Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

Malgré tous nos efforts (et malgré la reconnaissance de notre travail par les organismes approchés), nous ne sommes pas parvenus à trouver de nouvelles sources de financement. Nous nous voyons contraints de nous en remettre aux dons de nos lecteurs et lectrices pour continuer de mettre à jour et d'alimenter en contenu le blogue et le site.

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Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Mardi, 12 décembre 2017
A Capella Science : les délires géniaux de Tim Blais

Ça y est, le temps des Fêtes arrive et avec lui tous les airs de Noël qu’on connait bien et qu’on entend partout. Loin de moi l’idée d’assombrir votre cœur d’enfant qui « tressaille d’espérance » en imaginant le petit renne au nez rouge conduisant dans le ciel le chariot du père Noël, mais avouons que d’un point de vue scientifique, ça ne fait pas très sérieux…

« Ben quoi, c’est la « magie de Noël » et tu ne t’attends tout de même pas à ce qu’on t’explique la gravité dans une chanson, non? », me rétorquerez-vous pensant avec raison me clouer le bec. Car bien sûr, personne ne s’attend à se faire expliquer la force gravitationnelle dans une chanson. À moins de connaître « A Capella Science » et son auteur, Tim Blais.

Alors là, non seulement vous pouvez vous attendre à vous faire expliquer sur la mélodie d’une chanson à succès la gravité, le boson de Higgs ou la théorie des cordes, mais c’est souvent 10, 20 ou 40 Tim Blais qui vont vous chanter l’explication en même temps ! La démarche de Blais est si créative et originale que seul un type avec un parcours semblable au sien aurait pu l’imaginer. Issu d’une famille de Hudson, près de Montréal, où la musique était aussi présente que les épisodes de « Bill Nye, The Science Guy », Blais a toujours oscillé entre les deux. C’est ainsi qu’en 2012, alors qu’il complétait sa maîtrise en physique à l’université McGill, il a senti le besoin de revenir vers la musique.

Cela a d’abord donné « Rolling in the Higgs » une première vidéo pastichant la pièce d’Adele « Rolling in the Deep« . À l’époque, on venait d’annoncer la découverte de la fameuse particule élémentaire, l’une des clefs de voûte du modèle standard de la physique des particules.

Mais c’est un an plus tard (bien qu’il l’ait commencé avant « Rolling in the Higgs ») que Blais va sortir un véritable chef-d’œuvre salué par de nombreux médias : « Bohemian Gravity! », inspiré dans les moindres détails de la classique « Bohemian Rhapsody » du groupe Queen.

La pièce de 8 minutes, qui a été vue par plus de 3 millions de personnes, réussit le triple tour de force de non seulement nous donner une idée de la théorie des cordes, l’une des plus abstraites et flyées de la physique théorique contemporaine, mais en même temps, mine de rien, de nous offrir cette explication formules à l’appui avec un texte qui colle à la virgule près aux paroles originales et avec un arrangement a capella où les innombrables voix sont toutes chantées par Tim Blais ! D’autres tentatives ont été faites pour essayer d’expliquer la science en musique, mais le travail de Blais est dans une classe à part, aussi magnifiequement complexes que les notions qu’il réussit à évoquer.

Bon, d’accord, c’est bien beau toute cette physique mise en musique, mais c’est quoi le lien avec un blogue de science cognitive ? C’est que le type s’aventure aussi dans d’autres disciplines des sciences de la vie plus familières aux assidu.es de ce blogue avec autant d’aisance, de rigueur dans les explications et de créativité dans la forme ! Prenons par exemple son récent pastiche de « Despacito », du hit de l’année de Luis Fonsi qui devient ici « Evo-Devo » une envolée aussi langoureuse que la vidéo originale, mais qui raconte ici la danse incessante entre le développement d’un organisme et l’évolution qui a mené jusqu’à lui !

Celui-là j’avoue, j’ai été obligé de l’écouter plusieurs fois pour en comprendre toutes les subtilités. Et je ne peux résister au plaisir de partager ici avec tous les « nerds » en biologie tombés sur ce billet un extrait des explications à la fois très punchées et imagées d’un sujet qui, à première vue, n’est pas évident à vulgariser.

« Evo-Devo
Looking at the logic in the ways that we grow
Every gene directed by a signal key code
Proteins that can activate, enhance or veto
Evo-Devo
Signals are controlled by other genes that signal
Calculating in a network labyrinthal
Where the heart and liver and the hands and feet go
[…]
Evolution and development amigos
Evo-Devo
Signals trigger patterns of complexity so
Switching up the switches of a signalling node
Gives a modular and simple way to evolve
Look at how our spinal segments generate a neat row
Built on a molecular clock
One cycle, one vertebra
One vertebra one vertebra baby
Speeding up its rate is snakes’ developmental cheat code
That and where a lizard’s feet grow
They turn off distal aminos
Evo-Devo
This is how we go from single cells to people
Every generation and in life primeval
Life in variations endless and beautiful”

Mais bien sûr, il faut écouter la vidéo avec la musique (toujours entièrement faite qu’avec sa voix, on l’oublie trop vite tellement cela « sonne » comme la pièce originale…).

Ah et puis tiens, une dernier pour la route, peut-être son plus ambitieux sur plan visuel en toute cas. Car dans « CRISPR-Cas9 », parodie de “Mr. Sandman”, on le voit jusqu’à 40 fois en même temps en train de chanter différentes pistes ! Et que nous explique-t-il cette fois sur le classique de Pat Ballard ? Rien de moins que la dernière technique de manipulation génétique qui permet, avec une précision inégalée jusqu’ici, d’aller reconnaître un gène spécifique dans tout le matériel génétique d’un individu pour éventuellement le rendre inactif, le remplacer, etc.

Si vous voulez avoir une idée du travail de moine qu’il y a derrière une telle vidéo, vous pouvez aller voir ce « tutoriel » que Blais a réalisé pour expliquer un peu sa méthode de travail en se servant comme exemple de la pièce « CRISPR-Cas9 ».

Comme il le disait dans une entrevue, suivre ses multiples passions sans nécessairement les croire mutuellement exclusives peut vous apporter beaucoup de satisfaction et de plaisir. Et peut aussi en donner à beaucoup de monde, me permettrais-je d’ajouter…

D’ailleurs n’est-ce pas souvent là, à la frontière de deux disciplines scientifiques, que des théories audacieuses apparaissent régulièrement ? Tiens, la mélodie de « Evo-Devo » me revient soudainement en tête… ;-)

 

p.s. : J’ai découvert le travail de Tim Blais il y a quelques jours à peine et je n’ai pas encore eu le temps de parcourir tout son répertoire et ses projets (pour un aperçu de ceux-ci, voir cette vidéo récente), mais je sens qu’il y a encore des perles rares qui m’ont échappées, comme cette dernière découverte ce matin intitulée « Entropic Time (Backwards Billy Joel Parody)« , où il expose ce mystère de l’entropie (ou désordre) qui va croissante avec la flèche du temps. Et la vidéo, montrée entièrement à reculons, illustre de manière loufoque comment le contraire serait tout aussi étrange…! Et si vous voulez savoir comment les paroles de la chanson peut tout de même être synchrone avec les lèvres de Tim malgré le reculons, je vous laisse écouter le « Making Of « Entropic Time«  ». Vous ne devinerez jamais ce que ce génie fou (ou ce fou génial ?) a fait…

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Mardi, 5 décembre 2017
Les « beaux défis » du blogueur scientifique à l’ère des mégadonnées

Les développements récents dans le domaine de l’intelligence artificielle dont il était question dans le billet de la semaine dernière sont rendus possibles par l’apprentissage dont sont capables ces machines à partir de mégadonnées (« big data », en anglais). En fait, c’est devenu un défi pour bien des disciplines scientifiques de simplement tenter de traiter les données disponibles.

C’est un peu la même chose pour le pauvre petit vulgarisateur scientifique que je suis qui essaie de suivre un peu ce qui se passe en sciences cognitives, un champ d’étude qui comprend au moins 6-7 disciplines (pourquoi faire compliqué quand on peut faire très compliqué ?…). De sorte que je suis devenu ridicule avec mon document « Liens pour futurs billets » car j’en ajoute au moins un par jour dans ce document mais je ne peux écrire qu’un billet par semaine. Résultat : j’ai des centaines de bonnes études à vous parler dont je ne vous parlerai jamais parce qu’il y en a des dizaines d’autres plus récentes qui les repoussent constamment vers le bas ! (Lire la suite…)

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Mardi, 28 novembre 2017
« Intelligence artificielle » : périls (déjà) en la demeure ?

Samedi dernier la docteure Marie-Claude Goulet publiait dans le journal Le Devoir un article intitulé « Les menaces technicistes de l’intelligence artificielle ». En s’inspirant du livre « Cerveau augmenté, homme diminué ? » du philosophe et clinicien Miguel Benasayag, elle soulevait certaines questions sur la place de plus en plus grande qu’occupe dans nos sociétés ce qu’on appelle « l’intelligence artificielle ». Cette longue tradition de recherche en informatique a connu depuis quelques années des avancées importantes grâce aux techniques de l’apprentissage profond (« deep learning », en anglais).

Pour le dire très vite, on parle ici de machines dont la structure est inspirée de notre cerveau (des réseaux de neurones, mais ici virtuels) et qui sont capables d’apprendre suite à des entraînements répétés au lieu d’être programmés par des humains. (Lire la suite…)

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Mardi, 21 novembre 2017
La science, comme la philosophie antique, doit se mettre au service de « la vie bonne »

Francisco Varela, William Irwin Thompson et Evan Thompson. Menerbes, Provence, 1997.

Ayant maintenant terminé ma série de billets publiés les mardis sur mes cours à l’Université du troisième âge donnés cet automne, je reprends aujourd’hui mes publications sur divers sujets. Mais je vais dorénavant, pour diverses raisons trop longues à expliquer ici, continuer à les mettre en ligne le mardi (au lieu du traditionnel lundi).

Je voudrais donc dire quelques mots cette semaine sur le rôle social de la science. En particulier sur l’implication politique des scientifiques (et des journalistes scientifiques) sur les enjeux sociaux d’importance. Que peuvent-ils et que doivent-ils dire ? Et quand le dire ? Tout le temps ? Particulièrement lors d’une campagne électorale ? Au point d’appuyer ouvertement un parti et pas un autre ?

Je vous donne mon humble avis là-dessus à la fin de ce billet. Mais d’abord, deux beaux hasards survenus tout récemment et qui éclairent ma position. (Lire la suite…)

Au coeur de la mémoire, Dormir, rêver... | Pas de commentaires


Mardi, 14 novembre 2017
Nous sommes aveugles à bien des causes de nos choix conscients

Comme je l’ai présenté ici le 11 septembre dernier, voici le résumé d’un aspect de mon dernier cours #8 de l’université du troisième âge (UTA) que j’ai donné hier à St-Bruno et mercredi dernier à Longueuil.

Quand on demandait à Henri Laborit, qui à l’instar de bien d’autres neuroscientifiques contemporains n’accordait pas une grande place au libre arbitre dans la genèse de nos comportements, comment il expliquait le fait que nous ressentions malgré tout très fort cette sensation de liberté, il répondait (dans Éloge de la fuite, p.72) :

«La sensation fallacieuse de liberté s’explique du fait que ce qui conditionne notre action est généralement du domaine de l’inconscient, [ l’inconscient « cognitif », i.e. l’automatisation de nos comportements] et que par contre le discours logique est, lui, du domaine du conscient.

C’est ce discours, logique et conscient qui nous permet de croire au libre choix.»

Cette déconnexion évoquée par Laborit entre notre discours conscient et les motifs inconscients à l’origine de nos comportements peut sembler un peu exagérée. Pourtant, plusieurs expériences ont montré depuis qu’elle est probablement très fréquente dans nos vies de tous les jours. (Lire la suite…)

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