Après nous avoir appuyés pendant plus de dix ans, des resserrements budgétaires ont forcé l'INSMT à interrompre le financement du Cerveau à tous les niveaux le 31 mars 2013.

Malgré tous nos efforts (et malgré la reconnaissance de notre travail par les organismes approchés), nous ne sommes pas parvenus à trouver de nouvelles sources de financement. Nous nous voyons contraints de nous en remettre aux dons de nos lecteurs et lectrices pour continuer de mettre à jour et d'alimenter en contenu le blogue et le site.

Soyez assurés que nous faisons le maximum pour poursuivre notre mission de vulgarisation des neurosciences dans l'esprit premier d'internet, c'est-à-dire dans un souci de partage de l'information, gratuit et sans publicité.

En vous remerciant chaleureusement de votre soutien, qu'il soit moral ou monétaire,

Bruno Dubuc, Patrick Robert, Denis Paquet et Al Daigen






Lundi, 16 décembre 2013
L’expression de certains gènes modifiée par la méditation

Les liens pressentis depuis plusieurs décennies entre le cerveau et le reste du corps se confirment de plus en plus dans différents domaines. C’est le cas de l’étude que vient de publier Richard J. Davidson et son équipe, étude qui identifie des changements dans l’expression de certains gènes après une période de méditation intense de 8 heures consécutives. Des changements, et c’est ce qui fait l’intérêt de l’étude, qui vont dans le sens des bénéfices physiques et psychologiques reconnus de la méditation, mais auxquels on n’avait encore jamais associé de mécanismes moléculaires spécifiques.

Le protocole expérimental permettant d’identifier des modifications sur des mécanismes moléculaires aussi fins se doit évidemment d’être lui aussi finement conçu. Dans le cas qui nous intéresse ici, les 19 experts de la méditation qui ont passé la journée à mettre leur cerveau dans cet état particulier qu’on appelle « mindfulness » en anglais étaient comparés à un groupe n’ayant aucune expérience en méditation mais ayant une diversité d’âge, de sexe, d’ethnie et de masse corporelle comparable. Sauf que ces derniers, qui passaient leur journée dans le même environnement, faisaient simplement des activités tranquilles de leur choix.

À la fin de la journée, les dosages sanguins des personnes ayant médité ont révélé tout un spectre de modifications moléculaires influençant l’expression de nombreux gènes, en particulier des gènes reliés à une activité pro-inflammatoire dont l’activité était réduite. Les mêmes gènes qui sont aussi la cible de médicaments aux effets analgésiques et anti-inflammatoires, comme le RIPK2 et le COX2, en plus de plusieurs gènes d’enzymes déacétylase des histones. Ceux-ci régulent eux-mêmes l’activité d’autres gènes en enlevant certains groupements chimiques sur les protéines histones impliquées dans le compactage de l’ADN.

Dans un autre volet de l’expérience, les sujets ont également été soumis à un stress social impliquant un discours improvisé et des tâches mathématiques faites devant un public et une caméra vidéo. Les scientifiques ont alors observé que le taux de l’hormone de stress cortisol est revenu à la normale plus rapidement dans le groupe de méditant.e.s.

Des travaux préalables sur le stress, l’alimentation ou l’exercice chez les rongeurs avaient déjà démontré à quel point l’expression de nos gènes peut être substantiellement influencée par notre comportement et notre environnement. Ce que l’étude de Davidson ajoute, c’est que le calme intérieur chez l’humain est un état d’esprit qui semble être capable d’influencer jusqu’à l’expression de nos gènes.

En terminant, deux autres points intéressants soulevés par cette étude. D’abord le fait que plusieurs gènes testés n’ont montré aucune différence d’expression entre les deux groupes, suggérant par-là que la méditation n’a pas un effet diffus mais affecte certaines voies métaboliques spécifiques.

Et ensuite le fait que, contrairement au protocole d’autres études sur les effets psychologiques à long terme de la méditation, celui-ci n’était pas conçu pour distinguer entre les effets aigus d’une séance de méditation intense et les effets chroniques d’une pratique de la méditation à long terme. Au contraire, le choix de comparer des personnes n’ayant jamais fait de méditation à des experts qui venaient, en plus, d’en faire pendant 8 heures visait à augmenter les chances de simplement être capable de détecter un effet au niveau des gènes en accentuant ainsi le contraste entre les deux groupes.

Or les scientifiques ont été plutôt surpris de constater qu’il n’y avait pas de différences au niveau de l’expression des gènes observés entre les deux groupes de sujets lors du dosage contrôle au début de la journée. Comme si les effets positifs documentés de la méditation à long terme ne semblaient pas passer par les principales voies métaboliques ciblées dans cette étude.

Voilà une des nombreuses questions soulevée par ces résultats. Une autre étant de savoir si une journée d’initiation à la méditation chez des novices conduirait à certains des mêmes effets observés ici.

Un mécanisme éclairci expérimentalement qui génère du coup d’innombrables autres questions. Voilà bien un exemple de fonctionnement de la science.

i_lien Study reveals gene expression changes with meditation
a_exp Rapid changes in histone deacetylases and inflammatory gene expression in expert meditators.

L'émergence de la conscience | 1 commentaire


Un commentaire à “L’expression de certains gènes modifiée par la méditation”

  1. Yvan F F dit :

    Bonjour,
    Par la pratique de la méditation,dans un article de mai 2013 du NewScientist, pour la 1ere fois, la preuve de l’activité des gènes est modifié positivement dans un groupe de débutants
    en méditation.

    http://goo.gl/Xhhi23