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Lundi, 19 juin 2017
Révolutions quant à l’origine d’Homo sapiens et de son arrivée en Amérique du Nord

Vous avez peut-être entendu parler de cette publication dans la revue Nature qui a fait beaucoup parler d’elle début juin. Et pour cause : elle a fait vieillir notre espèce, Homo sapiens, de 100 000 ans, rien que ça ! Autrement dit, on est « juste » 50% plus vieux que l’âge qu’on croyait avoir (environ 300 000 ans au lieu de 200 000).

C’est une nouvelle technique de datation qui a permis de réévaluer l’âge de restes humains en provenance d’un site archéologique marocain découvert en 1961 mais où l’on a fait de nouvelles fouilles à partir de 2004. Comme le rapporte le site web hominidés.com (dont je vous avais dit grand bien ici) :

« les hominidés de Jebel Irhoud maîtrisaient le feu et ont brûlé un grand nombre d’éclats de silex. C’est une opportunité importante car les chercheurs ont pu utiliser, sur ces morceaux de silex une méthode de datation dite par thermoluminescence. Jean-Jacques Hublin indique « on a pu établir une datation, pour les niveaux d’où proviennent les restes humains, autour de 315 000 ans (± 34 000 ans) ». Par ailleurs, cette datation a été confirmée avec l’utilisation d’une deuxième méthode dite par « résonnance électronique de spin ». »

La professeure Ariane Burke du département d’anthropologie de l’Université de Montréal fait d’ailleurs cette remarque éclairante sur la stratégie méthodologique ayant permis cette découverte :

« Depuis une vingtaine d’années, on a vu beaucoup de progrès dans les méthodes de datation. Les sites fouillés plus récemment peuvent être repris, parce que des sédiments ont été laissés en place en prévoyant qu’il y aurait peut-être des avancés dans les techniques archéologiques qui nous permettraient de revenir sur les lieux et de poser de nouvelles questions ».

Parmi les restes des 5 individus qui ont été trouvés (3 adultes, un adolescent et un enfant), il y avait un squelette d’adulte avec des morceaux de la face et une boîte crânienne déformée par les mouvements de terrain et un autre adulte dont on a découvert entre autres une mandibule presque complète et de nombreuses dents. Suffisamment d’éléments, donc, pour qu’il n’y ait aucun doute que ces fossiles appartiennent bien aux premiers représentants de l’espèce Homo sapiens (et non des Néandertaliens ou des Homo erectus avec qui existaient aussi à cette époque).

Du côté de leur cerveau, on a pu faire certaines inférences à partir du volume et de la forme de l’intérieur de leur boîte crânienne. Celle-ci serait plus allongée que la nôtre, mais clairement dans la fenêtre de variabilité du volume cérébral des humains actuels, mais avec un cervelet qui serait nettement plus petit que le nôtre. Donc encore une fois, un cerveau qui diffère de celui des Néandertaliens et d’Homo erectus, mais qui a tout ce qu’il faut pour se situer juste en « amont » de la lignée des Homo sapiens.

Si l’on parle ici d’une véritable révolution sur les origines d’Homo sapiens, ce n’est pas seulement à cause de l’énorme « coup de vieux » que notre espèce vient de prendre. C’est aussi à cause de l’endroit où l’on a découvert ces fossiles, le Maroc, donc le nord-ouest de l’Afrique. En effet, les plus vieux restes humains avant ceux-ci (ceux que l’on datait autour de 200 000 ans), avaient été découverts en Éthiopie. L’Afrique de l’Est était donc considérée depuis comme le berceau de l’humanité. Il semble donc plutôt que ces premiers hommes modernes se sont disséminés dans plusieurs régions du continent africain, dont le nord-ouest qui était à cette époque beaucoup moins désertique qu’aujourd’hui. Le berceau de notre espèce reste donc toujours l’Afrique, mais probablement très vite toute l’Afrique, et pas seulement la partie est.

* * *

L’année 2017 avait commencé avec un autre « scoop », plus modeste peut-être mais qui va dans le même sens d’une origine plus ancienne. Il s’agit cette fois de l’arrivée des premiers humains sur le continent nord-américain par le détroit de Béring. Et le recul n’est pas de 100 000 ans mais bien de 10 000. Mais toute proportion gardée, c’est quand même énorme puisque cette arrivée était estimée jusqu’ici à environ -14 000 ans selon les plus vieux sites archéologiques datés, alors qu’on l’estime maintenant plutôt à -24 000 ans, c’est-à-dire pendant que la dernière ère glaciaire était à son maximum.

C’est la même anthropologue citée plus haut, Ariane Burke de l’Université de Montréal, avec la contribution de son étudiante de doctorat Lauriane Bourgeon et du Dr. Thomas Higham, qui ont publié cette découverte en janvier dernier dans PlosOne sous le titre : « Earliest Human Presence in North America Dated to the Last Glacial Maximum: New Radiocarbon Dates from Bluefish Caves, Canada« 

Comme le résume cet article de Jacqueline Charpentier :

« C’est à l’aide d’artéfacts provenant des grottes du Poisson Bleu, situées sur les rives de la rivière Bluefish dans le nord du Yukon près de la frontière de l’Alaska, que les chercheurs ont fait leur découverte. Ce site a été l’objet de fouilles archéologiques entre 1977 et 1987 par l’archéologue Jacques Cinq-Mars. À partir de datation d’ossements animaux au carbone 14, le chercheur avait alors avancé l’hypothèse audacieuse d’une occupation humaine de cette région à une date aussi lointaine que -30 000 ans. [...]

Lauriane Bourgeon a voulu tirer la chose au clair et a passé en revu les quelques 36 000 fragments d’os prélevés sur le site et conservés depuis au Musée canadien de l’histoire à Gatineau. Un travail titanesque qui l’a tenue occupée pendant deux ans. Un examen approfondi de certaines pièces effectué au Laboratoire d’écomorphologie et de paléoanthropologie de l’Université de Montréal a révélé, sur 15 ossements, des traces indéniables d’intervention humaine. Une vingtaine d’autres fragments montrent également des traces probables de même type d’intervention. »

Comme l’ont souligné plusieurs anthropologues et archéologues suite à ces deux publications remarquables de la première moitié de l’année 2017 (sur lesquelles l’émission de radio Les années lumière a fait deux bons reportages, ici et ) : l’histoire de l’humain réserve encore bien des surprises…

De la pensée au langage | Pas de commentaires


Lundi, 12 juin 2017
Une conférence sur Henri Laborit

Un peu comme je l’ai fait la semaine dernière, la pièce de résistance d’aujourd’hui arrivera… demain ! C’est que je donne mardi le 13 juin ma dernière conférence de la saison qui a pour titre « Henri Laborit, un précurseur en neurobiologie » et que sa préparation ne me laisse pas vraiment le temps pour un billet original aujourd’hui. Je vous renvoie donc pour l’instant à celui que j’ai écrit vendredi dernier sur mon autre site web, Éloge de la suite, qui lui est consacré. Car plusieurs d’entre vous devez commencer à savoir que ce personnage m’a beaucoup influencé, d’où ce second site qui, depuis son ouverture en novembre 2014, est devenu LA référence sur l’œuvre de Laborit tellement les gens m’ont envoyé de documents à mettre en valeur, tant écrits qu’audio ou vidéo.

Je disais « pour l’instant » car je mettrai demain ici en fin de journée le texte et les images de cette conférence que je prononcerai dans le cadre du Café Sciences du Sud Luberon, en France (ce sera donc une conférence par Skype car j’habite au Québec). [ MISE À JOUR 14 JUIN : voici donc une version « texte et images » de cette conférence.] (Lire la suite…)

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Lundi, 5 juin 2017
Pour une école qui donne vraiment envie d’apprendre

Comme je donne demain l’une de ces « Écoles de profs » dont je vous ai parlé ici il y a un mois, je n’ai malheureusement pas beaucoup de temps pour écrire aujourd’hui. Alors la parade que j’ai trouvée pour me faire pardonner est double. D’abord vous dire que ma présentation complète de demain intitulée « Les sciences cognitives axées sur l’enseignement des sciences et des mathématiques au collégial » sera accessible au complet en suivant ce lien dès mercredi (c’est donc maintenant chose faite si vous cliquez sur le titre de la présentation…).

Et puis comme on est dans le thème de l’école, j’en profiterai pour simplement vous signaler un excellent article qui porte sur un documentaire récemment sorti en France et donnant la parole à d’anciens mauvais élèves. (Lire la suite…)

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Lundi, 29 mai 2017
Le cerveau prédictif du frappeur au baseball

Depuis un certain nombre d’années maintenant, les sciences cognitives considèrent de plus en plus le cerveau comme une machine à faire des prédictions. Autrement dit, notre cerveau passerait le plus clair de son temps à anticiper ce qui va se passer l’instant d’après pour agir en conséquence. On voit tout de suite la grande valeur adaptative d’un tel processus.

Le cadre théorique détaillant cette vision des choses est riche et assez nouveau, bien que ses racines soient anciennes. Certains parlent même d’un éventuel changement de paradigme pour le décrire, comme on a qualifié tour à tour les approches cognitivistes, connexionnistes ou dynamiques incarnées depuis un demi-siècle. Mais ces modèles font appel aux probabilités (de type bayésien) et ne se laissent pas simplifier rapidement, au grand désarroi de l’auteur de ces lignes qui voudrait vous en parler plus souvent mais n’y arrive pas toujours.

Or je suis tombé sur la vidéo ci-dessus d’à peine plus de deux minutes qui a priori n’a rien à voir avec ceci mais qui, au fond, en présente les fondements d’une façon on ne peut plus concrète avec la question suivante : comment un joueur de baseball professionnel parvient-il à frapper la balle? (Lire la suite…)

Dormir, rêver... | Pas de commentaires


Lundi, 22 mai 2017
Évolution conceptuelle et raffinement dans les explications en neuroscience

Ce site et ce blogue commencent à exister depuis suffisamment d’années (plus de 15 pour le premier, près de 7 pour le second) pour avoir assisté à l’évolution et au raffinement de certaines connaissances neuroscientifiques. Car oui, la science évolue, tout le monde le sait, mais il peut être intéressant de montrer comment. C’est ce que je voudrais faire aujourd’hui à travers deux exemples montrant justement pour le premier une évolution conceptuelle et pour le second un raffinement dans les mécanismes. (Lire la suite…)

Le développement de nos facultés | Pas de commentaires