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Mardi, 30 janvier 2018
Notre santé physique et mentale : une question plus politique qu’on pense

Après avoir commencé l’année avec quelques billets un peu “pointus” sur des aspects computationnels des neurones, puis épistémologiques de la personne et philosophiques du vivant, j’avais promis de revenir vers des questions un peu plus générales. Et comme on est sur un site qui aspire à couvrir « tous les niveaux », on se posera une question toute simple cette semaine à propos de l’organisation sociale dans laquelle évoluent les individus de notre espèce : à quel point la pauvreté et l’isolement social nuisent-elles à la santé physique et mentale d’un être humain ?

On le sait aujourd’hui, le cerveau est le corps ne font qu’un. Il n’est donc pas surprenant que ce qui affecte l’un ait des effets sur l’autre. Mais on arrive aujourd’hui à un point où l’on se rend compte que la pauvreté et la solitude, avec tous les sévices psychiques qui viennent avec, seraient peut-être, considérés ensemble, comme ce qu’il y a de plus néfaste pour l’équilibre biologique d’une personne humaine ! Et sans entrer dans le détail de toutes les chaînes causales derrière les pathologies reliées à ces conditions sociales difficiles, disons que le stress chronique y joue un rôle majeur.

Autrement dit, la pauvreté et l’exclusion sociale ne sont plus seulement un enjeu moral mais bien un enjeu de santé publique. C’est le message qu’envoie le Dr. Gary Bloch, médecin torontois, dans sa conférence TEDx intitulée : « If You Want to Help Me, Prescribe Me Money« . Il appelle d’une part ses collègues à aborder très tôt dans leurs entretiens avec leurs patients la question de leurs moyens de subsistance. Car vivre avec moins de 630$ par mois pour une personne seule apte au travail au Québec par exemple, c’est n’avoir que quelques dollars par jour pour se nourrir. Impossible de bien s’alimenter dans des conditions pareilles. Alors on achète de la bouffe industrielle pas chère, avec tout le sucre est les autres substances nocives pour la santé qu’elle contient.

Gary Bloch incite aussi les médecins à créer des réseaux d’information et d’entraide tant entre médecins qu’entre personnes en situation de précarité, question de recréer au plus vite du lien social pour ces personnes souvent isolées. Et surtout, il en appel à faire pression sur les instances gouvernementales pour qu’elles reconnaissent que la pauvreté rend malade et qu’ils ont la responsabilité de s’attaquer de front à ce problème.

Une étude qui vient tout juste d’être publiée dans le Journal de l’Association médicale canadienne par Daniel Dutton et ses collègues montre d’ailleurs qu’investir dans les mesures sociales qui font reculer la pauvreté aurait un plus grand impact que des hausses dans les budgets du système de santé pour améliorer la santé des Canadien.nes.

Les déterminants sociaux de la santé sont souvent ramenés à de simples bonnes habitudes de vie au niveau personnel comme faire du sport et avoir une bonne alimentation. C’est vrai que c’est bon pour la santé, mais il n’y a pas que ça. Si l’on veut véritablement réduire l’écart dans l’espérance de vie entre une personne vivant dans un quartier favorisé et défavorisé (il est encore de 9 ans entre certains quartiers de Montréal), il faudra que les gouvernements prennent au sérieux les études comme celle de Daniel Dutton et redistribuent de l’argent vers les services sociaux qui aident concrètement les gens à se sortir de la pauvreté.

Même chose pour l’isolement social, souvent lié à la pauvreté d’ailleurs, dont on connaît les effets délétères sur l’espérance de vie depuis au moins la fin des années 1980. Des effets nocifs qui ont été confirmés en 2015 par une méta-analyse de 148 études réalisées sur plus de 300 000 personnes. Cette étude conclut que vivre seul avec peu de contact avec sa communauté serait aussi toxique pour l’être humain que le tabagisme, l’alcoolisme, l’obésité ou encore vivre sans activité physique !

En fait, les interactions sociales riches et de qualités avec des proches auraient plus d’impacts sur la santé que la génétique, l’argent, le type d’emploi ou même le taux de cholestérol. Bref, les liens sociaux sont de loin les facteurs les plus prédictifs de la santé d’une personne. Et travailler des heures de fou à un salaire de crève-faim juste pour assurer ses besoins de base devient si fatiguant mentalement (une étude publiée en 2013 dans la revue Science l’a bien démontré) que le temps pour des relations sociales de qualité s’en trouve forcément réduit.

Et nous voilà très vite plongés dans le merveilleux monde de la politique, avec ses lobbyistes et ses pouvoirs affairistes qui n’ont pas tout à fait les mêmes objectifs…

C’est ici où l’on se demande s’il ne faudrait pas aller une coche de plus dans la radicalité de ce discours si l’on est un tant soit peu lucide sur les forces socio-économiques qui influencent nos décideurs. Considérant comment le libéralisme économique creuse année après année l’écart entre les riches et les pauvres, ne faudrait-il pas bientôt un TED talk intitulé: « If You Want to Help Me, Destroy Capitalism ? ». Il faudrait à tout le moins commencer à reconnaître l’éléphant dans la pièce, l’appeler par son nom, et montrer que d’autres types de rapports sont possibles entre les gens.

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