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Lundi, 23 janvier 2012
Le dégoût derrière nos choix, même politiques ?

Depuis Descartes et encore aujourd’hui, il est de bon ton d’affirmer que nos décisions découlent de notre capacité de raisonnement, de notre rationalité, bref de notre capacité de peser logiquement le pour et le contre. Mais les sciences cognitives contemporaines montrent que c’est loin d’être toujours le cas. Et que bien souvent nos discours rationnels ne sont en fait que des alibis langagiers pour justifier des comportements décidés à notre insu, par des processus inconscients beaucoup plus anciens évolutivement parlant.

Comme le dégoût, cette émotion puissante qui nous a sans doute préservé de bien des maladies en nous détournant instinctivement de la putréfaction et d’autres corps pustuleux. Or ce que l’on découvre de plus en plus, c’est que le dégoût pourrait influencer nos choix dans des domaines apparemment fort éloignés des souches microbiennes, la politique par exemple.

Et l’on ne parle pas ici du dégoût que l’on peut ressentir envers certains politiciens dont les politiques heurtent de plein fouet nos convictions profondes ! On parle plutôt du lien intime qui semble exister entre le niveau d’activité du système neuronal sous-jacent à cette émotion de dégoût et notre positionnement dans le spectre politique classique gauche / droite ou libéral / conservateur tel qu’on l’a décrit en parlant de la peur qui peut nous faire réagir en conservateur.

Dans l’une de ces études, on a trouvé que les personnes qui s’identifiaient elles-mêmes comme ayant une position politique conservatrice ou de droite étaient celles qui ressentaient spontanément le plus d’aversion à la vue d’images dégoûtantes (comme celle de la personne qui mange des vers ci-haut).

Une autre étude montre que des images repoussantes amènent temporairement les sujets à éviter la nouveauté, un trait de caractère associé à la pensée conservatrice.

Et cela trouve des échos également dans des études d’imagerie cérébrales où l’on observe par exemple qu’un plus grand libéralisme est associé à plus de neurones dans le cortex cingulaire antérieur, alors qu’un plus grand conservatisme serait corrélé avec l’augmentation du volume de l’amygdale droite et de l’insula gauche, cette dernière étant justement reconnue pour jouer un rôle dans la perception du dégoût. Il n’est toutefois pas possible pour l’instant d’établir si ces différences sont une cause ou une conséquence de l’attitude politique exprimée.

Quoi qu’il en soit, ces données apportent déjà des pistes de réflexion intéressantes sur la façon dont se joue l’adhésion à des candidats ou à des partis politiques. Les idées défendues importent certainement, mais ce qu’elles suscitent en nous est probablement encore plus décisif dans nos choix. Comme le dit Drew Westen, professeur de psychologie et de psychiatrie et auteur du livre « The Political Brain » : « En politique, quand la raison et l’émotion s’opposent, l’émotion gagne invariablement ».

i_lien Disgust and a New Political Neuropsychology
a_lien Disgust Sensitivity and the Neurophysiology of Left-Right Political Orientations
a_lien Human threat management systems: self-protection and disease avoidance.
a_lien Political Orientations Are Correlated with Brain Structure in Young Adults
i_lien THE POLITICAL BRAIN : THE ROLE OF EMOTION IN DECIDING THE FATE OF THE NATION

L'émergence de la conscience, Que d'émotions! | 6 commentaires »


6 commentaires à “Le dégoût derrière nos choix, même politiques ?”

  1. Bruno Dubuc dit :

    Un auteur qui s’intéresse particulièrement à cette question et répertorie plusieurs expériences récentes sur le sujet:

    The Left and the Right: Physiology, Brain Structure and Function, and Attentional Differences
    http://scienceprogressaction.org/intersection/2012/01/the-left-and-the-right-physiology-brain-structure-and-function-and-attentional-differences/

  2. [...] émotion. Le substrat neuronal de nos sentiments les plus sophistiqués, de la compassion au dégoût en passant par le bonheur et la tristesse, pourrait s’enraciner dans des structures cérébrales [...]

  3. [...] émotion. Le substrat neuronal de nos sentiments les plus sophistiqués, de la compassion au dégoût en passant par le bonheur et la tristesse, pourrait s’enraciner dans des structures cérébrales [...]

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