Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

Malgré tous nos efforts (et malgré la reconnaissance de notre travail par les organismes approchés), nous ne sommes pas parvenus à trouver de nouvelles sources de financement. Nous nous voyons contraints de nous en remettre aux dons de nos lecteurs et lectrices pour continuer de mettre à jour et d'alimenter en contenu le blogue et le site.

Soyez assurés que nous faisons le maximum pour poursuivre notre mission de vulgarisation des neurosciences dans l'esprit premier d'internet, c'est-à-dire dans un souci de partage de l'information, gratuit et sans publicité.

En vous remerciant chaleureusement de votre soutien, qu'il soit moral ou monétaire,

Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Lundi, 1 décembre 2014
Un « deuxième cerveau » bien modeste mais adapté à sa fonction

Ce qui est très stimulant, avec mon métier de « neuro-troubadour » (!), outre la richesse des contacts humains lors des cours, conférences et autres « école des profs » que je donne depuis l’arrêt du financement de ce site, ce sont les questions que les gens me posent et auxquelles je ne suis pas capable de répondre. Étant un généraliste (donc quelqu’un qui ne sait rien sur… tout) et non pas un spécialiste (qui sait absolument tout sur… rien), cela arrive assez souvent.

Mais j’essaie la plupart du temps de faire une petite recherche par la suite et de trouver au moins une piste de réponse. C’est le cas d’une personne du cours de l’UTA à St-Jean-sur-Richelieu qui demandait quoi penser du fameux « deuxième cerveau » que l’on aurait tous dans le ventre. L’expression, que les médias ne se gênent pas pour mettre dans leurs grands titres, est pour le moins un tantinet exagérée. On parle ici en réalité du système nerveux entérique qui comporte environ 100 millions de neurones. On est donc loin du 85 milliards de neurones du cerveau humain qui justifierait le titre de « deuxième cerveau » !

Ces 100 millions de neurones, soit un peu moins que le cerveau de rat, contrôlent les muscles lisses et les sécrétions de nos intestins. Ils utilisent les mêmes neurotransmetteurs que les neurones de notre système nerveux central mais ne sont pas myélinisés car ils font surtout des connexions locales qui ne nécessitent pas l’accélération de la conduction nerveuse apportée par la gaine de myéline pour les connexions sur de longues distances.

Quant à savoir quelle intelligence on peut attribuer à ce réseau, tout dépend toujours de la façon dont on définit l’intelligence. Si c’est en termes d’adaptabilité à ce qui se trouve dans le tube digestif, ce réseau a certainement l’intelligence requise pour nous faire absorber les bons nutriments nécessaires à notre survie. Comme on peut dire, au fond, que le cerveau de rat, avec sensiblement le même nombre de neurones, a une intelligence de rat parfaitement adaptée à son mode de vie.

Voilà donc quelques petites précisions parmi d’autres que vous retrouvez dans le premier lien ci-bas où s’expriment deux gastro-entérologues sur le sujet.

Comme personne ne peut cependant être spécialiste en tout, il semble que l’un de ces messieurs soit un peu imprécis lorsqu’il affirme que 100 millions de neurones est un peu moins qu’un cerveau de chat. C’est peut-être d’ailleurs pourquoi il demande juste avant d’être un peu indulgent avec lui, car ce chiffre m’apparaît très petit par rapport à ce qu’on lit habituellement. Vérification faite dans le deuxième lien ci-bas (qui réfère au troisième), le cerveau de chat comporterait environ 763 millions de neurones, ce qui est quand même assez loin du 100 millions. D’où mon choix de le comparer plutôt avec un cerveau de rat avec ses 200 millions de neurones, comme l’indique le quatrième lien ci-bas.

L’ironie de l’histoire, qui m’amène la chute de cet article sur un plateau d’argent, c’est que l’article scientifique qui fait état des 763 millions de neurones pour un cerveau de chat est nul autre que celui de Dharmendra S. Modha et de ses collègues du centre de recherche IBM Almaden, en Californie, qui, en 2009, avait provoqué l’ire de Henry Markram, le directeur du Human Brain Project, qui l’accusait ni plus ni moins que de tromper le public en comparant sa simulation à un cerveau de chat !

Croustillante controverse que j’expose en détails durant mes cours de type UTA ou École des profs. Alors pour en savoir plus là-dessus et d’autres potins du merveilleux monde des neurosciences (!), contactez-moi. Je sais que plusieurs institutions planifient actuellement leur session d’hiver 2015, alors cela me fera plaisir d’aller vous raconter ça en personne et de recevoir vos questions embêtantes !

i_lien L’intestin, notre second cerveau
i_lien Cat intelligence
a_lien The cat is out of the bag: cortical simulations with 109 neurons, 1013 synapses
a_lien Isotropic Fractionator: A Simple, Rapid Method for the Quantification of Total Cell and Neuron Numbers in the Brain

Du simple au complexe | Pas de commentaires


Pour publier un commentaire (et nous éviter du SPAM), contactez-nous. Nous le transcrirons au bas de ce billet.