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Mardi, 22 janvier 2019
Pourquoi l’oubli peut vous sauver la vie

Quand on parle de la mémoire humaine, on a toujours l’impression, implicitement, que plus égalerait mieux. Mais voilà que de plus en plus de neurobiologistes affirment le contraire : oublier permet de nous rendre plus efficace ! Deux questions importantes surgissent alors : 1) oublier quoi ? et 2) plus efficace pour quoi ? C’est ce que tente d’expliquer l’article du blogueur scientifique Tom Siegfried publié la semaine dernière sous le titre « Why forgetting may make your mind more efficient ». Oublier, donc. Mais quoi au juste ?

En gros, tous les détails qui ne sont pas essentiels. Siegfried donne l’exemple d’un chien qui vous aurait déjà attaqué dans un parc. Si votre mémoire conserverait les moindres détails au sujet du chien (taille, couleur, longueur du pelage, des pattes, etc.) et du parc (sur le sentier de roche, près d’un banc, sous un grand arbre, etc.) il est possible que vous ne généraliseriez pas à d’autres chiens et à d’autres lieux une peur prudente qui vous évitera sans doute une seconde morsure. Votre humble serviteur qui s’était déjà fait sauter dessus par un chien alors qu’il était à la maternelle sait trop bien que c’est cette généralisation par oubli des détails superflus qui s’effectue en nous et permet, des décennies plus tard, d’entretenir spontanément une certaine prudence envers les chiens. Une prudence des plus adaptatives quand on y pense deux minutes. Si vous n’êtes pas convaincu, changez le chien pour un lion et l’auteur de ces lignes pour une gazelle. Vous comprendrez pourquoi l’évitement d’un point d’eau par la gazelle lorsqu’elle perçoit le moindre signal de félin pourra faire une différence entre la vie (et des descendants ayant hérité de ces mécanismes d’oubli et de généralisation) et la mort (des individus ayant une super mémoire des détails qui ne se sont pas méfié de ces signaux car ils ne correspondaient pas exactement à ceux qu’ils avaient mémorisés…).

Cela nous amène naturellement à répondre à la deuxième question : plus efficace pour quoi ? Pour prédire le meilleur comportement à adopter dans telle ou telle situation, tout simplement. Le neurobiologiste français Alain Berthoz disait déjà, il y a de nombreuses années :

« La mémoire du passé n’est pas faite pour se souvenir du passé, elle est faite pour prévenir le futur. La mémoire est un instrument de prédiction. »

Et j’ai parlé ici à plusieurs reprises, dont une juste avant les Fêtes, de toute cette mouvance en neurosciences où l’on considère le cerveau d’abord et avant tout comme une machine à faire constamment des prédictions. Pour le dire comme la neuroscientifique Maria Wimber dans l’article de Siegfried, le problème qui surgit lorsque l’on accumule les détails est celui de « l’overfitting » qui est l’inverse d’un bon modèle assez général pour être capable de s’accommoder de nombreuses situations similaires.

Tranquillement donc, différentes pièces du puzzle commencent à s’assembler pour laisser entrevoir une conception du cerveau qui s’éloigne des mauvaises métaphores informatiques et s’enracine dans une perspective évolutive qui met l’accent sur l’importance de l’action. Oublier les détails pour mieux généraliser et donc mieux agir permet, à long terme et en moyenne (pour employer une précision chère à Friston et Cie), de maintenir son organisme à l’intérieur des limites physiologiques de la viabilité, bref de ne pas crever prématurément !

Un petit bémol en terminant à propos du schéma de l’article de Siegfried visant à illustrer comment les engrammes mnésiques se forment et peuvent disparaître. Je préfère de loin l’illustration d’un article de Rodrigo Quian Quiroga où l’on évoque fort bien ce à quoi pourrait ressembler une assemblée de neurones sélectionnées formant l’engramme d’un souvenir de Luke Skywalker. Ou encore, la première illustration de l’article de 2015 de Sheena A. Josselyn et Paul W. Frankland, Finding the engram (et dont une partie illustre ce billet), les deux neurobiologistes dont l’article de revue de 2018, Memory Allocation: Mechanisms and Function, est cité comme référence par Siegfried.

Au coeur de la mémoire | Pas de commentaires


Lundi, 14 janvier 2019
Faut-il avoir peur du sucre et de l’intelligence artificielle ?

Je voudrais cette semaine essayer de faire quelques liens entre deux sujets qui ne semblent pas en avoir de prime abord : le sucre et l’intelligence artificielle (IA). Plus précisément, d’une part, la trop grande quantité de sucre de la nourriture industrielle qui a quelque chose d’effrayant tellement on découvre à quel point elle est néfaste pour la santé (directement ou par l’excès calorique qu’elle entraîne). Et d’autre part une seconde peur, celle d’une IA qui serait en train de s’immiscer à notre insu dans tous les domaines de nos vies, soumettant imperceptiblement celles-ci à ses algorithmes productivistes et de contrôle social. (Lire la suite…)

Le bricolage de l'évolution | Pas de commentaires


Lundi, 7 janvier 2019
Une nouvelle voie neuroanatomique au cortex visuel (plus deux outils pédagogiques)

Pour débuter cette année 2019 (que je vous souhaite excellente), un menu varié : d’abord la pièce de résistance avec une découverte récente démontrant une fois de plus que le cerveau n’a jamais fini de nous étonner; ensuite un outil de référence en neuroanatomie; et finalement un rappel à propos de « l’École des profs ».

La science ne prend donc pas de vacances. C’est ainsi qu’il y a quelques jours, le 4 janvier 2019, le site d’alertes neuroscientifiques Neuroscience News attirait mon attention avec ce titre accrocheur : « Surprise Discovery Reveals Second Visual System in Cerebral Cortex: Mouse Study ». Un second système visuel dans le cortex de souris, rien que ça ! Mais où était-il durant toutes ces décennies de recherche sur la vision, sans doute le système sensoriel le plus étudié ? C’est le genre de cas où il faut rentrer un peu dans les détails pour comprendre de quoi il s’agit exactement… (Lire la suite…)

Les détecteurs sensoriels | Pas de commentaires