{"id":1173,"date":"2015-10-19T18:48:28","date_gmt":"2015-10-19T17:48:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.blog-lecerveau.org\/?p=4849"},"modified":"2022-01-04T21:10:04","modified_gmt":"2022-01-04T20:10:04","slug":"ces-molecules-qui-nous-font-courir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/avance\/2015\/10\/19\/ces-molecules-qui-nous-font-courir\/","title":{"rendered":"Ces mol\u00e9cules qui nous font courir"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/wp-content\/uploads\/runner.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-full wp-image-4850\" title=\"runner\" src=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/wp-content\/uploads\/runner.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"171\" \/><\/a>Qu\u2019est-ce qui relie le besoin de faire du sport, le plaisir que cela procure, et <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/i\/i_05\/i_05_p\/i_05_p_her\/i_05_p_her.html\"><span style=\"color: #008080;\">l\u2019imp\u00e9ratif de survie de nos lointains anc\u00eatres chasseurs-cueilleurs<\/span><\/a><\/span> ou m\u00eame des premi\u00e8res formes de vie animale ? Comme toujours en biologie, la fixation de certaines mol\u00e9cules sur leur r\u00e9cepteur joue ici un r\u00f4le de premier plan, comme le confirme une fois de plus les deux \u00e9tudes dont il sera question aujourd\u2019hui.<!--more--><\/p>\n<p>Mais juste avant de les r\u00e9sumer, rappelons-nous que l\u2019on peut toujours apporter deux r\u00e9ponses au genre de question qui introduit ce billet : <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/i\/i_01\/i_01_p\/i_01_p_fon\/i_01_p_fon.html\"><span style=\"color: #008080;\">distales et proximales<\/span><\/a><\/span>. Les causes distales sont les raisons ultimes, en termes d\u2019\u00e9volution, qui nous poussent \u00e0 agir. Dans le cas pr\u00e9sent, ce qu\u2019il faut voir, c\u2019est que faire du jogging aujourd\u2019hui est l\u2019\u00e9quivalent de traquer du gibier ou de chercher des arbres fruitiers \u00e0 l\u2019\u00e9poque de nos anc\u00eatres chasseurs-cueilleurs, c\u2019est-\u00e0-dire durant plus de 99% du temps qu\u2019a dur\u00e9 <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/capsules\/histoire_bleu03.html\"><span style=\"color: #008080;\">l\u2019hominisation<\/span><\/a><\/span> (quelques millions d&rsquo;ann\u00e9es) compar\u00e9 \u00e0 l\u2019Histoire humaine depuis l\u2019invention de l\u2019\u00e9criture ou m\u00eame le d\u00e9but de l&rsquo;agriculture il y a 5 ou 10 000 ans. Et donc durant tout ce temps, une pression s\u00e9lective s\u2019est op\u00e9r\u00e9e qui a fait en sorte que les individus qui n\u2019\u00e9taient pas suffisamment motiv\u00e9s pour se botter le derri\u00e8re et courir dans le froid apr\u00e8s leur prochain repas n\u2019ont pas laiss\u00e9 beaucoup de descendants ! Par cons\u00e9quent, nous sommes, nous, les descendants des plus motiv\u00e9s parce que probablement aussi les plus euphoriques et relaxes apr\u00e8s leur chasse fructueuse. Et ce sont donc leurs g\u00e8nes dont nous avons h\u00e9rit\u00e9s.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, le niveau d\u2019explication proximal est celui des m\u00e9canismes et des motivations per\u00e7ues qui nous poussent aujourd\u2019hui \u00e0 agir. Dans le cas de la pratique sportive, c\u2019est le souvenir du bien-\u00eatre euphorique qu\u2019il apporte qui nous convainc de chausser nos chaussures de course m\u00eame s\u2019il commence \u00e0 neiger dehors. Et cette motivation bas\u00e9e sur le souvenir d\u2019un plaisir anticip\u00e9, on commence \u00e0 en conna\u00eetre des \u00e9tapes cl\u00e9s au niveau mol\u00e9culaire.<\/p>\n<p>On a ainsi d\u00e9couvert il y a un bon demi-si\u00e8cle ce qu\u2019on a d\u2019abord appel\u00e9 <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/i\/i_03\/i_03_cr\/i_03_cr_que\/i_03_cr_que.html\"><span style=\"color: #008080;\">le faisceau de la r\u00e9compense ou du plaisir<\/span><\/a><\/span> (MFB, en anglais \u00e0 l\u2019origine) et qui s\u2019est ensuite complexifi\u00e9 en un r\u00e9seau comportant de nombreuses structures c\u00e9r\u00e9brales dont le c\u0153ur est <span style=\"color: #ff9900;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/d\/d_03\/d_03_cr\/d_03_cr_que\/d_03_cr_que.html\"><span style=\"color: #ff9900;\">le circuit reliant l\u2019aire tegmentale ventrale au noyau accumbens<\/span><\/a><\/span>, mais qui implique \u00e9galement <span style=\"color: #ff0000;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/a\/a_03\/a_03_cr\/a_03_cr_que\/a_03_cr_que.html\"><span style=\"color: #ff0000;\">plusieurs autres r\u00e9gions<\/span><\/a><\/span> comme l\u2019amygdale ou le cortex pr\u00e9frontal. Des travaux r\u00e9cents, comme ceux de Salah el-Mestikawy et ses coll\u00e8gues d\u00e9crits dans le premier lien ci-dessous raffinent notre compr\u00e9hension en s&rsquo;int\u00e9ressant \u00e0 une classe particuli\u00e8re d\u2019interneurones du noyau accumbens. Ces interneurones utilisent deux neurotransmetteurs, l\u2019ac\u00e9tylcholine pour augmenter la sensation de plaisir et le glutamate pour la diminuer. Ceci montre comment les choses peuvent \u00eatre plus complexes que l\u2019ancienne vision des choses o\u00f9 un neurone utilisait un seul neurotransmetteur et \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme excitateur ou inhibiteur selon la nature de ce neurotransmetteur. On a ici, par exemple, du glutamate, neurotransmetteur excitateur par excellence dans le cortex, qui produit une inhibition !<\/p>\n<p>Mais revenons aux deux m\u00e9canismes mol\u00e9culaires dont je voulais vous parler (c\u2019est tellement facile d\u2019\u00eatre happ\u00e9 par la complexit\u00e9 du cerveau\u2026). Le premier aide \u00e0 comprendre pourquoi on a le go\u00fbt de s\u2019extirper de notre confort pour aller faire du sport et le second pourquoi on se dit apr\u00e8s (et qu\u2019on va se rappeler) qu\u2019on a bien fait.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans le m\u00eame premier lien ci-dessous qu&rsquo;un encadr\u00e9 expose le m\u00e9canisme par lequel nos cellules adipeuses s\u00e9cr\u00e8tent une hormone, la leptine, qui lorsqu\u2019elle se fixe sur des r\u00e9cepteurs que poss\u00e8dent les neurones de l\u2019aire tegmentale ventrale, va amener ceux-ci (par une cha\u00eene biochimique remontant jusqu\u2019au g\u00e8ne STAT3 dans le noyau de ces neurones) \u00e0 rel\u00e2cher moins de <a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/d\/d_03\/d_03_m\/d_03_m_que\/d_03_m_que.html\">dopamine <\/a>dans le noyau accumbens. On a donc un m\u00e9canisme qui a son origine dans nos cellules adipeuses (nos r\u00e9serves de gras) capable de moduler notre faisceau du plaisir. Comme l\u2019explique Stephanie Fulton qui travaille sur ce m\u00e9canisme, on a l\u00e0 un m\u00e9canisme capable de renseigner le cerveau sur les r\u00e9serves \u00e9nerg\u00e9tiques stock\u00e9es dans le gras de notre corps. Et quand ces r\u00e9serves sont suffisantes, la leptine va diminuer l\u2019urgence de se nourrir mais aussi la motivation \u00e0 courir, activit\u00e9 qui fut longtemps associ\u00e9e \u00e0 la marche ou la course n\u00e9cessaire \u00e0 la recherche de nourriture.<\/p>\n<p>Les souris dont l\u2019action de la leptine a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sactiv\u00e9e par manipulations g\u00e9n\u00e9tiques choisissent donc d\u2019aller courir dans une roue plus souvent que les autres. Et des \u00e9tudes ant\u00e9rieures ont montr\u00e9 que les athl\u00e8tes obtenant les meilleurs temps au marathon ou les gens qui font de l\u2019exercice de fa\u00e7on compulsive \u00e9taient aussi ceux qui pr\u00e9sentaient les plus bas taux de leptine. Des taux parfois m\u00eame plus bas que ceux qui devraient correspondre \u00e0 la quantit\u00e9 de tissu adipeux de leur corps, ce qui pourrait expliquer en partie leur envie irr\u00e9pressible de faire du sport.<\/p>\n<p>L\u2019autre \u00e9tude, celle de Johannes Fuss et ses coll\u00e8gues, remet en question le r\u00f4le pr\u00e9dominant que l\u2019on attribue habituellement aux endorphines dans le sentiment de bien-\u00eatre suite \u00e0 la pratique intense d\u2019une activit\u00e9 sportive. Le \u00ab runner\u2019s high \u00bb (expression anglaise consacr\u00e9e pour d\u00e9crire ce ph\u00e9nom\u00e8ne) est en fait compos\u00e9 de plusieurs ph\u00e9nom\u00e8nes concomitants dont le sentiment d\u2019euphorie, <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2013\/07\/15\/lexercice-regulier-un-remede-contre-lanxiete\/\"><span style=\"color: #008080;\">une baisse d\u2019anxi\u00e9t\u00e9<\/span><\/a><\/span>, une analg\u00e9sie \u00e0 la douleur et un effet s\u00e9datif d\u2019apaisement.<\/p>\n<p>Or l\u2019exercice augmente le niveau sanguin des <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/i\/i_03\/i_03_m\/i_03_m_dou\/i_03_m_dou.html#2\"><span style=\"color: #008080;\">b\u00eata-endorphines<\/span><\/a><\/span> mais \u00e9galement de <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/i\/i_03\/i_03_m\/i_03_m_par\/i_03_m_par_cannabis.html\"><span style=\"color: #008080;\">l\u2019anandamide<\/span><\/a><\/span>, une substance endocannabino\u00efde (notre analogue naturel au THC du cannabis). En utilisant diff\u00e9rentes technique, l\u2019\u00e9quipe de Fuss a pu montrer chez la souris que ce sont les r\u00e9cepteurs de l\u2019anandamide qui sont responsables de la baisse d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et de l\u2019analg\u00e9sie \u00e0 la douleur. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, la baisse d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 serait li\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sence des r\u00e9cepteurs CB1 de l\u2019anandamide dans les neurones au GABA du cortex pr\u00e9frontal, alors que la r\u00e9duction de la douleur serait quant \u00e0 elle associ\u00e9e \u00e0 l\u2019activation de r\u00e9cepteur CB1 et CB2, mais dans le syst\u00e8me nerveux p\u00e9riph\u00e9rique cette fois.<\/p>\n<p>Des r\u00e9sultats qui confirment pourquoi <span style=\"color: #ff9900;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/d\/d_03\/d_03_m\/d_03_m_dou\/d_03_m_dou.html#2\"><span style=\"color: #ff9900;\">des subtances v\u00e9g\u00e9tales dont la forme co\u00efncide avec certains de nos r\u00e9cepteurs naturels<\/span><\/a><\/span> (les opiac\u00e9s pour les r\u00e9cepteurs aux endorphines, le THC pour nos r\u00e9cepteurs \u00e0 l\u2019anandamide) ont un effet psychotrope. Et pourquoi on peut r\u00e9ellement parler <span style=\"color: #ff9900;\"><a href=\"http:\/\/lecerveau.mcgill.ca\/flash\/d\/d_03\/d_03_p\/d_03_p_par\/d_03_p_par.html#2\"><span style=\"color: #ff9900;\">d\u2019addiction<\/span><\/a><\/span> au sport. Une addiction qui a des origines \u00e9volutives anciennes qui se sont av\u00e9r\u00e9es fort b\u00e9n\u00e9fiques. Et qui, si elle n\u2019est pas excessive comme le montrent <span style=\"color: #008080;\"><a href=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/blog\/2015\/09\/28\/ce-qui-est-bon-pour-le-cerveau-en-6-points-dont-3-encore-confirmes\/\"><span style=\"color: #008080;\">d\u2019innombrables \u00e9tudes<\/span><\/a><\/span>, le sont encore aujourd\u2019hui parce qu\u2019on a essentiellement le m\u00eame corps et le m\u00eame cerveau !<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.ledevoir.com\/societe\/science-et-technologie\/452830\/prisonnier-de-sa-dependance\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #008080;\"><img loading=\"lazy\" style=\"border: 0pt;\" src=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/wp-content\/uploads\/i_lien.gif\" alt=\"i_lien\" width=\"15\" height=\"15\" \/> Prisonnier de sa d\u00e9pendance &amp; Le plaisir de courir<\/span><\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.pnas.org\/content\/early\/2015\/09\/29\/1514996112.abstract\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #008080;\"><img loading=\"lazy\" style=\"border: 0pt;\" src=\"https:\/\/www.blog-lecerveau.org\/wp-content\/uploads\/a_exp.gif\" alt=\"a_exp\" width=\"15\" height=\"15\" \/> <span style=\"color: #ff0000;\">A runner\u2019s high depends on cannabinoid receptors in mice<\/span><\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qu\u2019est-ce qui relie le besoin de faire du sport, le plaisir que cela procure, et l\u2019imp\u00e9ratif de survie de nos lointains anc\u00eatres chasseurs-cueilleurs ou m\u00eame des premi\u00e8res formes de vie animale ? 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