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Lundi, 3 novembre 2014
De la vision aveugle… sur la route !

Comme je le disais dans le billet de la semaine dernière, ma nouvelle job de « neuro-troubadour » (!) m’amène à me déplacer un peu partout au Québec. Ces déplacements sont un moment propice pour écouter plusieurs excellents podcasts scientifiques dont j’ai déjà parlé ici, comme le Brain Science Podcast, de Ginger Campbell, ou Sur les épaules de Darwin, de Jean Claude Ameisen.

C’est une vieille émission de ce dernier, diffusé le 29 janvier 2011 et intitulée « Voir, rêver, se souvenir, anticiper, choisir : quand l’inconscient émerge à la conscience » qui m’a particulièrement intéressé entre l’École des profs que je venais de donner à Sherbrooke et le mythe du 10% que j’allais déconstruire à La Pocatière. Cette émission n’est malheureusement plus disponible sur le site web de l’émission (je l’avais copiée à une époque où elle l’était encore), mais un auditeur en a résumé des extraits dans son blogue (voir le lien ci-bas).

Je vous lance ici en vrac quelques données fascinantes sur le phénomène de la vision aveugle, et qui sont autant de pistes à explorer (en particulier avec les autres liens ci-bas). Car si l’on peut perdre la vision suite à une défaillance de la rétine, on peut aussi, plus rarement, devenir aveugle si notre cortex visuel est lésé des deux côtés.

C’est ce type de lésion qui provoque cet étrange phénomène qu’on appelle la vision aveugle (ou inconsciente). Alors que des personnes atteintes disent ne rien voir, elles peuvent néanmoins réussir à identifier correctement la position d’objets dans l’espace. Comment est-ce possible si elles disent ne rien voir ? En insistant : on leur demande simplement de « prendre une chance », de deviner, en pointant dans une direction où l’objet ou le point lumineux pourrait être. Et la plupart du temps, elles pointent dans la bonne direction. Béatrice de Gelder a même montré que le sujet peut éviter des objets en se déplaçant dans un couloir.

En utilisant la stimulation magnétique transcrânienne, qui permet de rendre temporairement aveugle un sujet normal en perturbant l’activité électrique de son cortex occipital, on a même montré que durant cette cécité passagère ces personnes ont, elles aussi, une vision aveugle résiduelle.

Sylvie Chokron qui intervient dans l’émission du dernier lien ci-bas, montre de son côté comment la grande plasticité de notre cerveau permet, avec beaucoup d’entrainement, d’amener à la conscience une partie de cette vision inconsciente. Extrait du résumé de l’émission :

«Elle leur demande de mettre des mots sur ce qu’ils ne voient pas. Souvent ils disent je ne vois rien. Alors elle insiste, est-ce un rien bleu, un rien rouge ? Et le plus souvent ses patients répondent sans se tromper. Et à force d’entrainement, de stimulation de la vision aveugle, de sur-stimulation, à force de nommer ces objets qu’ils ne voient pas, ses patients récupèrent de la vision. De la vision consciente. »

La vision aveugle nous renseigne enfin sur les émotions, en particulier leur perception consciente ou non. Si l’on présente à ces personnes des images de visages exprimant différentes émotions, elles disent évidemment ne rien voir. Mais s’il s’agit d’autre chose qu’une expression neutre, comme l’expression de la joie, de la peur ou de la colère, elles ont des réactions physiologiques (dilatation des pupilles, sueur, changement du rythme cardiaque, etc.) qui révèlent qu’elles perçoivent inconsciemment la teneur émotive de l’image.

Et si l’on mesure la contraction des muscles de leur visage, on découvre qu’il y a une ébauche de contraction des muscles impliqués dans le sourire si le visage a une expression joyeuse ou une ébauche de contraction des muscles impliqués dans le froncement des sourcils si le visage exprime la peur, suggérant qu’elle « comprend » le type d’émotion présenté. Finalement, si on leur demande ce qu’elles voient, elles répondent « rien ». Mais si l’on ajoute : si c’était une émotion, ce serait de la joie ou de la peur ? La personne répond alors le plus souvent correctement.

Ces résultats, pris dans leur ensemble, suggèrent que même chez les individus normaux, une partie de notre vision et de nos réponses émotionnelles à ce que nous voyons tous les jours, est inconsciente. Que nous percevons probablement sans nous en rendre compte une bonne partie des caractéristiques du monde qui nous entoure : des formes simples, des volumes, certains mouvements, certaines couleurs, des émotions exprimées subtilement par des visages…

Quelles seraient alors les régions du cerveau permettant de voir et de répondre à ce que l’on ne sait pas qu’on a vu ? Essentiellement des structures sous-corticales, comme le colliculus supérieur ou le pulvinar, qui envoient des projections directement à différentes aires corticales visuelles sans passer par le cortex visuel primaire (V1). L’avant-dernier article ci-bas publié dans la revue Nature Reviews Neuroscience en 2010 inclut de beaux schémas pour mieux s’y retrouver…

i_lien Vision aveugle
i_lien Le lien qui nous rattache aux autres (5)
a_lien Neural bases of the non-conscious perception of emotional signals
i_lien Le cerveau, organe vertigineux – 3ème partie

Les détecteurs sensoriels | Pas de commentaires


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