste » 50% plus vieux que l’âge qu’on croyait avoir (environ 300 000 ans au lieu de 200 000).

C’est une nouvelle technique de datation qui a permis de réévaluer l’âge de restes humains en provenance d’un site archéologique marocain découvert en 1961 mais où l’on a fait de nouvelles fouilles à partir de 2004. (Lire la suite…)

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