{"id":1847,"date":"2020-02-24T23:17:36","date_gmt":"2020-02-24T22:17:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.blog-lecerveau.org\/?p=8682"},"modified":"2022-01-04T21:02:50","modified_gmt":"2022-01-04T20:02:50","slug":"8682","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/debutant\/2020\/02\/24\/8682\/","title":{"rendered":"Nos perceptions sont fa\u00e7onn\u00e9es par la possibilit\u00e9 d\u2019actions imminentes"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignleft  wp-image-8683\" title=\"Fusiform_face_area_face_recognition\" src=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/wp-content\/uploads\/Fusiform_face_area_face_recognition1-1024x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"393\" height=\"393\" \/><\/p>\n<p>La prochaine s\u00e9ance du <strong><span style=\"color: #888888;\"><a href=\"http:\/\/www.upopmontreal.com\/automne-2019\/notre-cerveau-a-tous-les-niveaux\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #888888;\">cours \u00abNotre cerveau \u00e0 tous les niveaux\u00bb<\/span><\/a><\/span><\/strong> qui aura lieu mercredi le 4 mars prochain continuera de construire sur les bases d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9es lors des six s\u00e9ances pr\u00e9c\u00e9dentes. Toujours donn\u00e9e en collaboration avec l\u2019UPop Montr\u00e9al au <strong><span style=\"color: #888888;\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/events\/533058120762081\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #888888;\">caf\u00e9 Les Oubliettes<\/span><\/a><\/span><\/strong>, cette s\u00e9ance s\u2019intitule donc \u00ab\u00a0<strong><span style=\"color: #888888;\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/events\/2688509541185000\/\"><span style=\"color: #888888;\">Tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de permet de simuler le monde pour d\u00e9cider quoi faire<\/span><\/a><\/span><\/strong>\u00a0\u00bb. On est en effet rendu l\u00e0, \u00e0 consid\u00e9rer tout ce qu\u2019on est appel\u00e9 \u00e0 faire \u00e0 chaque instant. Parce que c\u2019est bien beau <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2019\/10\/21\/8396\/\"><span style=\"color: #008080;\">avoir r\u00e9sum\u00e9 un peu la longue \u00e9volution de notre syst\u00e8me nerveux<\/span><\/a><\/span>, puis d\u2019avoir \u00e9voqu\u00e9 comment <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2019\/11\/05\/lhumain-decouvre-la-grammaire-de-base-de-son-systeme-nerveux\/\"><span style=\"color: #008080;\">quelques neurones<\/span><\/a><\/span>, puis <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2019\/11\/25\/8489\/\"><span style=\"color: #008080;\">des millions<\/span><\/a><\/span>, puis <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2019\/12\/03\/8501\/\"><span style=\"color: #008080;\">des milliards<\/span><\/a><\/span> s\u2019assemblent et coordonnent leur activit\u00e9, reste que ce cerveau n\u2019a pas \u00e9volu\u00e9 dans le vide, mais toujours dans un corps qui doit trouver de quoi boire, manger et si possible se reproduire ! Et en faisant tout \u00e7a, \u00e9viter aussi autant que possible les dangers et autres menaces pour l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de ce cerveau-corps (que l\u2019on devrait toujours relier par un trait d\u2019union tellement ils sont inextricablement li\u00e9s, comme on le verra \u00e0 la s\u00e9ance #8).<!--more--><\/p>\n<p>Il nous faut donc percevoir dans le monde les ressources ou les menaces potentielles afin d\u2019agir en cons\u00e9quence : les approcher ou les \u00e9viter. Mais comment per\u00e7oit-on le monde ? Intuitivement on est port\u00e9 \u00e0 croire que certains aspects du monde ext\u00e9rieur, qui semble ind\u00e9pendant de nous qui l\u2019observons, vont stimuler certains de nos sens et rendre possible la perception consciente de ces aspects du monde apr\u00e8s un certains nombres de manipulations et de transformations par notre cerveau. Mais les sciences cognitives contemporaines ont, depuis quelques d\u00e9cennies, renvers\u00e9 compl\u00e8tement cette logique qui semble pourtant empreinte de gros bon sens. Comme l\u2019\u00e9crivaient <strong><span style=\"color: #888888;\"><a href=\"https:\/\/www.pnas.org\/content\/116\/29\/14404\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #888888;\">Sergei Gepshtein et Joseph Snider dans la revue <em>PNAS <\/em>en juillet dernier<\/span><\/a><\/span><\/strong> :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab we perceive the world not as an observer-independent reality but in the mold of potential actions, shaped by the current needs and other personal attributes of the actor\u2013perceiver.\u201d<\/p><\/blockquote>\n<p>Non seulement ne percevons-nous pas le monde comme une r\u00e9alit\u00e9 ind\u00e9pendante de nous, mais nos perceptions sont influenc\u00e9es par les actions potentielles qui s\u2019offrent \u00e0 nous \u00e0 tout moment, elles-m\u00eames fa\u00e7onn\u00e9es par les besoins et autres attributs de cet \u00ab acteur qui per\u00e7oit \u00bb. Il s\u2019agit donc d\u2019une conception totalement incarn\u00e9e dans le sens o\u00f9 diff\u00e9rents corps, que ce soit diff\u00e9rents corps humains ou d\u2019autres esp\u00e8ces, ont un registre d\u2019actions possibles qui leur est propre. \u00c0 partir de l\u00e0, on va assister \u00e0 une inversion compl\u00e8te du paradigme ayant domin\u00e9 tous les d\u00e9buts des sciences cognitives \u00e0 partir du milieu du XXe si\u00e8cle. \u00c0 savoir que le principal signal qui nous permet de percevoir n\u2019est pas tant ce qui est capt\u00e9 par nos sens et qui \u00ab monte \u00bb ensuite dans le cerveau, mais plut\u00f4t ce qui \u00ab descend \u00bb ou est projet\u00e9 sur le monde \u00e0 partir de nos r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux devenus capables (souvent apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019apprentissage) d\u2019anticiper la meilleure hypoth\u00e8se quant \u00e0 la nature du r\u00e9el. Cela, bien s\u00fbr, en fonction des indices sensoriels du moment. Mais l\u2019id\u00e9e nouvelle est que ce qui va \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 par le cerveau sera plut\u00f4t l\u2019\u00e9cart (ou l\u2019erreur) que nous signales ces indices sensoriels par rapport aux pr\u00e9dictions ou aux projections faites sur le monde par notre cerveau adulte devenu expert dans son environnement habituel. Nous reviendrons sur <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2018\/10\/15\/7624\/\"><span style=\"color: #008080;\">cet aspect \u00ab pr\u00e9dictif \u00bb du cerveau<\/span><\/a><\/span> dans le prochain billet.<\/p>\n<p>Mais je voudrais cette semaine me servir d\u2019un r\u00e9sultat exp\u00e9rimental r\u00e9cent pour \u00e9tayer cette id\u00e9e que nos perceptions seraient influenc\u00e9es par des actions potentielles. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9 dans ce blogue <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2018\/03\/06\/7159\/\"><span style=\"color: #008080;\">le concept cl\u00e9 d\u2019affordance<\/span><\/a><\/span> permettant de saisir ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Mis de l\u2019avant par J.J. Gibson d\u00e8s 1966, une affordance d\u00e9signe une opportunit\u00e9 d\u2019action offerte par un objet. Un marteau offre ainsi l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019\u00eatre saisi avec la main au niveau de son manche. Une chaise offre la possibilit\u00e9 de s\u2019asseoir. Ce qu\u2019il y a d\u2019int\u00e9ressant aussi avec cette notion d\u2019affordance, c\u2019est qu\u2019elle est relationnelle, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019action ne d\u00e9pend pas de fa\u00e7on absolue des caract\u00e9ristiques d\u2019un objet, mais des relations possibles qui peuvent \u00eatre \u00e9tablies entre un objet et un corps particulier. Un arbre, par exemple, n\u2019offre pas les m\u00eames affordances \u00e0 un humain qui va s&rsquo;y prot\u00e9ger de la pluie, \u00e0 une corneille qui va s\u2019y percher, \u00e0 un pic qui va y chercher de la nourriture sur le tronc, etc. De plus, un m\u00eame objet (un arbre par exemple) peut inspirer diff\u00e9rentes affordances \u00e0 un organisme donn\u00e9 (un humain par exemple) en fonction des motivations de ce dernier et\/ou du contexte plus g\u00e9n\u00e9ral (comme le sugg\u00e8re l&rsquo;image en haut de ce billet).<\/p>\n<p>Or de nombreux travaux en neurosciences, dont notamment ceux de Paul Cisek et ses coll\u00e8gues <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2016\/06\/20\/reconsiderer-les-fondements-des-sciences-cognitives-suite-et-fin\/\"><span style=\"color: #008080;\">dont j\u2019avais parl\u00e9 dans ce billet <\/span><\/a><\/span>et que l\u2019on abordera dans cette septi\u00e8me s\u00e9ance, montrent qu\u2019\u00e0 tout moment, notre cerveau simule les actions que lui sugg\u00e8rent les affordances qu\u2019il per\u00e7oit. Dans le sens o\u00f9 il y a des populations de neurones qui commencent \u00e0 augmenter leur activit\u00e9 en vue, \u00e9ventuellement, de l\u2019augmenter encore davantage pour ex\u00e9cuter v\u00e9ritablement cette action que lui sugg\u00e9rait son environnement. On savait donc que des r\u00e9gions c\u00e9r\u00e9brales appel\u00e9es \u00ab pr\u00e9-motrices \u00bb sont ainsi sollicit\u00e9es dans nos perceptions courantes, perceptions qui fonctionnent donc beaucoup plus comme l\u2019identification d\u2019affordances plut\u00f4t que des caract\u00e9ristiques physiques des objets (taille, couleur, forme, etc.).<\/p>\n<p>Mais qu\u2019en est-il des r\u00e9gions c\u00e9r\u00e9brales sensorielles elles-m\u00eames, comme le cortex visuel primaire, par exemple ? Elles ne vont quand m\u00eame pas \u00eatre \u00ab contamin\u00e9es \u00bb par un signal en provenance des affordances du monde ? Cela irait \u00e0 l\u2019encontre de leur r\u00f4le de capteur \u00ab objectif \u00bb des propri\u00e9t\u00e9s des objets. Et bien c\u2019est pourtant ce que <strong><span style=\"color: #888888;\"><a href=\"https:\/\/www.pnas.org\/content\/116\/29\/14769.full\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #888888;\">Zakaria Djebbara et ses coll\u00e8gues ont d\u00e9montr\u00e9 dans une \u00e9tude publi\u00e9e dans le m\u00eame num\u00e9ro de la revue PNAS d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9.<\/span><\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p>Des sujets munis de lunettes de r\u00e9alit\u00e9 virtuelles et d\u2019un casque enregistrant leur \u00e9lectroenc\u00e9phalogramme voyait appara\u00eetre des portes de diff\u00e9rentes largeurs devant eux (des tr\u00e8s \u00e9troites, des normales, des larges). Puis le mur devenait vert (auquel cas ils pouvaient traverser la porte) ou rouge (auquel cas ils ne devaient pas s\u2019engager vers la porte). En premier lieu, on a pu observer que le type d\u2019activit\u00e9 nerveuse dans les aires visuelles primaires d\u00e9pendait d\u2019une affordance li\u00e9e \u00e0 la porte : si elle \u00e9tait per\u00e7ue comme \u00ab passable \u00bb ou pas. Mais plus int\u00e9ressant encore, cette d\u00e9pendance ne se manifestait que lorsque la personne savait qu\u2019elle allait avoir \u00e0 agir (quand le mur devenait vert).<\/p>\n<p>Ces r\u00e9sultats sugg\u00e8rent donc que les sujets voyaient les portes diff\u00e9remment, d\u00e9pendamment de leurs affordances (passable facilement ou pas) et du contexte incitant \u00e0 l\u2019action ou pas. Autrement dit, pour le dire comme Gepshtein et Snider, ces r\u00e9sultats supportent l\u2019id\u00e9e que nos perceptions sont fa\u00e7onn\u00e9es par la possibilit\u00e9 d\u2019actions imminentes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La prochaine s\u00e9ance du cours \u00abNotre cerveau \u00e0 tous les niveaux\u00bb qui aura lieu mercredi le 4 mars prochain continuera de construire sur les bases d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9es lors des six s\u00e9ances pr\u00e9c\u00e9dentes. 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