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Lundi, 3 février 2014
Démystifier neuroscience et épigénétique

Du nouveau et de l’ancien cette semaine. Le nouveau, c’est le site web Knowing Neurons (premier lien ci-bas) qui existe depuis un peu plus d’un an. Il s’agit en fait davantage d’un blogue dont les multiples auteurs sont des étudiant.e.s gradué.e.s et des chercheur.e.s en post-doctorat. L’idée serait née d’un désir de rendre accessibles à leurs parents ou leurs ami.e.s n’ayant pas de formation scientifique les rapides avancées en neurosciences dont ils sont les témoins privilégié.e.s. Une motivation qui, je ne sais pourquoi, me rejoins particulièrement…

Cela donne un site qui se lit effectivement très bien et se parcourt à travers quelques grands thèmes du menu de gauche. Les articles, tout en ayant un souci d’introduire les domaines ou les techniques présentées, réfèrent souvent à des études récentes sur le sujet. C’est le cas de deux articles sur l’épigénétique qui vont me donner l’occasion de revenir rapidement sur un billet publié il y a deux semaines ici même dans le blogue du Cerveau à tous les niveaux.

J’y signalais (trop) brièvement l’article « The Social Life of Genes » qui explorait en profondeur un aspect de ces phénomènes épigénétiques : comment l’isolement social a des effets néfastes sur la santé et la cognition en influençant l’expression de certains gènes favorisant l’inflammation des tissus. Le Dr. Steve Cole y rappelait que ce qu’on appelle aujourd’hui l’épigénétique vient simplement confirmer ce qu’on suspectait depuis des années, à savoir que ce ne sont pas uniquement nos gènes qui font de nous ce que nous sommes, mais l’expression plus ou moins grande de ces gènes (pour fabriquer des protéines). Et cette expression dépend elle-même de l’environnement dans lequel nous évoluons, environnement qui est perçu et interprété bien entendu par notre cerveau.

Prenons par exemple le stress ou l’inhibition de l’action, expression encore plus parlante qu’utilisait Henri Laborit. Le pire des stress, rappelle Cole, survient lorsque nous nous retrouvons coupés de nos proches, exclus de notre réseau social ou ostracisé par la pauvreté. Et si cet isolement dure trop longtemps, il n’est pas rare que la personne dépérisse jusqu’à la dépression.

Des modifications dans l’expression de nos gènes peuvent alors se manifester beaucoup plus rapidement que l’on croyait. Les premières études ayant mis en évidences des manifestations épigénétiques s’étaient en effet concentrées sur les effets à long terme des interactions gènes-environnement. On avait par exemple pu démontrer comment la famine subie par des femmes enceintes durant la deuxième Guerre mondiale avait eu des répercussions sur l’expression des gènes et le comportement de leurs enfants. On mettait ainsi en évidence quelque chose d’assez révolutionnaire dans une perspective darwinienne, à savoir la transmission de caractères acquis durant la vie d’une mère à ses enfants.

Ce sont d’ailleurs ces modifications moléculaires épigénétiques, comme la méthylation de l’ADN, qu’explique en termes simples le premier article de Knowing Neurons intitulé « Your Brain on Epigenetics ». En gros résumé : des groupements chimiques se fixent sur certains bouts d’ADN durant la vie et se transmettent à nos descendants avec cet ADN. Or ces groupements chimiques favorisent ou nuisent à l’expression des gènes auxquels ils sont attachés.

C’est ainsi, toujours dans les effets épigénétiques à long terme bien établis, que l’équipe du Dr. Michael Meaney avait démontré qu’un rat femelle, en léchant plus ou moins ses ratons dans les jours suivants leur naissance, va influencer la fixation de ces groupements chimique sur certains segments d’ADN au point de déterminer le niveau de susceptibilité au stress de ses petits pour le reste de leur vie.

Cette idée que notre expérience de vie peut avoir des échos dans nos gènes et même se transmettre à travers les générations est donc déjà passablement nouvelle et étonnante. Mais ce que l’article « The Social Life of Genes » démontrait en citant de nombreuses études récentes autant sur les abeilles, les singes ou les humains, c’est que la qualité de notre vie sociale peut changer l’expression de nos gènes avec une rapidité et une profondeur que l’on n’avait pas imaginé.

Par exemple, en six mois seulement, un changement appréciable du ratio d’activité de gènes pro-inflammatoires versus anti-inflammatoire a pu être observé chez des jeunes femmes subissant un stress dans leur vie sociale par rapport à celles qui n’en subissaient pas.

Le vieux schéma unidirectionnel « ADN > ARN messager > protéine » nous a laissé avec l’impression que notre cerveau pouvait apprendre, mais que la machinerie intime de toutes nos cellules, et donc de nos neurones, demeurait stable par l’entremise des gènes que nous avons hérités de nos parents. L’épigénétique nous fait prendre conscience que l’essence de notre être est beaucoup plus poreuse, pour ainsi dire, à notre environnement. Nous sommes nos cellules, mais celles-ci sont de plus en plus considérées comme des machines bidirectionnelles capables aussi de transformer notre expérience en biologie.

i_lien Knowing Neurons
i_lien Your Brain on Epigenetics
i_lien The Newest Cupid on the Block: Epigenetics
a_lien The Social Life of Genes
a_lien The Science of Compassion: Origins, Measures, and Interventions – Steve Cole, Ph.D.

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