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Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Mardi, 7 août 2018
Une neuroscientifique explique les effets de l’alcool sur le cerveau… en se saoulant !

Et elle ne fait pas que ça. Elle explique aussi les effets du sucre sur le corps-cerveau en mangeant des bonbons, les effets de l’insomnie en passant une nuit blanche, les effets de la grippe tout en étant grippée et même les effets d’une rupture amoureuse en rompant avec son copain ! Ou du moins, c’est ce qu’elle laisse croire. Nous y reviendrons en conclusion.

Cette neuroscientifique, c’est Shannon Odell. Plus précisément candidate au doctorat en neuroscience au Weill Cornell Medical College de l’université Cornell à New York. Elle a commencé en novembre dernier cette série de vidéos de cinq minutes intitulée « Your Brain On Blank » où elle se met en scène en expliquant de façon très dynamique, et non moins rigoureuse et accessible, ce qui se passe dans votre cerveau et votre corps quand vous avez tel ou tel comportement.

Outre les sujets déjà mentionnés ci-dessus, une dizaine d’autres sont actuellement disponibles dont sur les médias sociaux, la musique, la méditation, ou notre amour inconsidéré pour les chatons ! Depuis un mois, elle produit aussi des 2-3 minutes moins mis en scène sur des questions plus ciblées qu’elle appelle « This is your brain on office hours ». Le claustrum, les jeux vidéo et les liens entre l’anxiété et la caféine et la nicotine y sont par exemple abordés.

Tout cela est diffusé sur le site web Inverse qui, depuis 2015, a choisi une approche scientifique pour parler de culture et une approche culturelle pour parler science, comme le dit leur présentation accrocheuse.

* * *

Mais revenons à la première vidéo de la série, celle sur les effets de l’alcool, l’une des plus drôles et qui a beaucoup circulé sur les médias sociaux. Je vous en traduis rapidement le contenu qui rejoins ce que j’ai déjà écrit sur le sujet, mais en buvant de l’eau, donc en étant moins rigolo.

L’alcool que l’on boit se retrouve donc dans l’estomac, puis dans le petit intestin où il est majoritairement absorbé. Notre foie ne pouvant métaboliser que 15 mg/dl par heure, une consommation par heure est tout ce qu’un être humain peut absorber sans qu’il n’y ait accumulation dans l’organisme, avec les symptômes d’intoxications qui viennent avec et que l’on va décrire plus bas (à noter qu’une consommation équivaut à un verre de bière, une coupe de vin ou un « shooter » de spiritueux).

L’alcool est métabolisé dans le foie par deux principaux enzymes. D’abord l’alcool déshydrogénase qui le transforme en acétaldéhyde, un composé toxique dont l’accumulation est responsable de la « gueule de bois » du « lendemain de veille ». Puis, l’acétaldéhyde est ensuite métabolisé par un second enzyme, l’aldéhyde déshydrogénase, en acide acétique, autrement dit en vinaigre.

Au niveau du comportement, après seulement deux consommations rapprochées, on commence à se sentir désinhibé socialement. On aborde facilement des étrangers, on a des fous rires, on parle fort, etc. Comment l’alcool rend-t-elle une personne si « extravertie » ?

En agissant à plusieurs endroits dans notre cerveau. Tout d’abord en activant les récepteurs synaptiques du GABA, le neurotransmetteur inhibiteur par excellence du cortex cérébral. Ce faisant, il inhibe ou ralentit l’activité nerveuse dans plusieurs régions du cortex, affectant ainsi non seulement le raisonnement et les fonctions langagières par exemple, mais également les capacités d’autorégulation et de contrôle associées au cortex frontal. Résultat : des structures sous-corticales, plus anciennes d’un point de vue évolutif et souvent impliquées dans nos émotions, s’expriment beaucoup plus librement.

Comme si ce n’était pas assez, l’alcool va aussi inhiber directement les récepteurs au glutamate (en particulier de type NMDA) qui constitue pour sa part le principal neurotransmetteur excitateur dans le cortex. Donc un chemin différent, mais qui contribue au même effet « désinhibant » que le premier. Autre phénomène qui n’arrange rien : l’alcool stimule aussi les circuits nerveux dits « de la récompense » qui utilisent la dopamine comme neurotransmetteurs. D’où le goût de répéter cette expérience plaisante (si les effets négatifs n’ont pas encore pris le dessus), et de prendre un autre verre.

Après 3 à 5 consommations, alors que la concentration sanguine d’alcool est maintenant rendue autour de 50 mg/dl et qu’on parle d’abus de la substance, plusieurs symptômes d’intoxication commencent à apparaître, comme le manque d’équilibre et de coordination motrice. Ici, c’est surtout le cervelet, ce « petit cerveau » derrière le tronc cérébral et sous le cortex occipital, qui ne parvient plus à jouer son rôle correctement, c’est-à-dire de « coordonner la coordination », pour reprendre l’expression un tantinet poétique de notre présentatrice qui commence alors à être un peu éméchée après 4-5 drinks… (elle confessera qu’elle est un peu perdue après avoir trébuché sur la phrase suivante)

Un verre échappé (et cassé) plus loin, elle aborde les effets d’une intoxication profonde (après une dizaine de consommations) qui incluent des difficultés à articuler correctement les mots, des vomissements, de la nausée, une amnésie antérograde (le « blackout » qui nous en fait perdre des grands bouts), etc.

Au-delà de dix verres, là on ne rigole plus du tout puisqu’on peut être sujet à de l’hypothermie, de l’hypoventilation, de l’arythmie cardiaque, bref des phénomènes qui peuvent être mortels. En d’autres termes, l’alcool à forte dose, c’est du poison, comme le conclut Shannon Odell.

Et d’où l’écriteau final du vidéo : « Please drink responsibly. We did this experiment so you don’t have to. »

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Ce qui soulève LA grande question : était-elle vraiment saoule ? ;-) Dans l’un de ses « This is your brain on office hours », on apprend que Shannon Odell est aussi comédienne et qu’elle a eu l’idée de ces capsules vidéo pour allier ses deux passions. Superbe idée, mais qui rend encore plus sceptique ! Sachant cela, on peut penser qu’elle serait sans doute parfaitement capable de jouer la personne qui n’a pas dormi de la nuit ou qui a la grippe. Mais pour l’alcool, je ne sais pas pourquoi, on dirait que j’ai un doute. Peut-être aurait-il fallu la mettre sous un scan durant sa performance pour voir si son cerveau présentait une configuration d’un cerveau en état d’ébriété ? Mais cela n’aurais peut-être rien clarifié. Je dis cela car je me souviens de cette scène mémorable du documentaire « Brain Magic: The Power of Placebo » où un jeune homme se voyait offrir des drinks par un barman pour une étude soi-disant sur l’effet de l’alcool sur le cerveau. Or il n’y avait pas d’alcool dans les cocktails qu’il buvait. Mais par sa seule conviction qu’il y en avait (i.e. l’effet placebo), l’activité de son cerveau ressemblait à celle d’un cerveau en état d’ébriété, et son comportement à celui d’un type qui a bu ! Décidément, rien n’est simple avec le cerveau. Reste que si elle ne buvait pas d’alcool, c’est une vraiment excellente comédienne…

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Je donne une « École de profs » la semaine prochaine. Donc retour sur ce blogue probablement plus la semaine suivante.

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Mardi, 24 juillet 2018
Podcasts sur la nature biologique de notre « esprit »

Les vacances estivales sont bien sûr faites pour se reposer. Et quoi de mieux pour ce faire que d’écouter, en déambulant dans la nature, quelques bons podcasts sur la nature biologique de notre « esprit » ! ;-) C’est donc de deux de ces podcasts tournant autour de ce thème dont j’aimerais vous parler cette semaine. (Lire la suite…)

Au coeur de la mémoire | Pas de commentaires


Mardi, 17 juillet 2018
Les cerveaux souvent étranges des autres animaux

On a bien raison de trouver le cerveau humain mystérieux et merveilleux. C’est en effet cette même fabuleuse machine qui nous permet de chanter, d’avoir mal, de voir, d’aimer, de faire la révolution ou d’aller magasiner. Et bien sûr de parler de tout ça, dans un blogue par exemple.

Mais ce n’est pas parce que les autres animaux ne peuvent pas nous expliquer « l’effet que ça fait » d’être une chauve-souris, une coquerelle ou un alligator que leur cerveau n’en est pas moins étrange et fascinant pour autant. C’est ce qu’a voulu illustrer Kayleen Schreiber dans sa série d’infographic (pour employer le terme consacré en anglais) « Weird Animal Brain ». Schreiber, qui est docteure en neuroscience, se consacre à la communication scientifique sur différents canaux, dont son site web et le site de vulgarisation collectif Knowing Neurons. (Lire la suite…)

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Mardi, 3 juillet 2018
Deux exemples de « paysages d’attracteurs » en neurobiologie

Je reviens cette semaine sur le fascinant concept de « paysages d’attracteurs » (« attractor landscapes », en anglais) présenté la semaine dernière pour en donner deux exemples plus spécifiques à la neurobiologie.

Car l’exemple de l’animation de Nicky Case qui montrait comment représenter les fluctuations d’une population de poissons en termes de paysage d’attracteurs permettait également de comprendre certains phénomènes associés, comme l’effet de seuil d’un « tipping point ». Mais qu’en est-il de nos populations de cellules nerveuses et des signaux qu’elles s’échangent ? Leur développement ou leur comportement peut-il aussi être mieux compris à la lumière du concept de paysage d’attracteurs ?

La réponse, affirmative vous vous en doutez bien, est venue dès 1956 dans une publication du biologiste du développement anglais Conrad Waddington. (Lire la suite…)

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Mardi, 19 juin 2018
Des « paysages d’attracteurs » pour mieux comprendre les systèmes dynamiques complexes

Une grève étudiante improbable se met en branle au Québec au début de l’année 2012. Comme d’habitude on s’attend à un retour en classe une semaine ou deux après. Mais ça durera des mois pour se transformer en un mouvement social qui viendra à bout du gouvernement Charest.

D’autres luttent depuis des décennies pour une représentation qui reflète mieux la volonté populaire au parlement en demandant un mode de scrutin avec une composante proportionnelle. Et rien ne change.

Voilà deux exemples actualisés de mon coin de pays, mais qui s’apparentent à d’innombrables cas où des systèmes dynamiques complexes semblent bloqués dans un état stable pour soudainement basculer vers un autre état. Un phénomène non seulement observable au niveau social, mais dans de nombreux autres systèmes complexes au niveau des écosystèmes écologiques, de la génétique, du développement cellulaire ou encore, bien entendu, des réseaux de neurones de notre cerveau !

Or il y a un outil très utile pour comprendre ce genre de phénomène qu’on appelle en anglais les « attractor landscapes » (que je traduirais, sans doute maladroitement, par « paysages d’attracteurs », mais je suis preneur s’il y a mieux…). Et pour comprendre cet outil à la fois conceptuel, mathématique et graphique initialement développé en physique, Nicky Case vient de publier cette très bien faite petite « interactive introduction to attractor landscapes ». (Lire la suite…)

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