{"id":1559,"date":"2018-03-27T18:27:36","date_gmt":"2018-03-27T17:27:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.blog-lecerveau.org\/?p=7199"},"modified":"2022-01-04T21:08:38","modified_gmt":"2022-01-04T20:08:38","slug":"la-neurogenese-dans-le-cerveau-humain-adulte-remise-en-question","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/avance\/2018\/03\/27\/la-neurogenese-dans-le-cerveau-humain-adulte-remise-en-question\/","title":{"rendered":"La neurogen\u00e8se dans le cerveau humain adulte remise en question"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_1509\" style=\"width: 410px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-1509\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1509 \" title=\"neurogen\u00e8se gyrus dentel\u00e9\" src=\"https:\/\/www.blog-thebrain.org\/wp-content\/uploads\/neurogen\u00e8se-gyrus-dentel\u00e9.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"226\" \/><p id=\"caption-attachment-1509\" class=\"wp-caption-text\">Jeunes neurones (en vert) versus neurones matures (en rouge). Cr\u00e9dit image: Sorrells et al.<\/p><\/div>\n<p>Un article publi\u00e9 dans l\u2019\u00e9dition du 15 mars dernier de la revue <em>Nature<\/em> a fait grand bruit. Intitul\u00e9e \u00ab <strong><span style=\"color: #888888;\"><a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nature25975\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #888888;\">Human hippocampal neurogenesis drops sharply in children to undetectable levels in adults<\/span><\/a><\/span><\/strong>\u201d, elle remet en question plusieurs autres \u00e9tudes qui, depuis une d\u00e9cennie ou deux, avaient d\u00e9cel\u00e9 plusieurs signes de la naissance de nouveaux neurones durant toute la vie dans au moins une r\u00e9gion du cerveau humain, le <span style=\"color: #ff0000;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/a\/a_07\/a_07_cl\/a_07_cl_tra\/a_07_cl_tra.html\"><span style=\"color: #ff0000;\">gyrus dentel\u00e9 de l\u2019hippocampe<\/span><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Or l\u2019\u00e9tude de Shawn Sorrells et de ses 17 coll\u00e8gues du laboratoire d\u2019Arturo Alvares-Buylla arrive \u00e0 une toute autre conclusion. La neurogen\u00e8se serait bien pr\u00e9sente chez l\u2019enfant mais d\u00e9clinerait rapidement durant l\u2019adolescence et ne subsisterait au mieux qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tat de traces chez l\u2019adulte. Consid\u00e9rant l\u2019engouement et les espoirs qu\u2019avait suscit\u00e9 cette id\u00e9e que notre cerveau fabrique de nouveaux neurones durant toute notre vie, on comprend pourquoi cette \u00e9tude a suscit\u00e9 pas mal de r\u00e9actions. <!--more-->Surtout que l\u2019id\u00e9e de <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/capsules\/histoire_bleu05.html\"><span style=\"color: #008080;\">la neurogen\u00e8se dans le cerveau humain adulte avait elle-m\u00eame \u00e9branl\u00e9 un dogme d\u2019au moins un demi-si\u00e8cle<\/span><\/a><\/span> \u00e0 l\u2019effet que le cerveau humain adulte ne pouvait pas, justement, produire de nouveaux neurones.<\/p>\n<p>Mais des doutes avaient surgit d\u00e8s les ann\u00e9es 1960 avec les travaux de Joseph Altman au MIT. Celui-ci avait recueilli des indices de la formation de nouveaux neurones dans le cerveau de rongeurs adultes. La question demeura ensuite en suspens jusque dans les ann\u00e9es 1980, \u00e9poque o\u00f9 Fernando Nottebohm de la Rockefeller University prouva hors de tout doute qu\u2019il y avait bel et bien de la neurogen\u00e8se dans le cerveau de certains oiseaux adultes, notamment chez le canari apprenant de nouveaux chants. Arturo Alvares-Buylla avait d\u2019ailleurs contribu\u00e9 \u00e0 ces travaux en tant qu\u2019\u00e9tudiant dans le laboratoire de Nottebohm durant ces ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1990, de nombreux travaux <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2013\/07\/15\/lexercice-regulier-un-remede-contre-lanxiete\/\"><span style=\"color: #008080;\">comme ceux d\u2019Elizabeth Gould chez le rongeur<\/span><\/a><\/span>, avaient permis de confirmer la pr\u00e9sence et la sensibilit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne de neurogen\u00e8se \u00e0 certaines influences environnementales, <span style=\"color: #ff0000;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/a\/a_08\/a_08_cl\/a_08_cl_dep\/a_08_cl_dep.html\"><span style=\"color: #ff0000;\">le stress la diminuant<\/span><\/a><\/span> et l\u2019exercice l\u2019augmentant, par exemple. Des sp\u00e9cialistes de la d\u00e9pression ont aussi propos\u00e9 un mode d\u2019action des antid\u00e9presseurs comme le <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/i\/i_08\/i_08_m\/i_08_m_dep\/i_08_m_dep_isrs.html#3\"><span style=\"color: #008080;\">Prozac<\/span><\/a><\/span> qui <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/i\/i_08\/i_08_cl\/i_08_cl_dep\/i_08_cl_dep.html\"><span style=\"color: #008080;\">agirait en restaurant la neurogen\u00e8se dans l\u2019hippocampe<\/span><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Et puis, vers les ann\u00e9es 2000, des \u00e9tudes rapportant l\u2019existence de neurogen\u00e8se dans le cerveau humain adulte ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre publi\u00e9es, par exemple par l\u2019\u00e9quipe de Fred Gage du Salk Institute. Elles utilisaient diff\u00e9rentes techniques o\u00f9 l\u2019on tentait de marquer certaines prot\u00e9ines associ\u00e9es \u00e0 des neurones jeunes ou en train de se diviser. L\u2019une d\u2019entre elles, men\u00e9e par Jonas Fris\u00e9n en Su\u00e8de, mettait \u00e0 profit l\u2019isotope radioactif du carbone 14 incorpor\u00e9 en faible quantit\u00e9 dans l\u2019ADN de gens ayant v\u00e9cu durant les tests nucl\u00e9aires de la guerre froide et arrivait \u00e0 la conclusion que chaque hippocampe produisait environ 700 nouveaux neurones par jour.<\/p>\n<p>Mais toujours elles comportaient des risques d\u2019erreur inh\u00e9rents aux techniques utilis\u00e9es, que ce soit sur le type de prot\u00e9ine cibl\u00e9e, les risques qu\u2019elles ne soient pas des indices fiables de nouveaux neurones, ou simplement des erreurs sur le type de cellule \u00e9chantillonn\u00e9 (les <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/i\/i_01\/i_01_cl\/i_01_cl_ana\/i_01_cl_ana.html#2\"><span style=\"color: #008080;\">cellules gliales<\/span><\/a><\/span> qui c\u00f4toient les neurones pouvant, elle, se diviser durant tout la vie sans probl\u00e8me).<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte qu\u2019arrive donc <strong><span style=\"color: #808080;\"><a href=\"https:\/\/www.sciencedaily.com\/releases\/2018\/03\/180307141356.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #808080;\">cette \u00e9tude de l\u2019\u00e9quipe d\u2019 Arturo Alvares-Buylla<\/span><\/a><\/span><\/strong> qui porte sur 59 hippocampes tant d\u2019adultes que d\u2019adolescents et d\u2019enfants. C\u2019est un \u00e9chantillon consid\u00e9rable, d\u2019autant plus qu\u2019il comporte 22 gyrus dentel\u00e9s frais issus d\u2019ablations visant \u00e0 r\u00e9duire des crises d\u2019\u00e9pilepsie intraitables (le reste \u00e9tant constitu\u00e9 de cerveaux pr\u00e9lev\u00e9s apr\u00e8s la mort d\u2019individus les ayant l\u00e9gu\u00e9s \u00e0 la science). La force de cette \u00e9tude est d\u2019avoir pu d\u00e9montrer dans ces hippocampes d\u2019origines diverses \u00e0 la fois la pr\u00e9sence de neurogen\u00e8se chez l\u2019enfant et l\u2019absence chez l\u2019adulte avec la m\u00eame technique. Et chez l\u2019enfant, on a pu observer une baisse constante du taux de neurogen\u00e8se de la naissance \u00e0 l\u2019adolescence, passant de 1618 jeunes neurones par millim\u00e8tre cube dans les premiers mois de la vie \u00e0 \u00e0 peine 2,4 au d\u00e9but de l\u2019adolescence. Par la suite, plus rien chez l\u2019adulte, ni chez les cerveaux post-mortem, ni chez les tissus frais issus des ablations.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude note aussi que les cellules souches \u00e0 partir desquelles se diff\u00e9rencient les nouveaux neurones sont abondantes durant le d\u00e9veloppement pr\u00e9natal, mais chutent radicalement au d\u00e9but de l\u2019enfance, ne permettant pas la formation d\u2019une zone subgranulaire typique qui sert un peu de r\u00e9servoir aux nouveaux neurones et que l\u2019on rencontre chez les rongeurs.<\/p>\n<p>De l\u2019aveu m\u00eame d\u2019 Alvares-Buylla, apr\u00e8s avoir d\u00e9couvert de la neurogen\u00e8se dans le cerveau adulte de nombre d\u2019esp\u00e8ces, ce n\u2019est pas facile d\u2019en arriver \u00e0 la conclusion qu\u2019il ne semble pas y en avoir de traces d\u00e9tectables dans le cerveau humain adulte. Serait-ce alors quelque chose qui nous rendrait unique ? M\u00eame pas, en fait, car <strong><span style=\"color: #808080;\"><a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pubmed\/24178679\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #808080;\">une \u00e9tude publi\u00e9e en 2015 a montr\u00e9 qu\u2019il ne semble pas en avoir non plus chez les baleines et les dauphin<\/span><\/a><\/span><\/strong>s. L\u2019olfaction peu d\u00e9velopp\u00e9e chez ces mammif\u00e8res marins aux capacit\u00e9s cognitives complexes \u2013 deux caract\u00e9ristiques propres aux humains \u2013 <strong><span style=\"color: #808080;\"><a href=\"https:\/\/www.theatlantic.com\/science\/archive\/2018\/03\/do-adult-brains-make-new-neurons-a-contentious-new-study-says-no\/555026\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #808080;\">a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e comme piste possible pour comprendre cette absence<\/span><\/a><\/span><\/strong>. Chose certaine, le dossier n\u2019est pas clos et comme le soulignait Elizabeth Gould il faudra sans doute attendre le d\u00e9veloppement de nouvelles techniques pour confirmer ou infirmer l\u2019\u00e9tude de l\u2019\u00e9quipe d\u2019Alvares-Buylla qui marque toutefois sans nul doute un moment important de cette histoire.<\/p>\n<p>Cela dit, m\u00eame s\u2019il s\u2019av\u00e9rait que le cerveau humain adulte ne produit pas de nouveaux neurones, on en a toujours <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2010\/11\/15\/moins-de-cellules-gliales-quon-le-pretend\/\"><span style=\"color: #008080;\">pas loin de 86 milliards (et autant de cellules gliales<\/span><\/a><\/span>, dont les propri\u00e9t\u00e9s demeurent m\u00e9connues) qui peuvent recevoir jusqu\u2019\u00e0 plusieurs milliers de connexions d\u2019autres neurones. Des connexions que l\u2019on sait <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/i\/i_07\/i_07_cl\/i_07_cl_tra\/i_07_cl_tra.html\"><span style=\"color: #008080;\">tr\u00e8s plastiques<\/span><\/a><\/span>, plusieurs des v\u00f4tres, peu importe votre \u00e2ge, s\u2019\u00e9tant par exemple modifi\u00e9es depuis le d\u00e9but de la lecture de cet article. S\u2019il y a donc une chose que cette \u00e9tude ne remet pas en question, c\u2019est bien notre capacit\u00e9 d\u2019apprendre constamment durant toute notre vie\u2026 avec ou sans nouveaux neurones !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un article publi\u00e9 dans l\u2019\u00e9dition du 15 mars dernier de la revue Nature a fait grand bruit. 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