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Mardi, 20 février 2018
On ne peut pas parler de personnalités « cerveau droit » ou « cerveau gauche »

J’ai déjà abordé ici cette idée (malheureusement) fort répandue que certaines personnes seraient plus « cerveau droit » et d’autres « cerveau gauche », les premières étant soi-disant plus créatives et les secondes plus rationnelles. À partir de l’article « An Evaluation of the Left-Brain vs. Right-Brain Hypothesis with Resting State Functional Connectivity Magnetic Resonance Imaging » publié en 2013 dans la revue Plos One, on avait pu constater que ces affirmations n’étaient pas corroborées par cette étude de connectivité cérébrale effectuée sur plus de 1000 individus.

Nous n’avons donc pas plus de voies nerveuses connectées dans un hémisphère que dans l’autre et les deux hémisphères travaillent en étroite collaboration. Ce qui, comme je le rappelais et comme le notent aussi Dave Farina et Joel Frohlich dans leur récent billet « No, You’re Not Left-Brained or Right-Brained », ne veut pas dire que certains réseaux cérébraux ne soient pas plus latéralisés dans un hémisphère que dans l’autre. L’étude de 2013 identifiaient d’ailleurs une vingtaine de ces réseaux dont les principaux « hubs » (ou nœuds) étaient localisés davantage dans un hémisphère que dans l’autre.

On pense bien sûr tout de suite aux fonctions langagières dont les réseaux associés à la syntaxe sont latéralisés à gauche pour plus de 9 personnes sur 10 environ. Mais aussi par exemple au réseau du mode par défaut, dont on a parlé ici la semaine dernière et l’autre d’avant, qui ne serait pas parfaitement symétrique mais impliquerait davantage de régions de l’hémisphère gauche. Et l’inverse pour des régions impliquées dans le réseau de contrôle de l’attention, un peu plus prédominantes dans l’hémisphère droit.

Bref, rien n’est simple (ô surprise…) et suffit de lire ne serait-ce que quelques lignes d’une étude comme celle-ci pour se rendre compte de toutes les nuances et questions qui surgissent dès qu’on se donne la peine de rentrer un peu dans la complexité du cerveau (et le dernier paragraphe de leur introduction en soulève plusieurs bonnes).

Au sujet de l’origine de cette croyance en des personnalités « cerveau droit » ou « cerveau gauche », Farina et Frohlich évoquent les travaux désormais classique de Roger Sperry et Michael Gazzaniga avec les patients au cerveau divisé. Pour réduire leurs crises d’épilepsie, on leur avait sectionné le gros faisceau de fibres nerveuses, le corps calleux, reliant les deux hémisphères cérébraux. Et selon l’interprétation que donnaient Sperry et Gazzaniga à leurs expériences avec ces patients à cerveau divisé, ces personnes se comportaient comme si elles avaient deux consciences indépendantes qui ne communiquaient pas entre elles.

Farina et Frohlich ne mentionnent cependant pas les expériences similaires de Yair Pinto effectuées sur deux patients à cerveau divisé et publiées l’année dernière. Pour Pinto, la perception de ses patients est bien divisée, mais pas leur conscience. C’est la nuance qu’il met de l’avant à la lumière de ses résultats (dont on peut voir un schéma en haut du billet que j’ai consacré à cette étude). Une nuance discutable et discutée, et en premier lieu par Pinto lui-même qui admet que des mécanismes compensatoires où même des changements structuraux dus à la plasticité cérébrale ont pu rétablir une certaine communication entre les deux hémisphères (l’opération remontant à de nombreuses années).

Reste que la littérature sur les patients à cerveau divisé peut, si l’on va vite et que l’on coupe les coins ronds, alimenter le mythe qu’il y aurait des personnes avec un hémisphère plus influent qui déterminerait leur type de personnalité. Ainsi, V.S. Ramachandran rapporte qu’il avait demandé à des sujets à cerveau divisé s’ils croyaient en Dieu. Les patients répondaient en pointant les mots « oui » ou « non » (ce que l’hémisphère droit peut tout aussi bien faire que le gauche). Sauf que la main gauche, contrôlée par l’hémisphère droit, pointait qu’elle croyait en Dieu, alors que de l’autre main, celle contrôlé par l’hémisphère gauche, le sujet affirmait ne pas y croire… Comme quoi les compétitions neuronales inconscientes qui débouchent sur nos décisions conscientes se révélaient pour le moins intense à l’intérieur de ces sujets ! Ou peut-être devrait-on dire de ces multiples « soi » divisés que la configuration particulière de ces cerveaux met en évidence.

Chose certaine, dans un cerveau au corps calleux intacte, le sentiment d’un soi unique peut bien être une construction narrative plus ou moins virtuelle, il n’en demeure pas moins que nous sommes de véritables « ambidextres » en termes d’utilisation constante de ces deux hémisphères.

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Mardi, 13 février 2018
Gradients corticaux (bis), hypnose et intelligence artificielle

Comme je vous l’avais promis la semaine dernière, avant de vous parler de deux cours de l’UPop Montréal qui risquent fort d’intéresser les lecteurs et lectrices de ce blogue, je reviens brièvement sur cet article qui vient tout juste de paraître (janvier 2018) dans Trends in Cognitive Sciences (TICS) et qui s’intitule «Large-Scale Gradients in Human Cortical Organization». (Lire la suite…)

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Mardi, 6 février 2018
Nos réseaux cérébraux s’inscrivent dans un gradient « unimodal – multimodal »

J’aimerais vous parler cette semaine d’un article publié en 2016 dans la revue PNAS parce qu’il fait quelque chose de très précieux en science : montrer la convergence de deux corpus de données en un seul phénomène. Et ce faisant, donner à comprendre certaines choses qui étaient moins claires auparavant. Explications…

L’article écrit par Daniel S. Margulies et ses (nombreux) collègues (ils sont 12 co-auteurs) s’intitule « Situating the default-mode network along a principal gradient of macroscale cortical organization ». Ce titre annonce bien l’essence de leur travail : situer le réseau du mode par défaut à l’intérieur d’un gradient organisationnel à large échelle dans le cortex cérébral. Bon. Ça demande encore quelques clarifications… (Lire la suite…)

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