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Lundi, 25 juin 2012
L’excitabilité de l’axone : un autre moyen de moduler le signal

Récemment, quelqu’un me demandait si l’on pouvait dire que l’intégration de toute l’information nerveuse que reçoit un neurone se fait sur ses dendrites. Je répondais qu’il s’agit certes du schéma classique, mais que les processus du vivant sont bien complexes et qu’il ne fallait sans doute pas en faire un dogme, ne serait-ce que parce qu’il se fait aussi de l’intégration directement sur le corps cellulaire du neurone.

Et si l’on en croit cette étude sur laquelle je suis tombé peu de temps après, je ne croyais pas si bien dire. Celle-ci révèle en effet que les axones des neurones, ces longs prolongements qui vont rejoindre d’autres neurones, peuvent aussi moduler à leur façon le signal. Chose pour le moins surprenante puisque la conduction nerveuse le long de l’axone est considérée comme un phénomène « tout ou rien », donc qui ne laisse pas beaucoup de place à une possible modulation.  

Sauf peut-être au niveau du seuil à partir duquel ce neurone va déclencher un influx nerveux (ou potentiel d’action) le long de cet axone. Et c’est exactement la sensibilité de ce seuil qui est augmentée du double lorsque l’on applique de la nicotine sur l’axone. Celle-ci se va se fixer sur des récepteurs nicotiniques à l’acétylcholine situés sur les axones. On savait qu’il y avait de tels récepteurs sur l’axone, mais on ne connaissait pas très bien leur fonction.

Or, cette étude effectuée sur les axones reliant le thalamus au cortex dans le système auditif de la souris montre que la nicotine (qui agit sur les mêmes récepteurs que l’acétylcholine, un neurotransmetteur que nous avons naturellement dans notre cerveau) réduit sensiblement le seuil de déclenchement des influx nerveux sensoriels lorsqu’elle se fixe sur ces récepteurs de l’axone.

Par conséquent, il est fort possible que cette baisse du seuil d’excitabilité de l’axone augmente la stimulation sensorielle (ici auditive) qui rejoint le cortex (où l’on en prend conscience). Il s’agirait alors d’un mécanisme de choix pour expliquer un phénomène bien connu des personnes qui fument la cigarette : la nicotine favorise certains aspects du fonctionnement cognitif. Considérant que plusieurs spécialistes croient qu’une mauvaise communication entre le thalamus et le cortex pourrait contribuer aux problèmes qu’éprouvent les gens atteints de schizophrénie, on sera moins surpris d’apprendre qu’environ 90 % des schizophrènes fument. Aggravant par là leur état de santé, mais appliquant possiblement une sorte d’automédication à leur problème de communication neuronale.

i_lien Brain cells work differently than previously thought
i_lien Live wires: axons can influence nerve impulses
a_his Nicotinic control of axon excitability regulates thalamocortical transmission
a_his Nicotinic Modulation of Tone-Evoked Responses in Auditory Cortex Reflects the Strength of Prior Auditory Learning

Du simple au complexe, Les détecteurs sensoriels | Pas de commentaires


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