Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

Malgré tous nos efforts (et malgré la reconnaissance de notre travail par les organismes approchés), nous ne sommes pas parvenus à trouver de nouvelles sources de financement. Nous nous voyons contraints de nous en remettre aux dons de nos lecteurs et lectrices pour continuer de mettre à jour et d'alimenter en contenu le blogue et le site.

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Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Lundi, 22 mai 2017
Évolution conceptuelle et raffinement dans les explications en neuroscience

Ce site et ce blogue commencent à exister depuis suffisamment d’années (plus de 15 pour le premier, près de 7 pour le second) pour avoir assisté à l’évolution et au raffinement de certaines connaissances neuroscientifiques. Car oui, la science évolue, tout le monde le sait, mais il peut être intéressant de montrer comment. C’est ce que je voudrais faire aujourd’hui à travers deux exemples montrant justement pour le premier une évolution conceptuelle et pour le second un raffinement dans les mécanismes.

Le premier exemple se rapporte à l’amygdale. Pas les ganglions lymphatiques situés à l’entrée de notre pharynx et qui constituent un premier barrage à l’entrée des microbes dans notre bouche, non. Mais bien nos amygdales cérébrales, ces deux regroupements de neurones en forme d’amande (c’est l’origine du mot…) que l’on a très tôt associé à nos réactions de peur. Des travaux comme ceux de Joseph LeDoux ont en effet montré que ces neurones sont très actifs lorsqu’un stimulus menaçant est présenté à un rat ou à un humain.

Et puis, au fil des études en imagerie cérébrale, on s’est aperçu que l’amygdale pouvait aussi augmenter son activité lorsqu’on voyait un proche souffrir ou lorsqu’on avait terriblement faim, par exemple. D’où l’idée que l’activité dans ces circuits avait davantage rapport avec une forte préoccupation pour quelque chose ayant de près ou de loin rapport avec notre survie. Le fait que d’autres structures cérébrales, distinctes dans les trois exemples cités, vont varier elles aussi leur activité expliquerait par ailleurs le sentiment subjectif différent associé à chacune des situations. Il n’y a pas de centre de quoi que ce soit dans le cerveau, faut-il encore le rappeler ? Tout est affaire de collaboration entre plusieurs régions cérébrales différenciées (en termes de leur capacité computationnelle) mais rarement spécialisées (pour une unique fonction psychologique).

Or dans un article qu’il publie ce mois-ci dans la revue Trends in Cognitive Sciences, Joseph LeDoux en arrive à faire une autre mise en garde qui a à voir avec cette particularité unique du cerveau humain de pouvoir être considéré de l’extérieur (approche « objective » à la troisième personne, description des mécanismes neuronaux et du comportement) ou de l’intérieur (approche « subjective » à la première personne, expérience vécue telle que ressenti par un individu et rapportée verbalement).

La mise en garde de LeDoux est au fond fort simple : méfiez-vous de l’utilisation de mots servant couramment à décrire des états subjectifs (comme la peur) pour décrire des comportements ou les circuits cérébraux qui les contrôlent bien souvent inconsciemment. Ces circuits risquent alors d’hériter malencontreusement des propriétés associées à l’état subjectif correspondant, ce qui amène bien souvent son lot de confusion ! Le même problème avait récemment été évoqué par Michael Petrides (page 136 de ce pdf) à propos de quelques « étiquettes fonctionnelles » qui s’étaient glissées dans la plus récente cartographie cérébrale publiée l’été dernier dans Nature par Matthew Glasser et son équipe.

Pour revenir à l’amygdale, et pour le dire vite, son activation ne « cause » pas la peur. La peur est un sentiment subjectif conscient impliquant la contribution de nombreuses structures cérébrales, notamment le cortex préfrontal dont les circuits contribuent à la mémoire de travail et à d’autres « fonctions exécutives » (attention, planification, etc.). LeDoux se rend compte que la distinction classique « implicite /explicite » pour ce qui est d’une émotion comme la peur,  qui permettait de distinguer entre l’aspect inconscient du travail de l’amygdale et du travail conscient du cortex, porte à confusion à cause de la trop forte connotation consciente de l’étiquette fonctionnelle de « peur ». Voilà pourquoi il propose qu’on parle dorénavant de « circuits défensifs pour la survie » en ce qui concerne l’amygdale au lieu de « circuits de la peur ». Et de garder le mot peur exclusivement pour décrire cette expérience subjective si commune et facilement identifiable.

* * *

Mon second exemple est emblématique du raffinement constant que de nouvelles études apportent à propos des mécanismes sous-jacents à un phénomène donné, dans ce cas-ci l’effet appaisant de l’exercice physique. Comment quelque chose de stimulant comme l’exercice, qui favorise en plus le développement de nouveaux neurones dans le cerveau adulte, peut-il avoir cet effet relaxant bien connu après l’effort ?

La réponse, vous pouvez ll lire dans un billet que j’ai écrit il y a 4 ans et intitulé « L’exercice régulier : un remède contre l’anxiété ». Si je vous réfère ainsi au résumé d’une étude publiée il y a quatre ans, c’est que je viens de m’apercevoir que je me suis un peu fait avoir par un billet de blogue de Deric Bownds du mois d’avril dernier. Les billets quotidiens de Bownds étant en effet une source fréquente d’inspiration pour moi, je ne m’étais pas aperçu que l’étude dont il parlait le 12 avril dernier et qui venait d’attirer mon attention datait de mai 2013 ! Mais en allant voir l’article original, et surtout le nom d’Elizabeth Gould comme auteur sénior, j’ai comme eu un doute et j’ai tapé quleques mots clés dans le moteur de recherche de mon propre blogue… pour me rendre compte que j’avais déjà parlé de cette étude !

Morale de l’histoire : toujours regarder les années des études présentées dans un blogue (pour je ne sais quelle raison, Bownds semble être tombé sur cette étude que récemment), à plus forte raison quand ça commence à faire pas loin de 350 billets qu’on écrit sur près de 7 ans, comme je le rappelais bien innocemment au début de ce billet…

Le développement de nos facultés | Pas de commentaires


Lundi, 15 mai 2017
Parlons d’argent, de hiérarchies sociales et de cerveaux

Récemment, au Québec, les dirigeants de la firme Bombardier ont soulevé un tollé de protestation populaire en s’octroyant des hausses de salaire faramineuses. Les revenus des cinq plus hauts dirigeants de la multinationale et de leur PDG ont en effet totalisé environ 43 millions de dollars durant la dernière année. Durant cette même année, et c’est ce qui a ajouté au scandale, des milliers d’employés étaient licenciés dans le cadre du plan de redressement de l’entreprise qui recevait en même temps près de trois milliards de dollars en aide publique.

Il s’est écrit beaucoup de choses sur cet événement fâcheux et malheureusement pas si exceptionnel. Je me contenterai d’ajouter deux remarques qui vont permettre de signaler deux études récentes sur le cerveau. D’abord que les hiérarchies sociales semblent avoir atteint dans nos sociétés capitalistes des niveaux à faire rougir d’envie les pharaons égyptiens. Et ensuite que le comportement de ces dirigeants d’entreprises qui siphonnent l’argent public affecte négativement le cerveau des plus pauvres. Explications… (Lire la suite…)

Le corps en mouvement | Pas de commentaires


Lundi, 8 mai 2017
L’épigénétique, une avancée récente abordée à « L’école des profs »

« Les traumatismes vécus par les parents ou les grands-parents laissent-ils une trace à leur descendance ? » Voilà une question accrocheuse pour présenter les travaux en épigénétique d’Isabelle Mansuy dont il sera question un peu plus bas dans ce billet.

Mais c’est aussi l’un des nombreux sujets possibles abordés durant mes « écoles de profs », ces formations en sciences cognitives que j’ai montées pour les professeur.es de cégep qui enseignent à temps plein et n’ont pas toujours le temps de se tenir au courant des développements scientifiques récents dans ce vaste domaine. (Lire la suite…)

Le corps en mouvement | Pas de commentaires


Lundi, 1 mai 2017
Cerveau-corps-environnement, l’indissociable trio qui nous permet de penser

La troisième et dernière séance de mon cours de l’UPop Montréal qui sera donnée ce mercredi le 3 mai au bar la Station Ho.st à Montréal (entrée gratuite) s’intitule Cerveau-corps-environnement (les sciences cognitives énactives). Il s’agira d’un condensé de plusieurs sujets déjà traités dans d’autres présentations, notamment dans le cadre du cours sur la cognition incarnée de l’automne dernier à l’UQAM. (Lire la suite…)

Au coeur de la mémoire, Dormir, rêver... | Pas de commentaires


Lundi, 24 avril 2017
Cerveau et corps ne font qu’un, a fortiori quand on parle des émotions

Préparant ces derniers jours la deuxième séance de mon cours de l’UPop Montréal qui s’intitule Cerveau et corps ne font qu’un (la cognition incarnée), j’ai été amené à réviser les grandes voies de communication entre le cerveau et le reste du corps. Et ça m’a rappelé à quel point elles sont nombreuses !

Si l’on ne considère d’abord que le système nerveux (car il faudra ensuite  considérer les systèmes hormonaux et immunitaires), le système nerveux central (cerveau et moelle épinière) est relié au reste du corps par ce qu’on appelle le système nerveux périphérique que l’on subdivise en deux : le système neveux somatique, celui de nos afférences sensorielles et de nos efférences motrices volontaires; et le système nerveux autonome (ou végétatif), celui qui régule, encore une fois dans les deux sens, le fonctionnement de nos viscères (intestins, cœur, poumons, etc.). (Lire la suite…)

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