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Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Mardi, 18 juillet 2017
Les corbeaux aussi bons que les grands singes pour la planification ?

Je voudrais commencer ce billet sur l’intelligence des corvidés (corneilles, corbeaux, geais, etc.) par un petit souvenir. C’était il y a un an ou deux, alors que je prenais ma marche matinale au parc Lafontaine à Montréal. Mon attention avait été attirée par les coups répétés du bec d’un grand pic qui fouillait de ses coups adroits l’écorce d’une grosse branche à la recherche des insectes qui s’y cachent. La présence du plus grand pic du Québec étant inhabituelle dans le parc, j’en profitai pour admirer un peu ce bel oiseau et surtout la puissance de ses coups de bec. Alors que le pic passait à l’arbre voisin, je vis arriver une corneille qui se percha très exactement où le pic était cinq secondes plus tôt. Et immédiatement, la corneille se mit à picorer elle aussi l’écorce, bien qu’avec évidemment moins de force et d’adresse. Elle avait donc vu comme moi le grand pic travailler et en avait conclu qu’il y avait là probablement encore de la nourriture.

Cela me rappela aussitôt toutes les études sur l’intelligence des oiseaux de cette famille, les corvidés. Or ma corneille allait bientôt se montrer à la hauteur de cette réputation. Car lorsque le grand pic changea d’arbre une fois de plus, elle recommença son manège et s’en alla une fois de plus se percher où il était pour voir s’il n’avait pas oublié quelques larves ! Et le manège recommença ainsi 3 ou 4 fois, d’un arbre voisin à un autre, jusqu’à ce que le pic ne s’envole beaucoup plus loin et que la corneille arrête alors de le suivre. Mais clairement cette corneille s’était servie du pic pendant une bon 5 ou 10 minute pour repérer des insectes dans les arbres!

Je n’ai donc pas été surpris par cette énième étude sur l’intelligence des corbeaux qui vient d’être publiée dans la revue Science vendredi dernier sous le titre « Ravens parallel great apes in flexible planning for tool-use and bartering ». Mais de l’avis de plusieurs spécialistes de la question, cette étude dévoilerait une capacité inattendue des corbeaux, celle de planifier un comportement futur suite à un apprentissage dans des conditions expérimentales. Celles-ci faisaient en sorte qu’il pouvait difficilement s’agir d’un comportement découlant d’une adaptation plus ou moins innée à son milieu naturel. Car la boîte fabriquée par des humains de laquelle l’animal a appris à sortir un morceau de nourriture avec une roche n’a pas fait partie de sa niche écologique durant son évolution… Le corbeau était néanmoins capable, une fois cet apprentissage acquis, de choisir la roche parmi plusieurs objets qu’on lui proposait, et puis ensuite d’attendre avec la roche jusqu’à une quinzaine de minutes qu’on lui présente à nouveau la boîte. Et il utilisait alors la roche pour en faire sortir la nourriture.

Ce type de comportement qu’on associe à de la planification n’avait alors été observé que chez des primates adultes et à partir d’environ 4 ans chez l’humain. Si les études subséquentes parviennent à démontrer qu’il s’agit bien de planification (et non simplement d’un apprentissage associatif comme certains critiques l’ont évoqué), cela pourrait bien dire que cette forme de flexibilité comportementale aurait pu évoluer indépendamment à différents moments au cours de l’évolution, et pas uniquement chez les primates comme on le croyait jusqu’ici.

Et ce qui est particulièrement intéressant si c’est bien le cas, c’est de constater que tant pour les primates que pour les corvidés, il s’agit d’espèces ayant une vie sociale riche et complexe où la capacité de déchiffrer les comportements futurs des autres individus (et donc leurs « états mentaux ») s’avère d’une grande importance. Les corbeaux forment par exemple des groupes de nombreux individus pendant plusieurs années avant de se mettre en couple et de s’établir sur un territoire pour se reproduire. Étant charognards, ils ont dû aussi subir de grandes pressions évolutives pour gérer leurs rares trouvailles d’animaux morts, comme la cacher plus ou moins rapidement selon qu’ils se croient ou non observés par un congénère, comme l’a montré une étude publiée l’année dernière.

Autrement dit, on avait plusieurs théories mettant de l’avant les interactions sociales pour expliquer le développement rapide de l’intelligence humaine durant l’hominisation. On a désormais des indices qui portent à penser que les mêmes pressions évolutives émanant de la vie en groupes organisés ont pu favoriser les capacités cognitives étonnantes des corvidés. Tout cela réduit encore un peu plus la soi-disant spécificité de l’intelligence humaine. Toute proportion gardée, évidemment (le cerveau du corbeau comptant environ 2 milliards de neurones et le nôtre 86 milliards).

L'émergence de la conscience | 1 commentaire


Lundi, 10 juillet 2017
Musique et émotions

Quand je cherche un sujet plus léger pour l’été, je me rends compte que je pense souvent à la musique, peut-être à cause de tous les festivals de musique estivaux. Peut-être aussi parce que je n’ai jamais eu le temps de faire un thème sur ce sujet dans le Cerveau à tous les niveaux, malgré tous les bienfaits connus de l’apprentissage de la musique sur le cerveau.

Voici donc simplement deux liens sur ce sujet. Le premier concerne une conférence d’Emmanuel Bigand sur le cerveau et la musique, rappelant à quel point celle-ci influence grandement nos émotions. Et le second rapporte de rares cas où des personnes sont justement incapables de ressentir l’émotion qui accompagne une pièce musicale. (Lire la suite…)

Que d'émotions! | Pas de commentaires


Lundi, 3 juillet 2017
Lectures de vacances

Avec le mois de juillet commence les vacances pour bien des gens (dont votre humble serviteur). Les billets des prochaines semaines seront donc plus courts et paraîtront peut-être de façon un peu plus irrégulière au gré des connexions Internet qui me seront accessibles. Car j’ai bien l’intention de m’évader un peu dans la nature, ce que je vous souhaite aussi tant les études en montrant les bienfaits sur notre santé physique et mentale sont nombreuses.

Mais si jamais il vous faut votre dose hebdomadaire sur ce blogue et que cette posologie estivale est trop faible pour vous, je vous invite à retourner voir les 14 longs billets écrits l’automne passé et qui résumaient autant de thématiques abordées dans un cours sur la «cognition incarnée» donné durant ce même automne à l’UQAM.

Pour ce qui est d’aujourd’hui, je voudrais simplement vous suggérer deux « lecture d’été » dont la première a un lien avec ces innombrables boucles qui relient le cerveau, le corps et l’environnement puisqu’il s’agit de la première anthologie en français des écrits de Francisco Varela, un instigateur important de cette approche incarnée de la cognition. Intitulé «Le cercle créateur», ce livre vient d’être publié en mars dernier. (Lire la suite…)

Du simple au complexe | Pas de commentaires


Lundi, 26 juin 2017
La seule présence de votre téléphone intelligent près de vous affecte vos capacités cognitives

Ce n’est pas d’hier que des philosophes des sciences cognitives comme Andy Clark disent que nos capacités cognitives ne sont pas situées que «dans notre tête»; elles «fuient» littéralement dans notre environnement. C’est l’idée de la «cognition étendue» que Clark et d’autres ont lancé dans les années 1990 et dont le degré d’étendu, si l’on peut dire, continue aujourd’hui d’être débattu.

Il est en en effet assez facile de s’entendre par exemple sur le fait que notre mémoire de travail est limitée et qu’il est plus facile de calculer 359 x 492 avec un papier et un crayon que mentalement. Ce faisant, on externalise (« offload », en anglais) dans notre environnement une partie du processus cognitif. Notre cerveau pouvant se référer de manière directe et fiable à ce qu’il y a sur la feuille, le calcul qu’on y a fait est généralement accepté comme faisant partie de notre cognition. (Lire la suite…)

Au coeur de la mémoire, De la pensée au langage | Pas de commentaires


Lundi, 19 juin 2017
Révolutions quant à l’origine d’Homo sapiens et de son arrivée en Amérique du Nord

Vous avez peut-être entendu parler de cette publication dans la revue Nature qui a fait beaucoup parler d’elle début juin. Et pour cause : elle a fait vieillir notre espèce, Homo sapiens, de 100 000 ans, rien que ça ! Autrement dit, on est « juste » 50% plus vieux que l’âge qu’on croyait avoir (environ 300 000 ans au lieu de 200 000).

C’est une nouvelle technique de datation qui a permis de réévaluer l’âge de restes humains en provenance d’un site archéologique marocain découvert en 1961 mais où l’on a fait de nouvelles fouilles à partir de 2004. (Lire la suite…)

Le bricolage de l'évolution | Pas de commentaires