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Mardi, 24 avril 2018
Soins parentaux, inclusion sociale et santé par le vélo !

Un billet qui papillonne cette semaine, inspiré par le printemps, la vie et ses différents moments : soins parentaux en bas âge, inclusion sociale à l’adolescence et santé par le vélo à un âge avancé !

D’abord le début de la vie, donc. Celui où l’on reçoit des soins parentaux plus ou moins attentifs. On savait depuis au moins une quinzaine d’années que la qualité de ces soins induits des changements épigénétiques chez la progéniture qui la rendra plus moins sensible au stress durant le reste de sa vie. Des changements, donc, qui n’affectaient pas la séquence des bases nucléiques de notre ADN, mais simplement la facilité avec laquelle ces gènes pourront s’exprimer.

Mais voilà qu’on vient de constater chez la souris (et l’humain suit habituellement…) que les mères moins maternantes stimulent chez leurs bébés la copie de certains « gènes sauteurs » qui, lorsqu’ils s’accumulent, semblent augmenter la réponse au stress des rejetons. Et comme les cellules étudiées étaient des neurones provenant de l’hippocampe, cela soulève des questions intéressantes sur l’interprétation génétique de ce phénomène dans certaines pathologies psychiatriques comme la dépression ou la schizophrénie chez l’humain.

Ça c’est ce qu’on écrit toujours à la fin d’un article pour montrer la pertinence sociale d’une étude ou à la fin d’une demande de subvention pour avoir de l’argent… Mais ici c’est plus que pertinent car on a affaire à une surprenante altération de la séquence génétique elle-même suite à des influences environnementales. Voilà qui élargit en tout cas encore plus le concept d’épigénétique.

Un peu plus tard dans la vie vient la période souvent mouvementée de l’adolescence. Celle où l’on a besoin de connecter à ses pairs. Mais tout le monde n’y réussit pas de la même manière, certains ayant un réseau d’ami.es tissé serré (qui se connaissent tous), d’autres avec des ami.es plus diversifié.es qui ne se connaissent pas nécessairement entre eux. Dans tous les cas se sentir rejeté d’un groupe amène une douleur sociale bien réelle, comme en fait fois l’activation du cortex cingulaire antérieur et de l’insula lorsque des adolescents jouent dans un scan à un jeu vidéo qui leur donne un sentiment d’être exclus du jeu. Or une étude américaine publiée l’année dernière montre ceux qui ont un réseau moins dense montrent plus d’activation dans d’autres régions cérébrales (le cortex frontal médial dorsal et ventral, le précuneus et le carrefour temporo-pariétal) ce qui pourrait laisser croire que pour ces jeunes dont les ami.es sont plus diversifié.es quelque chose de plus complexe à évaluer était en train de se passer.

Mais le point le plus intéressant ici est sans doute cette relation intime entre l’activité cérébrale et notre type de réseau social. La situation extrême de ceci, vivre seul avec peu de contact avec sa communauté est aussi toxique que le tabagisme, l’alcoolisme, l’obésité ou vivre sans activité physique !

Et justement, parlant d’activité physique, ses effets bénéfiques sur le corps autant que sur le cerveau ne cessent d’être mis en évidence. La dernière étude qui va en ce sens nous amène à un âge avancé de la vie, alors que nos fibres musculaires deviennent moins vascularisées et notre système immunitaire décline. Sauf que cette étude constate, pour reprendre le sous-titre accrocheur d’un article, que « des cyclistes âgés de 75 ans avaient un profil immunitaire de personnes de 20 ans » ! Ce même article résume d’ailleurs très bien la méthodologie employée dans cette étude publiée ce mois-ci par Pollock et ses collègues.

« Les chercheurs ont étudié un groupe de 125 adultes – deux tiers étaient des hommes – de 55 à 79 ans qui ont fait du vélo pendant une grande partie de leur vie et le pratiquent encore à raison de deux heures et demie par semaine, avec une intensité modérée mais de façon constante. Ils étaient capables de parcourir 100 km en six heures et demie. Aucun d’entre eux n’était fumeur, gros consommateur d’alcool ou ¬atteint d’hypertension. Ce groupe de cyclistes a été comparé à deux autres, l’un ¬d’adultes d’âge voisin, et un autre de jeunes adultes (de 20 à 36 ans), en bonne santé mais non sportifs. »

Et donc en plus d’avoir une vascularisation musculaire comparable aux jeunes, ces cyclistes de 55 à 79 ans avaient aussi un thymus étonnamment en forme qui produisait autant de cellules immunitaires que les gens dans la vingtaine. Quand on sait toutes les pathologies déclenchées ou aggravées par une baisse du système immunitaire avec l’âge (de la polyarthrite rhumatoïde jusqu’à potentiellement le cancer), on se dit, comme le lançait l’un des co-auteurs de l’étude, que si le vélo était une pilule tout le monde en achèterait et la compagnie pharmaceutique qui la produirait ferait une fortune !

Mais pas de chance (pour big pharma), faire du vélo est gratuit et accessible à tous… ;-)

Le corps en mouvement | Pas de commentaires


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