{"id":1986,"date":"2021-03-15T15:00:34","date_gmt":"2021-03-15T14:00:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/?p=9379"},"modified":"2022-01-04T21:07:03","modified_gmt":"2022-01-04T20:07:03","slug":"9379","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/avance\/2021\/03\/15\/9379\/","title":{"rendered":"Consolider nos souvenirs simplement en dormant"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignleft wp-image-9382\" src=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/wp-content\/uploads\/consolidation-AND-homeostasis.jpg\" alt=\"\" width=\"420\" height=\"223\" \/>Est-ce qu\u2019on peut apprendre en dormant ? Ce d\u00e9sir d\u2019apprendre passivement durant la nuit et de se r\u00e9veiller trilingue le matin a aliment\u00e9 bien des fantasmes. Le probl\u00e8me, c\u2019est juste que \u00e7a ne marche pas. Du moins pas comme on pensait. Car <span style=\"color: #808080;\"><strong><a style=\"color: #808080;\" href=\"https:\/\/singularityhub.com\/2019\/02\/12\/new-study-suggests-you-can-learn-while-you-sleep\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">dans un cadre tr\u00e8s pr\u00e9cis il semblerait que \u00e7a puisse avoir une influence, mais tr\u00e8s modeste<\/a><\/strong><\/span>. D\u2019abord il faut dire tout de suite qu\u2019on ne peut pas apprendre des choses compl\u00e8tement nouvelles en dormant. Donc faire jouer de l\u2019espagnol ou de l\u2019allemand durant la nuit, sans rien faire d\u2019autre, \u00e7a ne va rien vous apporter, \u00e0 part peut-\u00eatre une mauvaise nuit de sommeil. Ce qu\u2019on a d\u00e9couvert cependant, c\u2019est que <span style=\"color: #808080;\"><a style=\"color: #808080;\" href=\"https:\/\/www.cerveauetpsycho.fr\/sd\/neurosciences\/comment-apprendre-en-dormant-15873.php\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong>d\u2019envoyer durant notre sommeil profond des stimuli bien pr\u00e9cis ayant pr\u00e9alablement \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s \u00e0 des choses apprises durant la journ\u00e9e<\/strong><\/a><\/span> peut aider un peu \u00e0 consolider ces apprentissages.<!--more--><\/p>\n<p>On appelle \u00e7a <span style=\"color: #808080;\"><a style=\"color: #808080;\" href=\"https:\/\/www.sciencepresse.qc.ca\/blogue\/dire\/2018\/10\/29\/influencer-memoire-dormant\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong>de la r\u00e9activation de m\u00e9moire cibl\u00e9e<\/strong><\/a> <\/span>et c\u2019est bas\u00e9 en fait sur le bon vieux conditionnement classique. Par exemple pendant que des sujets apprennent \u00e0 localiser des objets dans un espace \u00e0 deux dimensions, on les expose \u00e0 une odeur de fleur. Et durant la nuit suivante, cette m\u00eame odeur \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e de nouveau \u00e0 certains d\u2019entre eux pendant leur phase de sommeil profond. Et ceux qui avaient respir\u00e9 l\u2019odeur durant la nuit se souvenaient mieux de la localisation des objets que les autres. Mais on parle d\u2019une am\u00e9lioration de la m\u00e9moire de ces nouveaux apprentissages de 5 \u00e0 15%, donc ce n\u2019est vraiment pas beaucoup. On a aussi obtenu des r\u00e9sultats positifs avec des habilet\u00e9s motrices ou des r\u00e9ponses \u00e9motionnelles, et aussi en faisant des associations avec d\u2019autres types de stimuli comme des sons. Mais ce qu\u2019un cerveau en sommeil profond peut percevoir du monde ext\u00e9rieur et traiter reste toutefois bien limit\u00e9. Et un apprentissage le moindrement complexe semble bien difficile, voire impossible, en dormant.<\/p>\n<p>En fait, la meilleure chose qu\u2019on peut faire pour que notre nuit contribue \u00e0 un apprentissage c\u2019est simplement de\u2026 dormir ! Et c\u2019est ce dont je voudrais vous convaincre dans la suite de ce billet en parlant un peu de la consolidation de nos apprentissages durant la nuit, qui est l\u2019une des fonctions les mieux \u00e9tablies du sommeil.<\/p>\n<p>J\u2019avais expos\u00e9<a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2021\/03\/08\/9368\/\"><span style=\"color: #008080;\"> la semaine derni\u00e8re<\/span><\/a> l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019hom\u00e9ostasie synaptique qui propose que le sommeil \u00ab\u00a0renormalise\u00a0\u00bb \u00e0 la baisse la force de nos synapses \u00e0 chaque nuit. Cette id\u00e9e <strong><span style=\"color: #808080;\"><a style=\"color: #808080;\" href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/science\/article\/abs\/pii\/S0959438816301726\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">n\u2019exclut cependant pas qu\u2019une consolidation active de certains souvenirs puisse \u00e9galement se faire en parall\u00e8le<\/a><\/span>.<\/strong> D\u2019ailleurs on peut dire que nos id\u00e9es sur le sommeil et la m\u00e9moire ont suivi un peu l\u2019\u00e9volution de notre compr\u00e9hension du fonctionnement du cerveau. On est ainsi pass\u00e9 d\u2019un processus passif qui favorise la m\u00e9morisation durant la nuit simplement en la prot\u00e9geant de l\u2019interf\u00e9rence de tous les stimuli qui nous assaillent durant le jour, \u00e0 une conception o\u00f9 nos apprentissages r\u00e9cents sont consolid\u00e9s de mani\u00e8re beaucoup plus actives durant notre sommeil. En fait, globalement, on peut dire que le sommeil est caract\u00e9ris\u00e9 comme l\u2019\u00e9tat c\u00e9r\u00e9bral o\u00f9 se fait le mieux la consolidation vers la m\u00e9moire \u00e0 long terme, par opposition \u00e0 l\u2019\u00e9veil qui est optimis\u00e9 pour l\u2019encodage de nouveaux apprentissages. Par exemple, <strong><a href=\"https:\/\/journals.sagepub.com\/doi\/abs\/10.1177\/0956797616659930\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #808080;\">une bonne nuit de sommeil entre deux sessions d\u2019un apprentissage permet de mieux retenir que deux sessions identiques mais sans sommeil entre les deux<\/span><\/a><\/strong><span style=\"color: #808080;\">.<\/span><\/p>\n<p>Cette consolidation nocturne, on le sait maintenant, elle se fait par une r\u00e9activation spontan\u00e9e des souvenirs r\u00e9cemment encod\u00e9s. On en avait parl\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2021\/03\/01\/un-exemple-de-limportance-de-nos-rythmes-cerebraux\/\">il y a deux semaines<\/a> avec l\u2019exp\u00e9rience d\u00e9montrant qu\u2019un rat, juste avant d\u2019entrer dans un labyrinthe qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 fait, va r\u00e9activer les cellules de lieu de son hippocampe qui codent pour ce trajet pour s\u2019y pr\u00e9parer mentalement. Sauf qu\u2019on a d\u00e9couvert que \u00e7a se faisait beaucoup aussi durant la nuit, tant chez le rat<span style=\"color: #808080;\"><strong> <a style=\"color: #808080;\" href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/science\/article\/pii\/S0896627304006452\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">que chez l\u2019humain<\/a><\/strong>.<\/span> Et c\u2019est vraiment<span style=\"color: #008080;\"><a style=\"color: #008080;\" href=\"http:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2015\/06\/15\/4595\/\"> le sommeil \u00e0 ondes lentes qui a un r\u00f4le ind\u00e9niable \u00e0 jouer l\u00e0-dedans<\/a><\/span>.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que \u00e7a devient int\u00e9ressant de se rappeler ce qui se passe \u00e0 d\u2019autres niveaux d\u2019organisation, comme au niveau mol\u00e9culaire, o\u00f9 des m\u00e9canismes comme<a href=\"https:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/i\/i_07\/i_07_m\/i_07_m_tra\/i_07_m_tra.html\"> l<span style=\"color: #008080;\">a potentialisation \u00e0 long terme<\/span><\/a> permet \u00e0 des neurones de l\u2019hippocampe de renforcer tr\u00e8s rapidement certaines connexions entre eux suite \u00e0 un apprentissage. Et en m\u00eame temps, au niveau psychologique, <a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2010\/10\/26\/linoubliable-cerveau-dun-amnesique\/\"><span style=\"color: #008080;\">on a d\u00e9j\u00e0 \u00e9galement parl\u00e9 ici du patient H.M<\/span>.<\/a> dont les vieux souvenirs pouvaient se passer de l\u2019hippocampe, parce qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 graduellement consolid\u00e9s ailleurs, notamment dans le cortex. La question devient donc d\u2019essayer de comprendre comment l\u2019hippocampe diffuse au cortex l\u2019information pertinente \u00e0 retenir \u00e0 long terme. Et il semble assez clair que ce sont <span style=\"color: #808080;\"><a style=\"color: #808080;\" href=\"https:\/\/authors.library.caltech.edu\/64606\/3\/nihms750906.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">l<strong>es fameuses \u00ab\u00a0ripples\u00a0\u00bb de la r\u00e9gions CA1 de l\u2019hippocampe<\/strong><\/a><\/span>, ces courtes bouff\u00e9es d\u2019influx nerveux d\u2019au moins 100 \u00e0 200 Hz, qui <strong><a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC4441285\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #808080;\">contribuent grandement \u00e0 la r\u00e9activation neuronale n\u00e9cessaire au processus de consolidation<\/span><\/a><\/strong>. Et on sait que ces oscillations rapides sont produites par l\u2019interaction entre des neurones excitateurs au glutamate et inhibiteurs au GABA, la boucle classique entre l\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur et le frein du cerveau.<\/p>\n<p>Ensuite, \u00e0 un niveau plus \u00e9lev\u00e9, le jeu des couplages de fr\u00e9quences et des interactions avec d\u2019autres ondes c\u00e9r\u00e9brales de fr\u00e9quence moins \u00e9lev\u00e9e produites ailleurs dans le cerveau jouerait aussi un r\u00f4le important. D\u2019abord<span style=\"color: #808080;\"><strong><a style=\"color: #808080;\" href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/21452258\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> les \u00ab\u00a0sharp waves\u00a0\u00bb de la r\u00e9gion CA3 de l\u2019hippocampe qui portent pour ainsi dire les ripples<\/a><\/strong><\/span>. Ensuite les fuseaux du sommeil de 10-15 Hz qui durent 1 \u00e0 2 secondes et sont \u00e9mis par le thalamus environ \u00e0 toutes les 5 secondes surtout durant le stade 2 du sommeil profond. Et puis les ondes lentes delta de 0,5 \u00e0 4 Hz qui jouent un peu le r\u00f4le de chef d\u2019orchestre. Ces oscillations dans le cortex coordonnent le rythme des fuseaux du sommeil, ou spindels en anglais, qui elles-m\u00eames coordonnent l\u2019activit\u00e9 des complexes \u00ab sharp waves-ripples \u00bb en provenance de l\u2019hippocampe. Et c\u2019est <strong><a href=\"https:\/\/www.sciencedaily.com\/releases\/2015\/09\/150921133948.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #808080;\">l<\/span><\/a><a href=\"https:\/\/www.sciencedaily.com\/releases\/2015\/09\/150921133948.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #808080;\">e dialogue impliquant tous ces rythmes c\u00e9r\u00e9braux entre l\u2019hippocampe et le cortex en passant par le thalamus qui met en branle le processus de consolidation mn\u00e9sique durant la nuit<\/span><\/a><a href=\"https:\/\/www.sciencedaily.com\/releases\/2015\/09\/150921133948.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #808080;\">.<\/span><\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Est-ce qu\u2019on peut apprendre en dormant ? Ce d\u00e9sir d\u2019apprendre passivement durant la nuit et de se r\u00e9veiller trilingue le matin a aliment\u00e9 bien des fantasmes. 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