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Lundi, 16 mai 2011
Du bon usage des jurons

Le caractère universel des jurons et de mots tabous dans toutes les langues humaines a retenu l’attention, il y a quelques années, du psychologue cognitiviste de Harvard, Steven Pinker. Dans son livre « The Stuff of Thought: Language as a Window into Human Nature », Pinker propose que l’emploi de mots vulgaires servirait à imposer des émotions négatives à son interlocuteur en stimulant à son insu des régions primitives de son cerveau. Les mots tabous activeraient ainsi davantage l’hémisphère droit que le gauche, les ganglions de la base (pour la production) et l’amygdale (pour la perception).

Les mots utilisés pour déclencher ces émotions négatives varient évidemment selon les cultures, mais les plus efficaces demeurent les termes religieux, scatologiques, pathologiques, sexuels ou référant à un groupe ethnique minoritaire. Pinker pense aussi qu’il n’y a pas une mais plusieurs raisons pour lesquelles les gens utilisent des jurons : pour choquer délibérément en écartant les euphémismes (il dénombre 34 euphémismes pour dire « merde » en anglais!), pour intimider ou humilier, pour attirer l’attention sur quelque chose, exprimer l’informalité d’une situation, etc.

On lance aussi des gros mots quand quelque chose de désagréable nous arrive, et Pinker évoque trois explications possibles à ce comportement : pour « faire sortir la pression », comme l’expression humaine du « circuit de la rage » de l’animal blessé qui crie pour intimider l’assaillant, ou encore, comme il y a un caractère très culturel dans les jurons, simplement pour signaler efficacement à ceux qui nous entourent l’émotion négative qui nous assaille.

Mais à la lumière d’une étude récente, il faudrait peut-être ajouter une quatrième raison possible à cette utilisation des jurons. Des chercheurs de l’université Keele, en Angleterre, ont en effet démontré que jurer peut augmenter la tolérance à la douleur. De plus, ce sont surtout les personnes ne faisant pas un usage régulier des gros mots qui, lorsqu’elles étaient encouragées à proférer des jurons, ont enduré leur main plongée dans l’eau glacée le plus longtemps !

Les chercheurs pensent que l’expression libératrice de jurons activerait la réponse de lutte ou de fuite (« fight-or-flight response », en anglais), accélérant par exemple le rythme cardiaque et favorisant possiblement la sécrétion d’endorphines, antidouleur naturel de l’organisme.

d_lien Swearing can help relieve pain, study claims
i_lien Video : Steven Pinker – The Language of Swearing
i_lien WHY WE CURSE. What the F***?
i_lien The way we swear says a lot
a_lien Swearing as a response to pain

De la pensée au langage, Le plaisir et la douleur | 3 commentaires »


3 commentaires à “Du bon usage des jurons”

  1. valerie laville dit :

    Je trouve le site formidable! Je suis ostéopathe et j’aime consulter des sites sérieux d’anatomie et physiologie fréquemment. J’ai fait une recherche sur l’aire de Broca car mon fils ne parle pas encore. Je ne me rappellais plus dans quel lobe du cerveau c’était. J’ai ensuite vu les commentaires sur Ravel et Che Guevara sur leur incapacité à écrire ou entendre la musique. Enfin je suis tombée sur l’effet de dire des jurons pour augmenter la tolérance à la douleur. C’est super intéressant! Belle recherche! L’info est digeste pour les non-scientifiques aussi. Merci!

  2. [...] cours de ma recherche, j’ai pu lire un article intéressant sur le psychologue cognitif Steven Pinker. Je vous conseille de le [...]