{"id":1240,"date":"2016-05-02T19:28:30","date_gmt":"2016-05-02T18:28:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.blog-lecerveau.org\/?p=5311"},"modified":"2022-01-04T21:10:02","modified_gmt":"2022-01-04T20:10:02","slug":"on-nattrape-pas-une-balle-en-calculant-sa-trajectoire-mais-en-bougeant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/avance\/2016\/05\/02\/on-nattrape-pas-une-balle-en-calculant-sa-trajectoire-mais-en-bougeant\/","title":{"rendered":"On n\u2019attrape pas une balle en calculant sa trajectoire mais en bougeant"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignleft\" title=\"baseball\" src=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/wp-content\/uploads\/baseball.jpg\" alt=\"\" width=\"245\" height=\"236\" \/><\/p>\n<p>J\u2019aimerais vous parler aujourd\u2019hui d\u2019un probl\u00e8me classique tant pour le joueur de baseball que pour les gens en sciences cognitives. Et la fa\u00e7on dont le premier r\u00e9sout ce probl\u00e8me a aid\u00e9 les seconds \u00e0 mieux comprendre <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2011\/02\/07\/cognition-et-emotions-incarnees\/\"><span style=\"color: #008080;\">le r\u00f4le important du corps dans la cognition<\/span><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me est le suivant\u00a0: comment le joueur de baseball s\u2019y prend-t-il pour attraper une balle frapp\u00e9e haut dans les airs ? Surtout quand celui-ci est au champ centre et que la balle franchit une longue trajectoire parabolique l\u2019amenant \u00e0 tomber \u00e0 plusieurs m\u00e8tres du joueur. Comment fait-il pour calculer cette trajectoire et aller se placer en quelques secondes au bon endroit pour l\u2019attraper ? C\u2019est ce que l\u2019on d\u00e9signe par l\u2019expression consacr\u00e9e anglaise le \u00ab\u00a0outfielder problem\u00a0\u00bb (bon, si vous \u00eates plut\u00f4t un fan de soccer comme moi, imaginez plut\u00f4t un joueur qui r\u00e9ussit \u00e0 faire une t\u00eate sur le long d\u00e9gagement d\u2019un gardien de but\u2026).<!--more--><\/p>\n<p>Quiconque se rappelle un peu de ses cours de physiques sait que si l\u2019on conna\u00eet la vitesse de la balle qui quitte le b\u00e2ton du frappeur et l&rsquo;angle de sa trajectoire par rapport au sol, on peut, connaissant la force de gravit\u00e9 qui va s\u2019exercer sur sa trajectoire, calculer l\u2019endroit o\u00f9 elle va tomber (on n\u00e9gligerait ici l&rsquo;effet du frottement de l&rsquo;air et du vent sur la balle). Mais le joueur dans le fond de son champ centre ne peut pas conna\u00eetre ces param\u00e8tres, et encore moins avoir le temps d\u2019appliquer les formules math\u00e9matiques pour trouver la r\u00e9ponse et se d\u00e9placer au point de chute pr\u00e9vu de la balle.<\/p>\n<p>Comment fait-il alors pour aller se positionner au bon endroit ? Il va utiliser un truc tout simple\u00a0: il s\u2019arrange pour que la balle reste \u00e0 la m\u00eame place dans le ciel de son point de vue ! Si la balle monte, il recule tant qu\u2019elle monte. S\u2019il la voit descendre, il avance vers elle jusqu\u2019\u00e0 temps qu\u2019elle se stabilise au centre de son champ de vision. M\u00eame chose si elle va un peu \u00e0 gauche\u00a0: il bouge alors vers la gauche jusqu\u2019\u00e0 ce que la balle lui semble cesser son d\u00e9placement vers la gauche. Et vice-versa pour la droite.<\/p>\n<p>Et dans les derni\u00e8res fractions de seconde, s\u2019il est au bon endroit, il n\u2019a qu\u2019\u00e0 tendre le gant vers ce point de son champ visuel o\u00f9 il y a une balle qui ne bouge pas mais qui grossit de plus en plus (car elle se rapproche&#8230;). En anglais, on appelle cette op\u00e9ration \u00ab\u00a0optical acceleration cancellation\u00a0\u00bb, dans le sens o\u00f9 la personne cherche constamment, par son d\u00e9placement, \u00e0 annuler l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la balle per\u00e7ue dans son champ visuel.<\/p>\n<p>Si attraper une balle qui a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e tr\u00e8s haut dans le ciel peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un acte cognitif relativement \u00e9labor\u00e9, force est d\u2019admettre ici que ce n\u2019est pas <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/i\/i_12\/i_12_p\/i_12_p_con\/i_12_p_con.html#3\"><span style=\"color: #008080;\">en manipulant des symboles abstraits<\/span><\/a><\/span> que notre cerveau vient \u00e0 bout du probl\u00e8me. En fait, notre cerveau seul ne viendrait pas \u00e0 bout de ce probl\u00e8me. Il a besoin de s\u2019aider de la perception de la balle dans notre champ visuel et surtout du mouvement de notre corps. Les deux interagissant en temps r\u00e9el dans ce qu\u2019on appelle un cycle perception-action. \u00c0 tout moment, la perception dicte ainsi \u00e0 la personne quelle action elle doit faire pour qu&rsquo;il y ait ad\u00e9quation entre certains stimuli et un mod\u00e8le interne dont l\u2019entra\u00eenement a valid\u00e9 au fil du temps l\u2019efficacit\u00e9 (dans ce cas-ci, le fait de garder la balle immobile en un point de son champ visuel).<\/p>\n<p>Deux remarques en terminant. La premi\u00e8re concerne <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2014\/08\/04\/parler-agir-avec-un-corps-cerveau\/\"><span style=\"color: #008080;\">la nature \u00e9minemment incarn\u00e9e de la cognition<\/span><\/a><\/span> dans cet exemple. Le joueur ou la joueuse de baseball est un \u00eatre humain avec une vision frontale et des jambes permettant de se d\u00e9placer rapidement, et ce sont <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2011\/03\/14\/pourquoi-vous-netes-pas-seulement-votre-cerveau\/\"><span style=\"color: #008080;\">ces caract\u00e9ristiques corporelles qui sont partie prenante du processus cognitif<\/span><\/a><\/span> n\u00e9cessaire ici. Le cerveau seul \u00e9chouerait lamentablement \u00e0 cette t\u00e2che. Cognition incarn\u00e9e, donc, mais aussi situ\u00e9e dans un environnement que l\u2019on utilise en temps r\u00e9el (la position de la balle dans le ciel) pour r\u00e9ussir la t\u00e2che. On n&rsquo;est pas loin non plus d&rsquo;une conception <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2014\/12\/15\/lapproche-sensori-motrice-de-la-conscience\/\"><span style=\"color: #008080;\">\u00e0 la Kevin O&rsquo;Reagan o\u00f9 \u00ab la sensation est une fa\u00e7on d\u2019interagir avec le monde \u00bb.<\/span><\/a><\/span><\/p>\n<p>L\u2019autre remarque concerne le caract\u00e8re \u00ab\u00a0pr\u00e9dictif\u00a0\u00bb de cette t\u00e2che. En particulier le fait que la personne est toujours en train de \u00ab\u00a0corriger des erreurs\u00a0\u00bb par rapport \u00e0 un \u00ab\u00a0mod\u00e8le interne\u00a0\u00bb qu&rsquo;elle s&rsquo;est donn\u00e9e. En effet, afin d&rsquo;attraper la balle, on doit la garder immobile dans son champ visuel, et donc bouger pour annuler tout d\u00e9placement de la balle chaque fois que l\u2019input visuel ne correspond pas \u00e0 la pr\u00e9diction de ce mod\u00e8le o\u00f9 la balle ne doit pas bouger. Ce processus pr\u00e9dictif o\u00f9, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on va chercher \u00e0 corriger l\u2019erreur en provenance de nos sens, s\u2019inscrit dans ce qu\u2019on appelle le \u00ab\u00a0codage pr\u00e9dictif\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0predictive coding\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0predictive processing\u00a0\u00bb, en anglais).<\/p>\n<p>C\u2019est une approche ou, si l&rsquo;on veut, un <span style=\"color: #ff0000;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/a\/a_07\/a_07_s\/a_07_s_tra\/a_07_s_tra.html\"><span style=\"color: #ff0000;\">paradigme <\/span><\/a><\/span>r\u00e9cent et tr\u00e8s prometteur en sciences cognitives qui pourrait nous aider \u00e0 mieux comprendre les lienss entre la perception, la cognition et l\u2019action. Il puise toutefois ses racines dans une id\u00e9e simple et plus ancienne, celle que notre cerveau est fondamentalement une machine \u00e0 faire des pr\u00e9dictions (pour maintenir ultimement l&rsquo;organisme en vie).<\/p>\n<p>J\u2019aurai l\u2019occasion de vous en reparler ici dans quelques semaines puisque, ayant d\u00e9couvert cette litt\u00e9rature depuis peu, je me bats actuellement encore avec elle pour essayer d\u2019en saisir la \u00ab\u00a0substantifique moelle\u00a0\u00bb et \u00eatre capable de vous la pr\u00e9senter sans trop la trahir. Donc affaire \u00e0 suivre\u2026<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.psychologytoday.com\/blog\/cognition-without-borders\/201207\/the-embodied-cognition-the-baseball-outfielder\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #008080;\"><img loading=\"lazy\" style=\"border: 0pt;\" src=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/wp-content\/uploads\/i_lien.gif\" alt=\"i_lien\" width=\"15\" height=\"15\" \/> The Embodied Cognition of the Baseball Outfielder <\/span><\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/scienceblogs.com\/cognitivedaily\/2010\/01\/07\/how-baseball-and-softball-outf\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/wp-content\/uploads\/a_lien.gif\" alt=\"a_lien\" width=\"15\" height=\"15\" \/> <span style=\"color: #ff0000;\">The outfielder problem: The psychology behind catching fly balls<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019aimerais vous parler aujourd\u2019hui d\u2019un probl\u00e8me classique tant pour le joueur de baseball que pour les gens en sciences cognitives. 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