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lundi, 2 avril 2012
Intuition et créativité : quand le non optimal devient optimal

La créativité humaine est l’une des choses les plus étonnantes qui soient. Depuis quelques semaines au Québec par exemple, nous sommes quotidiennement ébahis par les formes multiples et colorées que prennent les actions contre la hausse des frais de scolarité envisagée par le gouvernement. Que se passe-t-il dans le cerveau quand on a de ces bonnes idées ? On pourrait croire que c’est le fruit d’une grande concentration et d’une attention soutenue. Qu’il s’agit là de la façon la plus efficace de voir des liens entre des choses qui n’en ont apparemment pas. Mais il semble que le cerveau procède autrement et choisit une autre voie, apparemment bien moins optimale…

Entendons-nous bien : nombre de problèmes nécessitent une phase d’attention ou de multiples connaissances préalablement mémorisées sont sollicitées. Mais lorsqu’aucun mode d’emploi connu ne parvient à résoudre le problème et qu’il faut « imaginer autre chose », c’est là qu’il faut peut-être aller jouer dehors.

L’analogie avec l’enfance n’est pas innocente. On sait depuis longtemps que la « sagesse » qui vient avec l’âge (expérience, capacité de poursuivre un objectif à  long terme, etc.) se paie souvent au prix d’une baisse d’audace et de créativité. C’est ce que Darya Zabelina et Michael Robinson ont confirmé grâce à une simple mais astucieuse expérience récente (voir les liens ci-bas). Mais ces scientifiques ont également démontré que le seul fait, pour un adulte, de s’imaginer pendant quelques minutes être redevenu un enfant suffit à augmenter significativement sa capacité créative !

Autre étude qui montre que la meilleure créativité ne semble pas issue d’un cerveau adulte en pleine possession de ses moyens, celle de Mareike Wieth et Rose Zacks qui montre que l’on a de meilleures intuitions créatives durant le moment de la journée où l’on se considère comme le moins performant intellectuellement. On le sait, certaines personnes pètent le feu en se levant le matin et leur performance décline à mesure que la journée avance. D’autres se décrivent comme des oiseaux de nuit qui ne fonctionnent optimalement que lorsque la majorité des gens sont couchés. Ce que Wieth et Zacks ont montré, à la surprise générale des premiers intéressés, c’est que leurs sujets trouvaient plus de solutions originales à des problèmes basés sur des intuitions lorsqu’ils étaient dans leurs heures les moins optimales (qui n’influençaient pas leur taux de succès à des problèmes de type plus analytique).

L’intuition et la créativité semblent ainsi être le fruit d’un équilibre délicat entre des phénomènes attentionnels dans un premier temps, et, dans un deuxième temps, le cortex semble avoir besoin de “relaxer” un peu (peut-être en se mettant dans un mode par défaut ?). Comme s’il permettait alors à des assemblées de neurones plus distantes d’établir des liens moins évidents que ceux qu’entretiennent les neurones voisins habitués de travailler ensemble.

Cela rejoindrait l’un des mécanismes évoqués pour expliquer la créativité de l’enfance, à savoir le développement encore partiel de certaines régions du cortex frontal reconnues pour inhiber des pensées ou des conduites qui s’éloignent trop de certaines règles intériorisées. Une autre explication souvent évoquée, plus acquise celle-là, serait que le système éducatif décourage de plus en plus la créativité au profit de connaissances plus « appliquées » s’inscrivant dans une logique économique particulière (voir le lien RSA Animate ci-bas). Ce qui nous ramène non seulement aux étudiant(e)s et à leur lutte pour l’accessibilité de l’éducation, mais à la raison d’être de celle-ci. Mais ça, c’est une autre histoire…

i_lien Creativity & Childhood
a_exp Child’s Play: Facilitating the Originality of Creative Output by a
Priming Manipulation
i_lien TO SPEED UP THE CREATIVE PROCESS, SLOW DOWN
a_exp Time of Day Effects on Problem Solving: When the Non-Optimal is Optimal.
i_lien RSA ANIMATE – CHANGING EDUCATION PARADIGMS

Du simple au complexe | Comments Closed


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