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Lundi, 9 avril 2012
Le retour du gorille invisible

Un peu comme l’expérience de Stanley Milgram sur l’obéissance à l’autorité, celle du gorille invisible de Daniel Simons et Chris Chabris est devenue grand classique des sciences cognitives. Autant Milgram avait choqué en montrant à quel point l’être humain pouvait être soumis au point d’infliger sur commande un choc électrique potentiellement mortel à un autre individu, autant Simons, Chabris et leur gorille viennent bousculer notre conviction de percevoir toujours l’ensemble des éléments qui se trouvent dans notre champ visuel.

Et pourtant, c’est loin d’être le cas. Il suffit de demander à des sujets d’effectuer une tâche demandant un peu d’attention pour qu’environ la moitié manque d’énormes changements qui se produisent sous leurs yeux, par exemple un gorille qui traverse leur champ de vision !

Dans l’entrevue ci-bas, Simons explique que dans la vie de tous les jours, nous passons notre temps à manquer des éléments présents dans notre champ de vision. Ce qui nous rend si confiants en nos sens, c’est justement que nous n’avons pas conscience de tout ce que nous ne remarquons pas ! On assume donc bien naïvement que l’on perçoit toujours tout…

Et le même type de biais cognitif s’appliquerait à plusieurs de nos fausses intuitions qui persistent faute d’un expérimentateur pour nous faire remarquer qu’on a manqué un gorille. Comme penser qu’on peut faire parfaitement plusieurs choses en même temps (“multitasking”, en anglais), alors que l’on alterne rapidement entre les tâches que l’on effectue. Mais l’on note surtout les différentes tâches accomplies durant une période donnée, et très peu leur alternance. Et surtout, tout ce qu’on n’a pas perçu dans l’une d’elle, comme les piétons ou les cyclistes en parlant au téléphone cellulaire au volant de sa voiture…

Simons relativise également l’idée, de plus en plus répandue suite aux recherches en neurosciences des émotions, que l’intuition (le “gut instinct”, en anglais) serait une panacée à la résolution de problèmes. Ses travaux montrent au contraire que si nos intuitions peuvent effectivement s’avérer un bon guide pour les décisions impliquant une préférence émotionnelle, les intuitions que l’on a par exemple sur la façon dont notre cerveau fonctionne sont souvent biaisées ou carrément fausses.

Et cela s’applique même à ce que les scientifiques appellent la reconnaissance de patterns. Ainsi, on dit souvent d’un quart arrière d’une équipe de football professionnelle qu’il sait reconnaître d’instinct très rapidement le joueur à découvert pour lui lancer le ballon. Et c’est un fait que l’expérience et le visionnement d’innombrables vidéos de situations de jeu l’amènent à reconnaître les bonnes positions bien plus vite qu’un amateur. Mais même de tels experts, quand ils disposent de plus de temps pour observer une séquence de jeu sur vidéo, voient des choses qu’ils avaient manqué la première fois et qui suggèrent de meilleures décisions.

Quant au gorille de Simons et Chabris, peut-on imaginer qu’on puisse encore manquer quelque chose d’aussi gros après avoir revu le vidéo et noté la présence du gorille ? La réponse semble bien être oui, comme le montre “The Monkey Business Illusion” du lien ci-bas, une version modifiée de l’expérience originale où la plupart des gens, bien qu’avertis que des choses énormes vont encore changer sous leurs yeux, les manquent une fois de plus…

Et si vous n’êtes pas convaincu(e)s que science et humour peuvent faire bon ménage, jetez un coup d’oeil au troisième lien ci-bas où Simons présente lui-même son illusion au “Best Illusion of the Year Contest” de 2010 !

i_lien DID YOU SEE THE GORILLA? AN INTERVIEW WITH PSYCHOLOGIST DANIEL SIMONS
i_lien The Monkey Business Illusion
i_lien Dan Simons presents The Monkey Business Illusion
i_lien Invisible Gorilla returns to show how much we haven’t learned
i_lien The Invisible Gorilla
a_exp Monkeying around with the gorillas in our midst: familiarity with an inattentional-blindness task does not improve the detection of unexpected events

L'émergence de la conscience, Les détecteurs sensoriels | 6 commentaires »


6 commentaires à “Le retour du gorille invisible”

  1. dictionnaire dit :

    C’est passionnant, on a appris pas mal des choses.

  2. Bruno Dubuc dit :

    Simons et ses collègues ont conçu une multitude d’expérience démontrant à quel point on peut manquer des changements importants dans une scène quand notre attention n’est pas tournée vers ces éléments qui changent.

    Comme dans ce vidéo:
    http://www.youtube.com/watch?v=6JONMYxaZ_s

    Ou celui-ci, plus drôle car faisant un clin d’oeil aux croyances paranormales, excellentes pour capter l’attention :
    http://www.lazarus-mirages.net/telepathie

    La chose qui change peut même être un être humain, comme le montre les nombreuses expériences de « changement de personne » (« person swap », en anglais) :
    http://www.youtube.com/watch?v=y8CWOB3Vpjo

    Ou encore :
    http://www.youtube.com/watch?v=2u9hB4ff4Hc

  3. Kikouk dit :

    De nombreuses études existent sur ce qu’on appelle l’inattentional blindness ou le changing blindness en sciences cognitives.

    Les résultats sont à chaque fois déroutant…

    Un exemple dans une étude résumée (en français) de Rensink (2000) :
    http://psychologie-cognitive.blogspot.fr/2010/08/rensink-r-2000-when-good-observers-go.html

  4. [...] empêcher les distractions au point de nous rendre « aveugles » à des choses aussi grosses qu’un gorille qui passe sous nos yeux si l’on est fortement concentré sur une tâche [...]

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