{"id":1435,"date":"2017-05-29T18:37:22","date_gmt":"2017-05-29T17:37:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.blog-lecerveau.org\/?p=6554"},"modified":"2022-01-04T21:09:58","modified_gmt":"2022-01-04T20:09:58","slug":"6554","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/avance\/2017\/05\/29\/6554\/","title":{"rendered":"Le cerveau pr\u00e9dictif du frappeur au baseball"},"content":{"rendered":"<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/RENLMum5wz4\" frameborder=\"0\" width=\"400\" height=\"300\"><\/iframe><\/p>\n<p>Depuis un certain nombre d\u2019ann\u00e9es maintenant, <span style=\"color: #ff0000;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/pop\/pop_pres\/14-%20Le%20codage%20pr%E9dictif%20(ou%20des%20pr%E9dictions%20probabilistes%20%E0%20tous%20les%20niveaux)%20-%20pour%20pdf.pdf\"><span style=\"color: #ff0000;\">les sciences cognitives consid\u00e8rent de plus en plus le cerveau comme une machine \u00e0 faire des pr\u00e9dictions<\/span><\/a><\/span>. Autrement dit, notre cerveau passerait le plus clair de son temps \u00e0 anticiper ce qui va se passer l\u2019instant d\u2019apr\u00e8s pour agir en cons\u00e9quence. On voit tout de suite la grande valeur adaptative d\u2019un tel processus.<\/p>\n<p>Le cadre th\u00e9orique d\u00e9taillant cette vision des choses est riche et assez nouveau, <strong><span style=\"color: #808080;\"><a href=\"http:\/\/journal.frontiersin.org\/article\/10.3389\/fnsys.2016.00079\/full\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #808080;\">bien que ses racines soient anciennes<\/span><\/a><\/span><\/strong>. Certains parlent m\u00eame d\u2019un \u00e9ventuel <strong><span style=\"color: #808080;\"><a href=\"http:\/\/www.academia.edu\/23492224\/Predictive_Processing_A_New_Paradigm_for_Cognitive_Science_s_\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #808080;\">changement de paradigme pour le d\u00e9crire<\/span><\/a><\/span><\/strong>, comme on a qualifi\u00e9 tour \u00e0 tour <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/pop\/pop_pres\/UTA%20Vau%20-%20cours%201%20-%20A-%20Multidisciplinarit%E9%20des%20sciences%20cognitives%20-%20B-%20%C9volution%20-%20hiv%202017%20-%20pour%20pdf.pdf\"><span style=\"color: #008080;\">les approches cognitivistes, connexionnistes ou dynamiques incarn\u00e9es depuis un demi-si\u00e8cle<\/span><\/a><\/span>. Mais ces mod\u00e8les font appel aux probabilit\u00e9s (de type bay\u00e9sien) et ne se laissent pas simplifier rapidement, au grand d\u00e9sarroi de l\u2019auteur de ces lignes qui voudrait vous en parler plus souvent mais n\u2019y arrive pas toujours.<\/p>\n<p>Or je suis tomb\u00e9 sur la vid\u00e9o ci-dessus d\u2019\u00e0 peine plus de deux minutes qui a priori n\u2019a rien \u00e0 voir avec ceci mais qui, au fond, en pr\u00e9sente les fondements d\u2019une fa\u00e7on on ne peut plus concr\u00e8te avec la question suivante : comment un joueur de baseball professionnel parvient-il \u00e0 frapper la balle?<!--more--><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pith\u00e8te \u00ab professionnel \u00bb est important ici car c\u2019est lui qui rend cette question peu banale. Savez-vous \u00e0 quelle vitesse un lanceur de baseball professionnel peut lancer une balle ? \u00c0 pr\u00e8s de 95 milles \u00e0 l\u2019heure (150 km\/h). Et quand la balle quitte la main du lanceur, il ne lui reste que 55 pieds (un peu moins de 17 m) \u00e0 parcourir. Cela veut dire que du lanceur au receveur, le trajet de la balle ne dure que 400 millisecondes.<\/p>\n<p>Or la vid\u00e9o explique qu\u2019il faut retrancher ensuite \u00e0 cette dur\u00e9e pr\u00e8s de 100 ms qui est le temps n\u00e9cessaire \u00e0 <span style=\"color: #ff9900;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/d\/d_02\/d_02_cr\/d_02_cr_vis\/d_02_cr_vis.html#2\"><span style=\"color: #ff9900;\">notre syst\u00e8me visuel<\/span><\/a><\/span> pour traiter tout stimulus. \u00c0 cela s\u2019ajoute les 150 ms que dure en moyenne le mouvement de la frappe et les 25 ms pour que la commande motrice se rende jusqu\u2019aux muscles. Cela ne laisse donc au frappeur qu\u2019un maigre 125 ms pour \u00e9valuer si la balle s\u2019en vient dans la zone des prises ou pas !<\/p>\n<p>C\u2019est donc un temps de r\u00e9action extr\u00eamement court puisque, comme le rappelle la vid\u00e9o, un bref clignement de nos yeux prend tout de m\u00eame de 300 \u00e0 400 ms\u2026 Comment le frappeur parvient-il alors quand m\u00eame \u00e0 souvent frapper la balle dans le terrain?<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse r\u00e9side en un mot : anticipation. \u00c0 au moins deux niveaux, comme l\u2019explique la vid\u00e9o. D\u2019abord le frappeur va \u00ab\u00a0prendre de l&rsquo;avance\u00a0\u00bb et commencer son \u00e9lan \u00e0 un moment o\u00f9 il a encore tr\u00e8s peu d\u2019information sur la trajectoire de la balle. Mais il ne peut \u00e9videmment utiliser ce truc trop t\u00f4t car apr\u00e8s une cinquantaine de millisecondes, l\u2019inertie du b\u00e2ton en mouvement fait qu\u2019il lui devient impossible d\u2019arr\u00eater son mouvement.<\/p>\n<p>L\u2019autre niveau est celui qui concerne davantage le \u00ab cerveau pr\u00e9dictif \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire cette capacit\u00e9 spontan\u00e9e que l\u2019on a d\u2019anticiper ce qui risque d\u2019advenir en fonction de nos interactions pr\u00e9alables avec le monde (engramm\u00e9es sous forme de \u00ab mod\u00e8les a priori \u00bb dont nos bons vieux pr\u00e9jug\u00e9s font partie\u2026). Dans le cas qui nous int\u00e9resse ici, on va \u00eatre capable d\u2019anticiper la position d\u2019une cible en mouvement \u00e0 partir d\u2019indices dans une fen\u00eatre temporelle extr\u00eamement courte. Ceci est bien d\u00e9montr\u00e9 par l\u2019effet \u00ab flash drag \u00bb pr\u00e9sent\u00e9 dans la vid\u00e9o : la direction du mouvement du background nous induit en erreur sur la position des points rouges et bleus (qu\u2019on a tendance \u00e0 voir dans la continuit\u00e9 du mouvement du background plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 leur position r\u00e9elle).<\/p>\n<p>Et c\u2019est ce m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne qui permettrait de comprendre comment le frappeur r\u00e9ussit \u00e0 placer son b\u00e2ton au bon endroit. Car en fait, le cerveau du frappeur commencerait \u00e0 anticiper la trajectoire de la balle avant m\u00eame qu\u2019elle n\u2019ait quitt\u00e9 la main du lanceur, seulement en consid\u00e9rant la dynamique de sa motion. Et bien s\u00fbr les premiers m\u00e8tres de la trajectoire de la balle vont informer pareillement ce m\u00e9canisme pr\u00e9dictif naturel de la position d\u2019un objet en mouvement. R\u00e9sultat : avec beaucoup d\u2019entra\u00eenement, un cerveau humain de joueur de baseball professionnel parvient \u00e0 r\u00e9aliser une t\u00e2che apparemment physiquement impossible !<\/p>\n<p>La vid\u00e9o rapporte aussi le commentaire fort \u00e0 propos du c\u00e9l\u00e8bre joueur de baseball Yogi Berra qui disait : \u00ab You can think and hit at the same time \u00bb (\u00ab Vous ne pouvez pas penser et frapper en m\u00eame temps. \u00bb). Une citation qui traduit bien l\u2019id\u00e9e que le frappeur <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/i\/i_12\/i_12_p\/i_12_p_con\/i_12_p_con.html#4\"><span style=\"color: #008080;\">ne s\u2019en remet pas \u00e0 un processus d\u00e9cisionnel conscient<\/span><\/a><\/span> (qui serait bien trop lent) pour r\u00e9ussir son exploit.<\/p>\n<p>Mais Berra \u00e9tait aussi connu pour ses aphorismes parfois absurdes ou tautologiques comme son c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0It ain&rsquo;t over &#8217;til it&rsquo;s over. \u00bb (\u00ab Ce n\u2019est jamais fini tant que ce n\u2019est pas fini. \u00bb). Une pens\u00e9e qu\u2019on se plait encore \u00e0 rappeler dans le merveilleux monde du sport, mais qui peut aussi d\u2019une certaine fa\u00e7on s\u2019appliquer \u00e0 notre connaissance du cerveau, et donc de nous-m\u00eame. Et c&rsquo;est sur cette r\u00e9flexion \u00e9pist\u00e9mologique des plus profondes que je vous dis \u00e0 la semaine prochaine&#8230; ;-P<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis un certain nombre d\u2019ann\u00e9es maintenant, les sciences cognitives consid\u00e8rent de plus en plus le cerveau comme une machine \u00e0 faire des pr\u00e9dictions. Autrement dit, notre cerveau passerait le plus clair de son temps \u00e0 anticiper ce qui va se passer l\u2019instant d\u2019apr\u00e8s pour agir en cons\u00e9quence. 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