Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

Malgré tous nos efforts (et malgré la reconnaissance de notre travail par les organismes approchés), nous ne sommes pas parvenus à trouver de nouvelles sources de financement. Nous nous voyons contraints de nous en remettre aux dons de nos lecteurs et lectrices pour continuer de mettre à jour et d'alimenter en contenu le blogue et le site.

Soyez assurés que nous faisons le maximum pour poursuivre notre mission de vulgarisation des neurosciences dans l'esprit premier d'internet, c'est-à-dire dans un souci de partage de l'information, gratuit et sans publicité.

En vous remerciant chaleureusement de votre soutien, qu'il soit moral ou monétaire,

Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Lundi, 20 janvier 2020
Quand notre système immunitaire se trompe et attaque nos récepteurs NMDA

On l’oublie trop souvent quand tout va bien, mais le bon fonctionnement de notre corps et de notre cerveau dépend à tout moment de milliers et de milliers d’interactions moléculaires tant à l’intérieur qu’entre nos cellules. Certaines de ces molécules sont petites et assez simples mais d’autres sont extrêmement complexes comme les protéines, ces « briques du vivants » formées de centaines et même souvent de milliers d’acides aminées qui s’enchaînent dans un ordre précis et se replient pour former une structure tridimensionnelle qui donnera sa fonction à la protéine. Tantôt ce sera une enzyme capable de couper ou de coller telle molécule à telle autre, tantôt de changer de forme pour faire se contracter nos fibres musculaires ou encore pour laisser passer des petits ions à travers la membrane d’une cellule comme dans le cas des protéines transmembranaires qui agissent comme des canaux ou des pompes. Quand tout va bien, on oublie l’extrême complexité et donc l’extrême fragilité de tout ça. Qu’arriverait-il si, par exemple, une seule de ces protéines se mettait à mal fonctionner ou à être détruite ? Le billet d’aujourd’hui en donne un exemple parmi tant d’autres, celui des encéphalites auto-immunes, et plus particulièrement la forme qui s’attaque à nos récepteurs NMDA.

La protéine en question est donc ici le récepteur NMDA au glutamate. On la retrouve fichée au travers de la membrane de nos neurones dans beaucoup de régions cérébrales. Sa physiologie particulière, propice à la détection de coïncidence d’activité dans nos différentes voies nerveuses, en fait un acteur clé dans l’apprentissage et la mémoire. Or il peut arriver, très rarement, chez certaines personnes (80% de femmes et 20% d’hommes) que notre système immunitaire en vienne à attaquer nos propres récepteurs NMDA ! Les globules blancs et les anticorps qui luttent habituellement contre les infections se trompent donc de cible et se mettent à détruire les récepteur NMDA, produisent une réaction inflammatoire dans le cerveau. Comme les autres encéphalites (ou inflammation aiguë du cerveau) d’origine virale, elle commence généralement par de la fièvre et un mal de tête.

Mais les symptômes qui peuvent apparaître par la suite montrent à quel point l’élimination progressive des récepteurs NMDA et la mise hors d’usage des neurones qui les portent peuvent avoir des effets désastreux sur le plan cognitif pour les personnes atteintes. On parle de déficits de mémoire, bien sûr, mais également des troubles du sommeil, de la parole, de la pensée (confusion, hallucinations, pensées délirantes, comportements désinhibés, etc.). Cela peut aller jusqu’aux troubles du mouvement, de la vision ou de l’audition aux crises d’épilepsie, à la perte de conscience, à des dysfonctions du système autonome impliquant la respiration, le rythme cardiaque, la pression sanguine, le système urinaire ou digestif. Tout cela parce que notre système immunitaire nous enlève petit à petit une seule des briques de notre édifice cérébral…

L’une des causes qui pourraient amener ainsi nos défenses à se tourner contre une partie de nous-même, c’est la présence d’un cancer à quelque part dans le corps, et souvent d’une forme de cancer de l’ovaire appelée tératome. Ce dernier implique des cellules pluripotentes (encore capables de se développer en différents tissus) de sorte qu’il peut même produire des tissus du cerveau ! On croit que les anticorps seraient alors initialement formés pour combattre les récepteurs NMDA qui se trouvent dans la tumeur, et que ceux-ci se retourneraient ensuite contre les mêmes récepteurs dans le cerveau.

Si une telle tumeur est trouvée, son ablation est une partie importante du traitement. Un site web comme celui de la Fondation de l’encéphalite à anticorps antirécepteurs NMDA donne beaucoup d’information sur toutes les étapes de la maladie et des traitements existants. On y apprend par exemple que :

« Les patients chez qui la tumeur est enlevée récupèrent plus rapidement et sont moins susceptibles d’avoir une récidive (ou une rechute) que ceux chez qui aucune tumeur n’est trouvée. Tous les patients chez qui on soupçonne une encéphalite à anticorps antirécepteurs NMDA devraient subir un dépistage pour déceler la présence de tumeurs. Cet examen est généralement fait à l’aide de l’imagerie (CT ou IRM) de la poitrine, de l’abdomen et du bassin. Les femmes devraient également recevoir une échographie des ovaires, et les hommes, une échographie des testicules. »

Pour établir le diagnostic de cette encéphalite auto-immune,

« il faut détecter la présence d’anticorps dans les liquides corporels de la personne dont les symptômes correspondent à l’encéphalite à anticorps antirécepteurs NMDA. Les anticorps peuvent se trouver dans le sang ou dans le liquide céphalorachidien. Les tests utilisant le liquide céphalorachidien sont plus précis que les tests de sang. Par conséquent, si les tests de sang sont négatifs, il est recommandé de tester le liquide céphalorachidien avant de conclure que le patient n’a pas l’encéphalite à anticorps antirécepteurs NMDA. »

Les stratégies thérapeutiques consistent pour la majorité à réduire les niveaux d’anticorps dans le sang et dans le liquide céphalorachidien, réduisant ainsi les attaques aux récepteurs NMDA. On utilise alors des médicaments comme :

« des corticostéroïdes (« stéroïdes »), de l’immunoglobine intraveineuse (des anticorps recueillis auprès de donneurs de sang en santé qui peuvent se fixer aux anticorps du patient) et la plasmaphérèse (PLEX, c’est-à-dire l’utilisation d’une machine pour filtrer les anticorps dans le sang du patient). »

Il est certain que l’utilisation de médicaments puissants qui affaiblissent le système immunitaire rend les patients plus susceptibles aux infections graves. Mais malgré le fait que l’encéphalite à anticorps antirécepteurs NMDA est une maladie qui peut être potentiellement mortelle, la majorité des patients qui reçoivent rapidement leur diagnostic et leur traitement se rétablissent bien de la maladie.

D’où l’importance d’en connaître l’existence et les symptômes, même si cela demeure une affection rare. L’encéphalite à anticorps antirécepteurs NMDA ne représente en effet que 4% des causes d’encéphalite. Et en 2014, la prévalence des encéphalites d’origine infectieuse ou auto-immune était comparable, soit de 12 à 13 personnes sur 100 000 (donc environ 0,02% pour tous les types d’encéphalite). Cela dit, il y a tout de même un petit nombre de personnes qui en sont victimes chaque année. Le fait que j’en ai connu une récemment dont le diagnostic a été fait très tardivement n’est pas étranger à cet article.

Des liens vers des forums et des groupes de soutien dans différents pays sont accessibles au bas de cette page.

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Lundi, 13 janvier 2020
Les effets bénéfiques de la méditation, des champignons magiques et du ski de fond !

On peut modifier son cerveau, et donc ses pensées et son comportement, de deux grandes façons : en répétant  certains comportements ou bien en introduisant des molécules dans le cerveau. Dans le premier cas, c’est ce qu’on appelle couramment des apprentissages. Et dans le second, la prise de drogues ou de médicaments. Notons tout de suite que le premier cas peut se subdiviser à son tour en deux. On peut apprendre en « offline », sans que le corps ne soit directement impliqué (comme en lisant ou en méditant) ou on peut apprendre en « online » quand c’est le corps qui bouge qui nous fait apprendre (comme en s’entraînant dans une discipline sportive). Et signalons que lorsqu’on apprend par des comportements, en bougeant ou non, on modifie évidemment la biochimie de son cerveau et éventuellement sa structure, exactement comme lorsqu’on introduit directement une molécule psychoactive dans cette forêt neuronale extrêmement riche et complexe qu’est notre cerveau.

Cette petite intro me semblait pertinente pour introduire les deux études dont j’aimerais vous parler aujourd’hui. La première s’intitule “Psilocybin-assisted mindfulness training modulates self-consciousness and brain default mode network connectivity with lasting effects“ et a été publiée en août dernier dans le revue NeuroImage. (Lire la suite…)

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Mardi, 7 janvier 2020
Remerciements et deux conférences pour commencer l’année

Je voudrais commencer cette nouvelle année en remerciant du fond du cœur tous ceux et celles qui ont répondu la petite campagne de « socio-financement » de mon dernier billet. Le passage de 2019 à 2020 s’en trouve pas mal facilité pour moi au niveau financier, sans parler de ces nombreux mots d’encouragement qui donnent un sens à mon travail hebdomadaire sur ce blogue. Merci donc d’être là, fidèle au poste. Et merci encore pour vos contributions, tant les petites que les grosses qui me touchent toutes autant pour différentes raisons (les intéressé.es se reconnaîtront !). Comme je vous l’ai déjà écrit dans mes réponses à chacun.e  : soyez assuré.es que je fais tout mon possible pour continuer l’aventure ! (Lire la suite…)

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Lundi, 16 décembre 2019
Ce qui permettrait au Cerveau à tous les niveaux de continuer sa mission

Ce dernier billet de 2019 (avant les deux semaines de pause du temps des Fêtes) voudrait aborder un sujet délicat que je repousse toujours à plus tard car il m’ennuie, celui du financement de ce site et de ce blogue. Car si j’ai peu d’intérêt pour tout ce qui touche à l’argent, il demeure difficile de l’ignorer complètement dans le système économique actuel. En clair, je dois assumer comme tout le monde mes frais de subsistance (et ceux de mon garçon)!

Or le travail que j’ai choisi (si tant est que l’on choisit réellement quoi que ce soit, étant souvent aveugles à bien des causes de nos choix conscients) consiste à rendre accessible au plus grand nombre les connaissances actuelles sur le fonctionnement de leur système nerveux dans l’espoir que celles-ci améliorent leur qualité de vie et leur bien-être (comme ce fut en tout cas le cas pour moi). Ce n’est pas et ce ne sera donc jamais une « entreprise rentable » puisque ces connaissances ne sont pas monnayables. Pas plus que ne le sont d’ailleurs tous les autres savoirs encyclopédiques communs de l’humanité, ceux qu’on retrouve aujourd’hui sur Wikipédia, par exemple.

Je ne mentionne pas pour rien cette fabuleuse initiative de travail collectif, sans pub et sans but lucratif. Il y a quelques semaines, lors d’une de mes fréquentes visites sur ce site, le message suivant m’est apparu en haut de la page :

“DEAR WIKIPEDIA READERS, We’ll get right to it: This week we ask our readers to help us. To protect our independence, we’ll never run ads. We survive on donations averaging about $15. Only a tiny portion of our readers give. If everyone reading this right now gave $3, our fundraiser would be done within an hour. That’s right, the price of a cup of coffee is all we need. […]. Thank you. »

Utilisant Wikipédia pratiquement tous les jours, je n’ai pas pu m’empêcher de répondre favorablement à leur appel. Comme je suis pauvre (et même si je ne bois pas de café!), je leur ai donné 3$…  Et comme je pensais déjà à ce billet d’aujourd’hui qu’il me faudrait bientôt écrire, je me suis mis à voir des analogies entre Wikipédia et ma façon d’aborder mon travail de vulgarisateur des neurosciences. Loin de moi l’idée de me considérer comme le « Wikipédia du cerveau », mais force est d’admettre que des sites et des blogues comme le mien, en anglais et en français, il n’en pleut pas des tonnes sur Internet ! (en fait, quand on tape « cerveau » ou « le cerveau » dans Google, les 2 premiers résultats sont généralement Wikipédia et les deux suivants… le Cerveau à tous les niveaux !)

Et c’est bien entendu l’idée de gratuité (et de Copyleft) que je chéris particulièrement comme la célèbre encyclopédie en ligne. Car il a toujours été impensable pour moi que le manque d’argent puisse être un frein à quiconque veut mieux se comprendre. C’est pourquoi j’ai toujours refusé de rendre payant ce site ou quelques sections « premium pour abonnés » que ce soit. J’ai un peu la même philosophie pour mon travail de conférencier où je n’ai pas de tarifs fixes et prends ce que les institutions peuvent me donner (c’est ma principale source de revenus depuis l’arrêt de mes subventions en 2013 sous le gouvernement fédéral conservateur). Et comme je fais partie du collectif de bénévoles derrière cet autre outil formidable de diffusion des connaissances qu’est l’UPop Montréal, il m’est arrivé très souvent depuis le début de cette aventure il y a dix ans de donner gratuitement (comme c’est toujours le cas à l’UPop) des séries de cours dans les bars et les cafés de ma ville. Et pour souligner la dixième année d’existence de l’UPop Montréal, les habitué.es de ce blogue savent que j’offre (toujours bénévolement) cette année dix séances qui sont un peu la peite synthèse de mon travail des dernières années (petite synthèse qui m’a demandé quand même pas mal de boulot!).

Pour revenir à mon anecdote sur l’appel de dons de Wikipédia, je me suis demandé si je ne pouvais pas, moi aussi, interpeller les gens qui utilisent fréquemment mon site un peu de la même façon. Et ça a donné le pastiche suivant, en québécois s’il-vous-plaît :

« CHERS LECTEURS ET LECTRICES DU CERVEAU À TOUS LES NIVEAUX, On va se dire les vraies affaires : cette semaine je viens vous quêter du cash. La science ne faisant pas bon ménage avec le capitalisme, vous pouvez être sûr qu’il n’y aura jamais une maudite pub sur ce site. Comme rédacteur de ce blogue, je survis grâce à vos dons de 30$ en moyenne. En gros ça me donne environ 50$ par lundi de travail. Quelque chose comme le salaire minimum de 12.50$/heure au Québec actuellement, genre. C’est sûr que c’est juste une minuscule proportion de gens qui viennent sur ce site qui font des dons. Mais si chaque personne qui s’est rendue jusqu’ici aujourd’hui dans la lecture de ce billet crissement plate faisait un don de 3$, je ne serais plus obligé de vous écœurer avec ça le reste de l’année. […] Merci ben gros là, bye. »  ;-) (Lire la suite…)

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Lundi, 9 décembre 2019
La tentation des étiquettes fonctionnelles dans le cerveau : le « cas » du cervelet

C’est ce mercredi le 11 décembre qu’aura lieu la cinquième séance du cours «Notre cerveau à tous les niveaux» donné en collaboration avec l’UPop Montréal et le café Les Oubliettes. Il s’agira donc de la dernière séance de ce cours avant la pause du temps des Fêtes et la suite de nos aventures à la session d’hiver de l’UPop avec cinq autres séances à partir du mois de février. Le billet de la semaine dernière donnait un aperçu de la diversité des approches qui seront présentées durant cette cinquième séance intitulée « Cartographier des réseaux de milliards de neurones à l’échelle du cerveau entier  ». Je mettais déjà en garde au passage contre la tentation d’accoler des étiquettes fonctionnelles trop précises à des régions particulières du cerveau. Et je donnais comme exemple de cette conception trop « modulaire » du cerveau la fameuse aire de Broca qu’on associe automatiquement au langage mais qui s’active dans bien d’autres situations. Je développerai aujourd’hui un peu plus cette idée du cours de mercredi avec le cas fascinant du cervelet. (Lire la suite…)

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