Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

Malgré tous nos efforts (et malgré la reconnaissance de notre travail par les organismes approchés), nous ne sommes pas parvenus à trouver de nouvelles sources de financement. Nous nous voyons contraints de nous en remettre aux dons de nos lecteurs et lectrices pour continuer de mettre à jour et d'alimenter en contenu le blogue et le site.

Soyez assurés que nous faisons le maximum pour poursuivre notre mission de vulgarisation des neurosciences dans l'esprit premier d'internet, c'est-à-dire dans un souci de partage de l'information, gratuit et sans publicité.

En vous remerciant chaleureusement de votre soutien, qu'il soit moral ou monétaire,

Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Mardi, 18 septembre 2018
Un mécanisme de communication chez les plantes qui s’apparente au système nerveux

Un article au titre un peu intriguant a été publié la semaine dernière dans la revue Science : Nervous system-like signaling in plant defense. On y décrit la découverte d’un système de signalisation chez certaines plantes utilisant le glutamate lorsqu’elles sont attaquées par des herbivores. Le glutamate, un neurotransmetteur excitateur bien connu du cerveau des mammifères, se fixe alors sur un récepteur similaire à celui que l’on retrouve dans le système nerveux. Cela a pour effet d’augmenter la concentration de calcium circulant entre les cellules (rendue visible grâce à une protéine fluorescente), ce qui avertit en quelque sorte le reste de la plante que l’une de ses feuilles est en train de se faire manger. En quelques minutes seulement, la plante pourrait alors mettre en branle des mécanismes de défense pour protéger ses autres feuilles.

Ce parallèle entre ce nouveau système de signalisation mis en évidence chez les végétaux et des éléments biochimiques et fonctionnels similaires dans le système nerveux des animaux à en effet de quoi surprendre à première vue. La grande différence entre les plantes et les animaux ne vient-elle pas justement du fait que, les plantes étant capables de faire de la photosynthèse, n’ont qu’à se planter au soleil et à utiliser directement l’énergie des photons lumineux pour associer le carbone du CO2 de l’air avec l’eau et les sels minéraux provenant de la terre pour se développer. Elles n’ont donc pas besoin de se déplacer pour trouver l’énergie nécessaire à la fabrication de leurs constituants. Et n’ont donc que faire d’un système nerveux.

Du côté des animaux, on le sait, nous n’avons pas cette merveilleuse molécule de chlorophylle qui permet la photosynthèse. Nous n’avons donc pas le choix de percevoir notre environnement et de nous y déplacer pour trouver nos sources d’énergie. Et comme souvent ces sources d’énergies sont d’autres animaux qui se déplacent eux aussi, un système de signalisation très rapide a été privilégié par l’évolution chez les animaux : le système nerveux !

Nos neurones sont donc des cellules à l’origine comme les autres, avec une membrane, un noyau, des organites cellulaire comme les mitochondries, les ribosomes, etc. Mais nos cellules nerveuses ont raffiné un phénomène que l’on retrouve chez toutes les cellules : le fait d’avoir une différence dans la répartition des charges électriques de part et d’autres de la membrane cellulaire (dues à des ions et à d’autres plus grosses molécules). Ils l’ont raffiné dans le sens où nos neurones possèdent toutes sortes de canaux à travers cette membrane que les autres cellules ne possèdent pas et qui leur permettent de faire varier cette différence de potentiel électrique et de s’en servir comme mécanisme de communication ultra-rapide (de l’ordre de la fraction de seconde) que l’on appelle l’influx nerveux ou potentiel d’action.

Ayant la possibilité de faire de la photosynthèse, les plantes n’ont pas favorisé l’évolution de tels canaux et donc du système de communication ultra-rapide, le système nerveux, qui vient avec. Est-ce que cela veut dire que les cellules végétales ne communiquent pas entre elles ? Oh que non ! On le sait maintenant depuis des décennies, elles peuvent émettre toutes sortes substances volatiles capables de se répandre dans l’air et d’alerter d’autres plantes de la même espèce qu’un insecte est par exemple en train de les grignoter et qu’elles feraient mieux de commencer à synthétiser un poison contre lui si elle ne veulent pas y passer elles aussi. Et l’on sait maintenant, grâce à l’étude publiée dans Science la semaine dernière, que des molécules peuvent également être diffusées à l’intérieur de la plante elle-même et agir comme un système de communication quoique plus lent que l’influx nerveux (car plutôt de l’ordre de la minute, ce qui les rapproche peut-être davantage d’un signal hormonal d’ailleurs).

Dans cette perspective des nombreux mécanismes moléculaires qu’utilisent les cellules vivantes pour communiquer entre elle, le titre de l’article de Science apparaît peut-être maintenant un peu moins surprenant. Mais néanmoins tout aussi intéressant, car il ajoute une brique de plus à tout ce domaine en pleine ébullition des mécanismes de communication chez les plantes. La question de la « sentience » végétale avait même été abordée à la récente école d’été de l’Institut des sciences cognitives de l’UQAM avec une présentation de Frantisek Baluska intitulée « What a Plant Knows and Perceives ».

Cela rejoint aussi le travail d’un «neurobiologiste végétal» comme Stefano Mancuso qui expose dans cet entretient les fondements de cette approche. Approche qui rejoint aussi celle encore plus large d’un Evan Thompson par exemple. Celui-ci n’a-t-il pas intitulé l’un de ses ouvrages Mind in Life ? Et pas seulement Mind in Animal Nervous Systems…

Du simple au complexe, L'émergence de la conscience | Pas de commentaires


Mardi, 11 septembre 2018
Mieux apprendre en tenant compte du fonctionnement du cerveau

En ce début d’année scolaire, deux entrevues publiées mardi dernier ont attiré mon attention. Les deux soulèvent des points importants sur les méthodes d’apprentissage. Je voudrais donc en faire ressortir quelques éléments en ajoutant comme toujours des hyperliens pointant vers des sujets déjà traités ici.

La première personne interviewée dans le magazine L’Express est le neuroscientifique Stanislas Dehaene qui vient de publier un nouveau livre intitulé Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines. (Lire la suite…)

Au coeur de la mémoire | Pas de commentaires


Mardi, 4 septembre 2018
Est-ce que mieux comprendre comment fonctionne notre «corps-cerveau» peut aider à améliorer le monde ?

Bien que la chaleur accablante (32 degrés Celsius prévu demain à Montréal dans les prévisions météo) rend difficile de croire que l’été est déjà derrière nous, c’est bel et bien le cas ! Mais pour ce billet qui marque la rentrée automnale, je garderai un pied dans l’été puisque je vous présente le texte d’une présentation donnée à la fin du mois de juin dernier au Festival Virage de Sainte-Rose-du-Nord, dans la belle région québécoise du fjord du Saguenay. Il s’agissait de la 4e édition de cette formidable rencontre où conférences et ateliers sur la transition écologique et l’après-capitalisme sont tout aussi à l’honneur le jour que les spectacles de musique le soir.

J’en avais déjà parlé sur Éloge de la suite, mon site web consacré à la vie et l’œuvre d’Henri Laborit, puisque l’esprit de ce festival m’a rappelé celui d’un de mes livres préférés Laborit : « La société informationnelle. Idées pour l’autogestion ». J’avais d’ailleurs intitulé ma présentation, de manière un peu provocatrice à la Laborit, « Est-ce que mieux comprendre comment fonctionne notre « corps-cerveau » peut aider à améliorer le monde ? ». Comme le festival Virage était entièrement « low-tech » cette année (pas d’électricité sur le site) j’ai été obligé de délaisser mon traditionnel Power Point et j’avais écrit ma conférence pour essayer de ne pas trop me perdre en route (mais comme d’habitude, j’ai fait digression sur digression…).

J’ai profité de l’été pour inclure quelques images dans ce texte et c’est cette version illustrée que je vous propose ici cette semaine. (Lire la suite…)

Du simple au complexe | Pas de commentaires


Mardi, 28 août 2018
Des températures élevées favorisent les conflits de toutes sortes

« Avec la chaleur élevée, les esprits s’échauffent autour des conflits de communauté et des moyens de la lutte sociale »

Extrait du synopsis du film Do the Right Thing, Spike Lee, 1989.

Fin août, les vacances tirent à leur fin. Mais si l’on s’en tient qu’à la température, on se croirait à la mi-juillet ! Cet été fut en effet très chaud et, « si la tendance se maintient », on n’a encore rien vu : plusieurs modèles climatiques prévoient une hausse globale de 2 degrés Celsius au cours des quelques prochaines décennies. Cela m’a rappelé une étude citée par Alan Jasanoff lors de son passage à Brain Science dont je vous avais parlé ici il y a un mois. Et c’est avec ce sujet « chaud » que je terminerai ces billets estivaux.

Vers 31 :45 de l’entrevue, Jasanoff mentionne une étude de l’université Princeton établissant une solide corrélation entre une élévation de la température et l’augmentation des conflits, tant au niveau des individus que des groupes sociaux. (Lire la suite…)

Que d'émotions! | Pas de commentaires


Lundi, 20 août 2018
Se mettre à jour avec « l’École des profs » et faire avancer les neurosciences avec Mozak

Avant d’entrer dans le vif du sujet d’aujourd’hui, j’aimerais dire un mot sur les formations que j’offre à partir de ce site et de ce blogue.  J’ai par exemple eu le plaisir d’en donner une la semaine dernière au cégep de Thetford durant toute une journée. Ces « écoles de profs », comme je les appelle, donnent l’occasion à des profs de biologie, psychologie ou soins infirmiers (comme c’était le cas mercredi dernier, mais parfois aussi des profs de philosophie, sociologie, etc.) de se mettre un peu à jour en ce qui concerne les avancées récentes dans le vaste domaine des sciences cognitives.

J’ai peine à suivre cette effervescence avec mes billets de blogue hebdomadaires, alors imaginez un prof à temps plein avec plusieurs groupes au cégep ! C’est d’ailleurs comme ça que je justifie un peu cette petite « longueur d’avance » que j’essaie de leur faire partager. D’innombrables publications récentes sur l’épigénétique, le réseau du mode par défaut, le concept d’affordance ou de recyclage neuronal ou encore la technique révolutionnaire de l’optognénétique bousculent ainsi les grands paradigmes scientifiques sur lesquels on s’appuyait jusqu’ici pour comprendre la nature humaine. Et cela semble être apprécié si j’en juge par le mélange de ravissement et de doute qui transparaît souvent à la fin de ces journées. La notion d’aire spécialisée dans le cerveau est donc passablement dépassée malgré ce qu’en disent encore certaines monographies de référence (qui ont forcément des années de retard sur ce qui se publie chaque semaine) ? Dix nouvelles questions fascinantes surgissent alors, et bien que notre niveau de confusion augmente, il augmente pour des raisons plus intéressantes et plus importantes, comme le dit une citation que j’aime amener à la fin de ces journées… ;-)

Avant d’entrer dans le contenu du billet d’aujourd’hui, j’en profite donc, en ce début de session, pour offrir mes services pour de telles formations. Comme vous pouvez le voir sur ma page de l’École des profs, leur durée et leur contenu sont adaptables selon vos besoins. Et ces formations peuvent aussi s’adresser à d’autres publics que des profs, comme des professionnels de la santé (ostéopathes, éducateurs somatiques, etc.). Avec les petits dons que je reçois pour mes billets de blogue, ces conférences sont devenues mon gagne-pain après que le gouvernement conservateur au pouvoir en 2013 ait décidé de couper le financement qu’obtenait alors Le cerveau à tous les niveaux depuis dix ans. Mais malgré les soucis générés par cet événements, je dois dire que j’adore aujourd’hui rencontrer de « vrais cerveaux » pour échanger avec eux de neurosciences. De là à dire que je remercie Stephen Harper, il n’y a qu’un pas, que j’hésite tout de même à franchir…  ;-P (Lire la suite…)

Du simple au complexe | Pas de commentaires